Journée mondiale de l'alimentation - L'innovation au service des agricultrices africaines

Un spécialiste des engrais issu du secteur privé présente des innovations agricoles aux agriculteurs participant à un programme de sécurité alimentaire financé par la Banque au Zimbabwe.
16 Octobre 2026
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African Development Bank (Abidjan)

« Innover aujourd’hui. Nourrir demain ». Le thème de la Journée mondiale de l’alimentation 2026 touche à l’une des plus grandes opportunités de l’Afrique : connecter les agricultrices du continent aux technologies, aux sources de financement, aux infrastructures climato-résilientes et aux marchés leur permettant de produire et gagner davantage.

Parfois, il peut s’agir d’une agricultrice qui reçoit des variétés de semences et des engrais climato-intelligents pour produire plus de denrées alimentaires, même dans des zones plus arides ; ou d’une coopérative agricole de femmes qui apprend à lutter contre les insectes ravageurs et à améliorer la qualité des sols sur un versant escarpé ; ou encore d’une femme qui crée une exploitation avicole, générant ainsi des revenus qui lui permettent de scolariser ses enfants plutôt que de les envoyer travailler dans une mine de cobalt. Cette fois, c’est une entrepreneure africaine qui est à l’origine d’une application utilisant l’intelligence artificielle (IA) pour faire des troupeaux des éleveurs une source d’accès au financement inédite.

Ces changements, qui touchent la vie et les activités professionnelles des femmes du continent, contribuent à renforcer la sécurité alimentaire en Afrique.

Les Nations unies ont déclaré l’année 2026 « Année internationale des agricultrices ». Cette reconnaissance est importante, car les femmes jouent un rôle central dans l’agriculture africaine depuis des millénaires. Elles comptent pour près de la moitié de la main-d’œuvre agroalimentaire en Afrique : environ 49 % à l’échelle régionale et 76 % de l’ensemble des femmes actives en Afrique subsaharienne, ce qui en fait la principale source d’emplois pour les femmes sur le continent.

Les témoignages de femmes bénéficiaires des programmes et initiatives du Groupe de la Banque africaine de développement montrent ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les investissements réalisés dans le cadre de la stratégie « Nourrir l’Afrique »de l’institution leur parviennent.

Productrice d’arachides au Mali, Naba Keita a vu ses rendements et ses revenus augmenter grâce à un modèle d’épargne mobile soutenu par le Mécanisme catalytique de financement des PME agricoles du Groupe de la Banque. Mme Keita fait partie des quelque 162 500 femmes au Mali, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, qui ont bénéficié de la plateforme numérique MyAgro (link is external) . Ces revenus supplémentaires lui ont permis de contribuer davantage aux dépenses du foyer et lui ont valu la reconnaissance des femmes leaders de son village. Son histoire montre comment l’accès à des intrants climato-résilients, à des formations et à des modalités de paiement échelonnées peut améliorer à la fois la production agricole et la situation économique des femmes.

Fraude à l’identité animale détectée par reconnaissance faciale grâce à l’application « Halisi Livestock » (avec l’aimable autorisation de la société Neotex.ai).

Les femmes africaines innovent également tout au long des chaînes de valeur agricoles.

Jeune ingénieure congolaise, Jenny Ambukiyenyi Onya est soutenue par le programme AFAWA (« Affirmative Finance Action for Women in Africa ») du Groupe de la Banque. Elle a utilisé les innovations offertes par l’IA pour débloquer des financements en faveur des éleveurs ruraux. Son application crée une identité numérique pour le bétail, offrant ainsi aux éleveurs un moyen fiable de recenser et d’évaluer leurs troupeaux. Cet inventaire numérique fait office de preuve de propriété. Sa solution, qui permet de constituer des garanties, donne aux institutions financières la confiance nécessaire pour approuver des prêts.

