Le comité norvégien du prix Nobel de la Paix a livré son verdict le 9 octobre dernier. Sur plus de 287 candidatures dont 208 personnalités et 79 organisations, son choix s'est porté sur la Sud-Africaine d'origine indienne, Navi Pillay.
Comme d'habitude, c'est une demie surprise que le choix du lauréat de ce concours, ou plutôt de cette prestigieuse distinction, a réservé au monde. Elles sont nombreuses les personnalités, les institutions, organisations de la société civile, ou Organisations non gouvernementales qui, chaque année, militent, travaillent activement pour un monde de paix et de justice. Elles s'illustrent les unes plus que les autres dans leurs plaidoyers, leurs programmes ou projets de promotion et de défense des droits économiques et sociaux pour plus de justice et de paix dans un monde en perpétuel mouvement.
Aujourd'hui plus qu'hier où les guerres déstabilisent des Etats, déchirent des communautés, provoquent des crises humanitaires en Europe, au Proche et Moyen-Orient ou en Afrique, le rôle de ces personnalités, institutions ou organisations avocates des droits de l'homme et des peuples est des plus cruciaux. Rôle d'autant plus crucial que l'Organisation des Nations unies dont l'objectif prioritaire est la préservation et la promotion de la paix a plus de peine à assumer ce rôle.
C'est connu, le multilatéralisme est à vau-l'eau, mis à mal par de nouveaux regroupements, G7, G20, BRICS, etc. qui pourtant, n'ont pas toujours une vision interne cohérente sur les questions internationales ni même régionales. Pire, des intérêts géostratégiques ou économiques les opposent d'abord en interne avant de les mettre en contradiction avec d'autres organisations ou des Etats.
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Une situation bien déplorable, véritable requiem au multilatéralisme, aux respects du droit international, des peuples et des nations. Il y a véritablement un abus de l'unilatéralisme, du droit du plus fort, ou du plus déstabilisateur. Une régression vertigineuse vers les dédales moyenâgeuses du mercantilisme, de la traite des humains, du colonialisme et l'asservissement des peuples militairement sous équipés, mal organisés, non avertis du nouvel ordre mondial en construction.
En interne, beaucoup de pays sont confrontés à une résurgence du racisme, de la xénophobie, du communautarisme, du nationalisme borné, sans oublier les autres fractures sociales liées au genre, aux handicaps, aux origines sociales. Bref, les problèmes de développement, de progrès social, de croissance économique qu'une coopération multilatérale efficiente contribuait à endiguer ou que des ONG averties, vraiment soucieuses des droits humains, prenaient en charge s'aggravent, menaçant également la stabilité des pays.
Ce tableau pas brillant de notre monde qui entame pourtant le deuxième quart du 21e siècle, s'il n'est pas nouveau, est plus inquiétant par les signaux du grand recul qu'il nous donne de voir. Et l'administration Trump, avec les oeillères de l'Amérique d'abord cousu du linceul du MAGA, peut se vanter d'avoir ouvert et entretenu cette boite de pandore, l'unilatéralisme. A ses risques et périls, aux risques et périls des droits humains et des peuples, du rêve de la "civilisation de l'universel" dans "un village planétaire" de paix.
Ce grand écart sur l'état du monde, était un préalable nécessaire, pour saisir à sa juste valeur, le choix de Mme Navi Pillay comme prix Nobel de la Paix 2026. C'est une surprise, mais une bonne surprise. En effet, le comité Nobel norvégien aurait voulu donner une forte alerte sur l'importance du multilatéralisme, du respect des droits sociaux de l'homme et des peuples, dans un monde moins brutal, moins fracturé qu'il n'aurait pas fait mieux qu'afficher sur son podium, cette dame, cette africaine, ancien fonctionnaire de l'ONU, ancienne présidente de la Cour pénale internationale, dirigeante d'ONG et d'OSC.
Madame Navi Pillay de par sa philosophie de la justice sociale, du droit international, est la mauvaise conscience des va-t'en guerre de prédation, de domination mercantiliste comme Donald Trump et consors sionistes. Le comité du prix Nobel par ce choix d'une dame de 85 ans, rend hommage, non seulement à l'engagement social, judiciaire et politique au féminin, mais aussi à toutes les couches, à tous les peuples, à tous les pays, qui bien que vulnérables, refusent d'être "couchés attendant comme une grâce, le réveil de la botte.", dixit Paul Niger.
Au demeurant, Donald Trump ne s'y est pas trompé. Lui qui s'est senti morveux par la distinction de madame Navi Pillay, s'est bruyamment mouché en critiquant la décision jugée "honteuse et embarrassante..." portée sur "une inconnue" qui "discrédite totalement" le prix Nobel. On n'aura compris que le président américain reste fidèle à lui-même. Narcissique à souhait, lui qui avait fait une offre publique d'achat de ce prix, ne fera pas des salutations de fair play à la lauréate. C'est trop lui demander, comme ce l'est de l'appeler aux respects des propres lois de son pays à l'endroit des immigrants, des juges et avocats qui s'en préoccupent.
Mais enfin, sans nier le volontarisme de Donald Trump à être à la fois pyromane et sapeur pompier des foyers de guerre dans le monde, ce serait faire injure à la vision d'Alfred Nobel que de lui attribuer le prix de la paix en 2026. Au demeurant, en Ukraine, en RDC, à Gaza, en Libye, les bruits des armes continuent leurs sanglots de crépitements après que ses missi dominici ont arraché après d'âpres négociations des cessez-le feu, si ce ne sont pas des accords de règlement définitif de la guerre.
Mais sait-on jamais ? Peut-être bien qu'en 2027, une autre surprise du chef du Comité Nobel nous conduira dans les ascenseurs du Trump Tower. En attendant, chapeau bas à Navi Pillay !
