La crise entre l'Éthiopie et l'Érythrée a franchi un nouveau seuil jeudi 1er octobre. Addis-Abeba a annoncé la fermeture de son ambassade à Asmara et l'expulsion de dix diplomates érythréens. Quelques heures plus tard, l'Érythrée a répliqué en annonçant la rupture de toutes ses relations diplomatiques avec son voisin.
Les relations entre l'Éthiopie et l'Érythrée connaissent une brusque escalade. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a annoncé, jeudi 1er octobre, la fermeture de son ambassade à Asmara et déclaré dix diplomates érythréens en poste à Addis-Abeba « persona non grata ». Ces derniers disposent de 48 heures pour quitter le territoire éthiopien.
Addis-Abeba justifie sa décision par ce qu'elle qualifie d'« actes directs et indirects d'hostilité et de belligérance » de la part de l'Érythrée. Les diplomates concernés sont accusés d'avoir participé à des activités constituant, selon les autorités éthiopiennes, une menace directe pour la sécurité nationale et une violation de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Aucun détail précis sur les faits qui leur sont reprochés n'a toutefois été rendu public.
Asmara rompt ses relations diplomatiques avec Addis-Abeba
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La réponse érythréenne ne s'est pas fait attendre. Dans un communiqué publié le même jour, le ministère érythréen des Affaires étrangères a rejeté les accusations éthiopiennes et annoncé la rupture de toutes les relations diplomatiques avec l'Éthiopie.
Asmara accuse à son tour le gouvernement éthiopien de mener depuis plusieurs années une politique hostile à son égard et lui reproche notamment ses déclarations sur la nécessité pour l'Éthiopie, pays enclavé, d'obtenir un accès à la mer Rouge. Le gouvernement érythréen affirme également qu'Addis-Abeba soutient des groupes d'opposition érythréens, accusations formulées par Asmara et contestées dans un contexte de fortes tensions régionales.
La reprise des combats dans le nord ravive les tensions
Cette rupture intervient alors que le nord de l'Éthiopie est de nouveau le théâtre d'importants affrontements. Depuis fin septembre, les forces fédérales et leurs alliés combattent des forces tigréennes et d'autres groupes armés dans plusieurs zones du Tigré, de l'Amhara et de l'Afar.
Le gouvernement éthiopien accuse l'Érythrée de soutenir l'alliance armée opposée aux forces fédérales, menée notamment par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Asmara dément ces accusations.
La crise a pris une nouvelle dimension dans la nuit de mercredi à jeudi, lorsque plusieurs explosions ont été entendues à Addis-Abeba, notamment à proximité d'installations militaires. Selon Reuters, une alliance d'opposition a revendiqué des frappes de drones dans la capitale. Les autorités éthiopiennes ont ensuite interdit les vols de drones au-dessus d'Addis-Abeba.
De la réconciliation de 2018 à la rupture
La crise marque un spectaculaire retournement par rapport au rapprochement engagé en 2018. Après deux décennies d'hostilité consécutives à la guerre frontalière de 1998-2000, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le président érythréen Isaias Afwerki avaient conclu un accord de paix. L'ambassade d'Éthiopie à Asmara avait alors rouvert ses portes.
L'Érythrée avait ensuite combattu aux côtés des forces fédérales éthiopiennes pendant la guerre du Tigré, entre 2020 et 2022. Mais Asmara n'avait pas participé à l'accord de Pretoria conclu en novembre 2022 entre le gouvernement éthiopien et les autorités tigréennes. Depuis, les relations entre les anciens alliés se sont progressivement détériorées.
La question de l'accès à la mer Rouge constitue également un point de friction majeur. Enclavée depuis l'indépendance de l'Érythrée en 1993, l'Éthiopie cherche à renforcer son accès aux infrastructures portuaires régionales. Asmara considère certaines déclarations éthiopiennes sur cette question comme une menace pour sa souveraineté.
Une crise qui menace la stabilité de la Corne de l'Afrique
Avant la réponse d'Asmara, Addis-Abeba avait affirmé rester attachée aux liens historiques, culturels et humains entre les populations des deux pays ainsi qu'au règlement pacifique des différends. Le gouvernement éthiopien avait également appelé l'Érythrée à mettre fin à toute action qu'il considère contraire aux principes régissant les relations entre États souverains.
L'annonce érythréenne de la rupture des relations diplomatiques change désormais la dimension de la crise. Elle intervient au moment où la reprise des combats dans le nord de l'Éthiopie fragilise davantage l'accord de Pretoria de 2022 et fait craindre une extension du conflit dans une Corne de l'Afrique déjà confrontée à plusieurs foyers d'instabilité.
