L'affaire n'en finit pas de défrayer la chronique au Cameroun après la démission, mardi 8 septembre 2026, de l'opposant Maurice Kamto de la présidence du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Et comme pour épaissir davantage le brouillard déjà très dense autour des raisons de son départ, le premier vice-président du parti, Mamadou Mota, a, dans la foulée de cette annonce, lui aussi, claqué la porte du MRC.
Maurice Kamto a évoqué « l'intérêt supérieur du parti », ainsi que la volonté de protéger le MRC face au « harcèlement constant de l'administration » et aux menaces d'invalidation juridique brandies par le ministère de l'Administration territoriale. Il n'empêche : les analystes politiques se perdent en conjectures. Pour certains, ce retrait simultané serait une manoeuvre stratégique destinée à contourner le blocage administratif du gouvernement et à éviter que le parti soit totalement disqualifié lors des prochaines échéances électorales, prévues en 2027. Pour d'autres, en revanche, ce départ ne répondrait à aucune stratégie savamment pensée, mais serait plutôt le résultat du dépit et de la lassitude.
L'artiste engagé Général Valsero est de ceux qui penchent pour cette dernière hypothèse. Selon lui, l'opposant aurait été contraint de renoncer à la présidence du MRC. « Si Maurice Kamto a démissionné, ce n'est pas parce qu'il le voulait. Il est forcé, persécuté, acculé par la pression administrative et judiciaire du régime de Yaoundé. Il a été obligé de démissionner. Ce n'était pas une stratégie, ce n'est pas comme s'il avait le choix, c'est un sacrifice », a-t-il fait remarquer.
Étonnant, malgré tout, surtout que cette décision survient à quelques mois des élections législatives et alors que le parti était en train de s'organiser dans cette perspective, avec manifestement l'ambition de ne pas faire de la figuration. Est-ce donc par dépit ou parce qu'il y a été contraint ? Mystère et boule de gomme, même si, quelque part, l'on peut comprendre le démissionnaire, dont la vie d'opposant n'a jamais été de tout repos.
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Figure majeure de l'opposition politique au Cameroun face au régime de Paul Biya, brillant universitaire et avocat international, Maurice Kamto est nommé ministre délégué à la Justice en 2004. Il démissionne avec fracas en 2011 et fonde, en 2012, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC).
Dès lors, sa vie d'opposant est marquée par un bras de fer permanent avec le pouvoir de Yaoundé, alternant succès populaires, sévères déboires judiciaires et politiques et résidences surveillées. En effet, dans un royaume comme celui de Paul Biya, aucune dissidence n'est tolérée.
Peut-on donc parler de lassitude ? Peut-être que oui. A-t-il des ennuis de santé ? On peut le penser, même si rien ne permet, à ce stade, de l'affirmer. À 72 ans, il demeure relativement jeune dans un pays dirigé par un monarque qui a fêté ses 93 ans le 13 février dernier. Une chose est certaine : le départ de Maurice Kamto ouvre une nouvelle période d'incertitude pour le MRC et soulève une question essentielle : s'agit-il d'un retrait tactique destiné à sauver le parti, ou du geste d'un homme arrivé au bout de ses forces dans son interminable bras de fer avec le pouvoir de Yaoundé ?
Pour l'heure, le mystère demeure.
