NEW ALAMEIN, Égypte — Réunis à New Alamein, chefs d’État, responsables d’institutions continentales, financiers et dirigeants d’entreprises ont placé l’industrialisation, le financement des infrastructures et l’intégration économique au cœur de la deuxième journée de l’Alamein Africa Forum. Autour des présidents Abdel Fattah Al-Sissi et Évariste Ndayishimiye, les échanges ont convergé vers une même priorité : renforcer les capacités financières africaines et transformer davantage les ressources du continent sur place.
L’Afrique doit-elle continuer à exporter ses matières premières pour importer ensuite des produits transformés à plus forte valeur ajoutée ? À New Alamein, la réponse formulée par les dirigeants politiques, économiques et financiers réunis pour l’Alamein Africa Forum a été largement convergente : le continent doit accélérer son industrialisation, renforcer son commerce intérieur et mobiliser davantage ses propres ressources financières.
La deuxième journée du Forum a réuni autour du président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi et du président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, plusieurs chefs d’État, dont João Lourenço d’Angola, John Dramani Mahama du Ghana, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo de Guinée équatoriale et Ismaïl Omar Guelleh de Djibouti.
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Les dirigeants de la Commission de l’Union africaine, de l’AUDA-NEPAD et d’Afreximbank ont également pris part aux échanges, aux côtés de représentants du secteur privé, dont l’industriel nigérian Aliko Dangote.
Al-Sissi appelle à renforcer l’intégration économique africaine
En ouvrant les travaux, le président Abdel Fattah Al-Sissi a établi un lien direct entre développement économique, stabilité politique et sécurité. Pour le chef de l’État égyptien, l’investissement et l’industrialisation ne peuvent durablement progresser sans institutions solides et environnement stable.
Il a également souligné le décalage persistant entre le poids du secteur privé dans les économies africaines et le faible niveau des échanges à l’intérieur du continent. Alors que le secteur privé représente plus de 70 % du PIB africain, une grande partie de ses transactions commerciales continue de s’effectuer avec des partenaires extérieurs à l’Afrique.
Le commerce intra-africain demeure ainsi limité à environ 15 à 16 % du commerce total du continent. Le manque d’informations sur les marchés voisins constitue également un obstacle pour de nombreuses petites et moyennes entreprises.
Pour le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, l’intégration économique africaine devra donc se traduire par des partenariats public-privé plus concrets et des projets susceptibles de produire des résultats mesurables.
Une nouvelle édition de l’Alamein Africa Forum est annoncée pour 2028, avec l’ambition d’évaluer les avancées réalisées entre-temps.
Afreximbank défend le rôle des institutions financières africaines
La question du financement du développement a occupé une place importante dans les discussions.
Le président d’Afreximbank, George Elombi, a plaidé pour un renforcement des institutions financières africaines afin de permettre au continent de disposer de capacités d’intervention propres en période de crise.
Afreximbank dispose aujourd’hui d’environ 9 milliards de dollars de fonds propres et a considérablement accru son bilan ces dernières années. L’institution a notamment mobilisé différents mécanismes financiers pour accompagner les économies africaines lors de la pandémie de Covid-19, du choc économique provoqué par la guerre entre la Russie et l’Ukraine et, plus récemment, des perturbations commerciales liées aux tensions en mer Rouge.
George Elombi a également critiqué les méthodes utilisées par certaines agences internationales de notation pour évaluer les banques multilatérales africaines. Il estime que ces méthodologies peuvent pénaliser les institutions ne disposant pas d’actionnaires bénéficiant des meilleures notations souveraines internationales.
Il a appelé les États africains à renforcer la capitalisation de leurs institutions financières et à défendre leur statut de créancier privilégié, considérant que leur capacité à intervenir en période de crise dépend directement de leur solidité financière.
Plus de 1 000 milliards de dollars d’épargne africaine à mobiliser
Au-delà de l’accès aux financements internationaux, les débats ont également porté sur la mobilisation des ressources disponibles sur le continent.
La directrice générale de l’AUDA-NEPAD, Nardos Bekele-Thomas, a rappelé que les besoins annuels de l’Afrique en infrastructures sont estimés entre 130 et 170 milliards de dollars.
Le défi ne réside cependant pas uniquement dans la disponibilité des capitaux. Il concerne également la capacité des pays africains à présenter des projets suffisamment structurés et rentables pour attirer les investisseurs.
L’AUDA-NEPAD travaille ainsi sur un portefeuille de 169 projets régionaux dans le cadre du Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), représentant environ 15 milliards de dollars.
Autre piste évoquée : l’épargne institutionnelle africaine.
Les fonds de pension et fonds souverains du continent géreraient plus de 1 000 milliards de dollars d’actifs, mais une faible proportion de ces ressources est actuellement investie dans les infrastructures africaines.
L’objectif consistant à orienter au moins 5 % de ces actifs vers les infrastructures pourrait permettre de mobiliser plusieurs dizaines de milliards de dollars supplémentaires pour financer les projets du continent.
Monnaies locales et soutien aux PME
Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a pour sa part insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes financiers permettant aux entreprises africaines de commercer davantage entre elles.
Parmi les pistes avancées figurent le développement des paiements transfrontaliers en monnaies locales, l'amélioration des dispositifs d’assurance-crédit et l’élargissement de l’accès au financement pour les petites et moyennes entreprises.
Ces instruments doivent notamment accompagner la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), appelée à constituer un marché suffisamment vaste pour favoriser l’émergence de chaînes de valeur régionales.
Dangote : transformer davantage les matières premières en Afrique
Le plaidoyer en faveur de l’industrialisation a également été porté par Aliko Dangote.
Le président du groupe Dangote a estimé que la croissance du PIB ne suffisait pas à mesurer la transformation réelle des économies africaines lorsque celles-ci restent fortement dépendantes des importations de produits alimentaires, de carburants, d’engrais ou de médicaments.
L’Afrique représente environ 18 % de la population mondiale et dispose d’une part considérable des terres arables encore non cultivées de la planète. Sa contribution à la valeur manufacturière mondiale demeure pourtant limitée.
Pour Aliko Dangote, la ZLECAf doit donc dépasser la seule suppression des barrières commerciales pour devenir un véritable espace de production industrielle, permettant aux entreprises africaines de fabriquer et d’échanger davantage de biens intermédiaires et de produits finis sur le continent.
L’industriel a annoncé que son groupe prévoyait d’investir 50 milliards de dollars supplémentaires en Afrique d’ici 2030. Il a également insisté sur la nécessité de développer les infrastructures énergétiques indispensables à l’implantation de pôles industriels et de chaînes de transformation.
De l’intégration politique à l’intégration productive
Clôturant cette séquence, le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, a appelé à accélérer le passage des engagements politiques aux investissements et aux projets industriels.
Il a notamment insisté sur la libre circulation des biens et des personnes, considérée comme l’une des conditions nécessaires au développement d’un véritable marché continental.
Derrière ces débats se trouve également l’enjeu démographique. Chaque année, des millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail, accentuant la nécessité de créer massivement des emplois productifs.
À New Alamein, les interventions ont ainsi dessiné une même orientation : mobiliser davantage l’épargne africaine, renforcer les institutions financières du continent, développer les infrastructures et transformer localement les matières premières afin que la ZLECAf devienne non seulement un espace commercial, mais également un espace de production.