Au Nigeria, Erisa Danlani, agricultrice entrepreneure, est passée de la culture du maïs à celle du blé et a triplé les bénéfices de sa récolte (+200 %) grâce au programme appelé « Nigeria Agriculture Growth Scheme-Agro Pocket ». Ce programme a été développé dans le cadre de la Facilité africaine de production alimentaire d’urgence du Groupe de la Banque, dotée de 1,5 milliard de dollars. Le témoignage de Mme Danlani montre comment ce programme innovant promeut des cultures résilientes au climat.

En Tanzanie, Molissia Mbiki et les femmes de la coopérative de Kibuka ont été confrontées à des insectes ravageurs, à des faibles rendements ainsi qu’au manque de débouchés commerciaux. La Banque africaine de développement a facilité la mise en place de formations en gestion des cultures, en amélioration des sols et en lutte contre les ravageurs. Ces actions, associées à la réhabilitation d’un marché local, ont contribué à améliorer la production, les ventes et l’accès à une clientèle régionale.

En Côte d’Ivoire, le programme AFAWA, en partenariat avec l’agence ONU Femmes, aide plus de 21 000 femmes membres de 322 coopératives productrices de denrées de base à renforcer leurs compétences agricoles, financières et entrepreneuriales, et à améliorer leur accès au marché numérique. Leur histoire montre ce qu’il est possible de réaliser lorsque les agricultrices disposent des outils, des financements et de l’accès au marché nécessaires pour développer leurs activités.

En République démocratique du Congo, le lien entre les moyens de subsistance agricoles et le devenir des enfants est une évidence. Dans les communautés touchées par le travail des plus jeunes dans les mines de cobalt, un programme soutenu par le Groupe de la Banque aide les familles à développer des sources de revenus alternatives, notamment l’élevage de volailles, afin que les parents aient d’autres options que d’envoyer leurs enfants travailler dans des mines dangereuses. Plus de 10 500 jeunes parents, dont plus de la moitié sont des femmes, ont bénéficié d’un soutien pour se lancer dans des activités agro-industrielles.

Alors que le changement climatique continue de frapper durement les agricultrices africaines, l’accès à l’eau revêt une importance de premier plan. En Mauritanie, le Projet national intégré dans le secteur de l’eau en milieu rural soutient l’irrigation à petite échelle afin de renforcer les activités génératrices de revenus pour les femmes et les jeunes dans le secteur agricole. Un meilleur accès à l’eau réduit le temps que les femmes consacrent à sa collecte, soutient la production de fruits et légumes frais et renforce les activités d’élevage.

Dans le cadre de sa stratégie « Nourrir l’Afrique », le Groupe de la Banque a investi 13 milliards de dollars dans plus de 400 programmes menés dans 54 pays africains, touchant plus de 64 millions de bénéficiaires dans les chaînes de valeur agricoles, dont environ 34 % de femmes.

En chiffres

  • 13 milliards de dollars investis dans le cadre de plus de 400 programmes labellisés « Nourrir l’Afrique »
  • 54 pays africains touchés
  • Plus de 64 millions de bénéficiaires de « Nourrir l’Afrique »
  • 34 % des bénéficiaires de « Nourrir l’Afrique » sont des femmes
  • Plus de 12 millions d’agriculteurs touchés par le programme TAAT (Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine)
  • Environ 25 millions de tonnes de production agricole supplémentaire grâce aux technologies soutenues par TAAT

Une partie essentielle de ce travail consiste à mettre les innovations agricoles à la disposition des agriculteurs. Notre programme TAAT (« Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine ») a permis de fournir des technologies innovantes, notamment du blé tolérant à la chaleur, du maïs résistant à la sécheresse et du riz à haut rendement, à plus de 12 millions d’agriculteurs. Ces technologies ont contribué à une hausse de la production agricole estimée à 25 millions de tonnes.

Les partenariats sont au cœur de cet effort. Le programme TAAT collabore avec des instituts de recherche, des gouvernements, des organisations agricoles et des entreprises privées pour transférer les technologies éprouvées des stations de recherche vers les champs des agriculteurs. Son

« Pacte pour le maïs » a établi des partenariats avec 28 entreprises semencières dans 16 pays africains pour produire et distribuer des variétés de maïs climato-intelligentes.

