ALAMEIN, Égypte — L'Afrique dispose de terres, d'une population en forte croissance et d'un marché alimentaire en pleine expansion. Pourtant, le continent reste confronté à un paradoxe : alors que son marché de l'alimentation et de l'agriculture pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars à l'horizon 2030, plusieurs pays demeurent fortement dépendants des importations alimentaires et des millions d'Africains restent exposés à l'insécurité alimentaire.
Comment transformer ce potentiel en véritable puissance agroalimentaire ? La question était au cœur d'une session du Forum Alamein Africa, organisé du 2 au 4 octobre à Nouvelle-Alamein, en Égypte.
Les échanges ont porté sur les moyens de passer d'initiatives encore fragmentées à des chaînes de valeur intégrées, capables de relier production agricole, transformation, stockage, transport et commercialisation.
Car le défi africain ne consiste plus seulement à produire davantage. Il s'agit désormais de transformer davantage sur le continent, créer de la valeur localement et construire un véritable marché alimentaire africain.
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De la production à la transformation
La production de matières premières agricoles ne suffit pas, à elle seule, à assurer la transformation structurelle des économies africaines.
L'un des principaux enjeux consiste à développer les capacités locales de transformation afin qu'une plus grande partie de la valeur générée par l'agriculture reste sur le continent. Agro-industries, stockage, conditionnement, logistique et distribution peuvent ainsi devenir des moteurs de création d'entreprises et d'emplois.
Cette transformation est également étroitement liée au développement du commerce intra-africain. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre un cadre permettant de construire un marché à l'échelle du continent. Mais la circulation effective des produits agricoles et agroalimentaires dépend encore de la qualité des infrastructures, des réseaux de transport, de la logistique et de la simplification des procédures commerciales.
Le Forum Alamein Africa entend précisément rapprocher acteurs publics, entreprises, investisseurs et institutions financières afin de favoriser des projets et partenariats capables de dépasser les frontières nationales.
Réduire la dépendance alimentaire
Le paradoxe africain demeure : malgré l'étendue de ses ressources agricoles, le continent continue d'importer une part importante des denrées qu'il consomme.
Le développement de chaînes de valeur régionales pourrait contribuer à réduire cette dépendance tout en permettant aux producteurs et industriels africains de répondre à une demande intérieure en forte croissance.
L'évolution démographique et l'urbanisation rapide transforment en profondeur les habitudes de consommation. Les villes africaines ont besoin de volumes croissants de produits alimentaires transformés, accessibles et disponibles de manière régulière.
Répondre à cette demande suppose donc d'aller bien au-delà de l'augmentation des rendements. Irrigation, routes rurales, énergie, stockage, chaîne du froid, transformation et transport constituent autant de maillons indispensables à la construction d'un système alimentaire continental performant.
Le financement, maillon essentiel
Cette transformation nécessite également des capitaux.
Des exploitants agricoles aux entreprises de transformation, en passant par les acteurs de la logistique et de la distribution, l'ensemble de la chaîne doit pouvoir accéder à des financements adaptés aux cycles de production et au niveau de risque du secteur.
Pour les investisseurs, l'enjeu consiste parallèlement à disposer de projets structurés, prévisibles et suffisamment solides pour attirer les capitaux.
La question du financement rejoint ainsi l'une des ambitions centrales du Forum Alamein Africa : rapprocher les priorités économiques africaines des capacités de financement, d'investissement et d'exécution nécessaires à leur réalisation.
Le changement climatique change l'équation
À ces difficultés structurelles s'ajoute désormais la pression climatique.
Irrégularité des précipitations, sécheresses, inondations et autres phénomènes météorologiques extrêmes fragilisent les productions, compliquent la planification agricole et pèsent directement sur les revenus des exploitants.
Construire une puissance agroalimentaire africaine suppose donc également de renforcer la résilience des systèmes agricoles : irrigation, technologies adaptées au climat, amélioration des infrastructures, accès à l'information météorologique et dispositifs permettant de mieux anticiper les risques.
La transformation recherchée est ainsi tout à la fois agricole, industrielle, financière, technologique et logistique.
Un marché continental à construire
La session consacrée au potentiel alimentaire africain a rassemblé des représentants du secteur privé, de l'agro-industrie et des acteurs engagés dans le développement des chaînes de valeur du continent.
Parmi les personnalités annoncées au Forum figurent notamment Rita Zniber, présidente-directrice générale de Diana Holding, ainsi que des responsables d'entreprises et d'institutions africaines intervenant dans l'agriculture, l'industrie, le financement et l'investissement.
À travers ces échanges, l'agriculture apparaît au croisement de plusieurs des grandes priorités économiques du continent : sécurité alimentaire, industrialisation, création d'emplois, commerce intra-africain et adaptation au changement climatique.
L'Afrique dispose du potentiel agricole et du marché. Le défi est désormais de construire les infrastructures, les industries et les chaînes de valeur permettant de relier les deux.
Car derrière l'objectif de nourrir une population en croissance se joue une ambition économique plus vaste : faire de l'agriculture non plus seulement un secteur de production, mais l'un des moteurs de l'industrialisation africaine.