De ce fait, les agriculteurs sont mieux à même de faire face à la sécheresse, à la chaleur et aux insectes ravageurs, tout en produisant davantage de denrées alimentaires dans un plus grand nombre d’endroits.

Augmenter les récoltes ne représente qu’une partie des opportunités. L’Afrique doit également capter une plus grande part de la valeur ajoutée de sa production agricole. À travers son programme de Zones spéciales de transformation agro-industrielle, le Groupe de la Banque investit dans des infrastructures qui rapprochent la transformation et l’agro-industrie des agriculteurs et des marchés. Au Bénin, le Groupe de la Banque soutient la zone industrielle de Glo-Djigbé d’ARISE IPP (Plateformes industrielles intégrées ARISE). ARISE a créé un pôle où des produits agricoles, tels que les noix de cajou, peuvent être traités dans des centres dont le personnel est majoritairement composé de femmes, et transformés en produits à plus forte valeur ajoutée localement — plutôt qu’à l’étranger —, ce qui génère davantage de revenus pour les femmes et crée des emplois.

C’est là que la vision stratégique des « Quatre Points cardinaux » du Groupe de la Banque africaine de développement devient tangible. Des technologies agricoles climato-intelligentes renforcent la résilience et la capacité d’adaptation des agriculteurs. La mobilisation de financements permettant aux femmes d’acheter des intrants ou de développer une activité alimentaire met le capital à l’œuvre là où il peut générer des emplois et des revenus. Aider les jeunes et les femmes à créer des entreprises agricoles viables transforme la croissance démographique de l’Afrique en opportunité économique. Des investissements dans les zones de transformation agricole permettent d’ajouter une forte valeur ajoutée aux récoltes africaines. Des infrastructures hydrauliques résilientes au climat soutiennent les exploitations agricoles des femmes et renforcent les économies locales.

Le Système de marqueur genre du Groupe de la Banque contribue à intégrer cette dimension dès le lancement des projets. Ce tableau de bord numérique évalue dans quelle mesure les projets de l’institution intègrent l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes dans leurs objectifs et leurs résultats attendus. En 2025, 96 % de l’ensemble des projets du Groupe de la Banque ont atteint les catégories I et II du marqueur de genre, ce qui signifie que l’égalité de genre constituait un objectif principal ou un résultat escompté de ces projets.

Lorsque les femmes disposent de la technologie, de l’accès au financement, d’infrastructures résilientes au climat, des compétences et des marchés dont elles ont besoin, elles peuvent produire davantage, développer des entreprises plus solides et créer de meilleures opportunités pour elles-mêmes, leurs familles, leurs communautés et leurs économies.

En cette Journée mondiale de l’alimentation, qui s’inscrit dans le cadre de l’ « Année internationale des agricultrices », rendons hommage au personnel et aux consultants du Groupe de la Banque, aux gouvernements des pays membres régionaux, aux organisations partenaires, aux Unités de mise en œuvre des projets, ainsi qu’aux dirigeants des secteurs public et privé, dont le travail contribue à mettre les agricultrices en relation avec les ressources et les opportunités dont elles ont besoin pour se développer. Ces efforts aident les femmes à s’adapter aux changements, renforcent leurs moyens de subsistance et leurs entreprises, et contribuent à une Afrique plus productive et plus résiliente. Une Afrique capable de jouer un rôle plus proactif et dynamique sur la scène mondiale.

C’est cela, être innovant aujourd’hui. Pour nourrir demain.


À propos des auteurs

Martin Fregene, vice-président par intérim chargé de l’Agriculture, du Développement humain et social, est également directeur du Département de l’agriculture et de l’agro-industrie du Groupe de la Banque africaine de développement

Jemimah Njuki est directrice du Département du genre, des femmes et de la société civile du Groupe de la Banque africaine de développement.

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