L'agroalimentaire, nouvelle frontière à conquérir par l'Afrique en matière d'investissements

5 Novembre 2019
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African Development Bank (Abidjan)

Depuis dix ans maintenant, un tour dans les allées de n'importe quel supermarché africain révèle des marques locales de produits devenus familiers pour tout le monde. Du riz Dangote du Nigeria, à l'huile de poivre Akabanga du Rwanda jusqu'au café Tomoca d'Éthiopie, on assiste à une évolution progressive en train de s'effectuer, au niveau agricole dans les pays individuels. Mais cette évolution révèle une activité agroalimentaire plus importante et une plus grande valeur ajoutée.

Il y a lieu d'être optimiste car d'ici 2030, le secteur agroalimentaire africain devrait représenter en valeur 1 000 milliards de dollars américains. En Afrique, la demande des consommateurs pour les produits alimentaires augmente à un rythme sans précédent. Mais qu'est-ce qui alimente cette croissance ?

La première raison tient à la taille du marché car avec une population de 1,2 milliard d'habitants, l'Afrique est actuellement le second continent le plus peuplé du monde, derrière l'Asie. Selon les prévisions des Nations Unies, la population africaine pourrait atteindre 2 milliards d'individus d'ici 2030, et 2,5 milliards d'ici 2050. Cela signifie qu'un consommateur de la planète sur cinq sera africain.

La deuxième est liée à la qualité. Les taux de croissance soutenus du PIB dans différents pays du continent se sont traduits par une augmentation des revenus de certains segments de la population. Selon le rapport « Perspectives économiques en Afrique » de la Banque africaine de développement, la taille de la classe moyenne devrait passer à 1,1 milliard de personnes d'ici 2060, soit 42 % de la population. Le consommateur africain typique de la classe moyenne devient relativement plus riche, plus exigeant et plus averti en ce qui concerne les produits alimentaires qu'il choisit de consommer. Les questions de rapport qualité/prix, d'utilité, de contenu nutritionnel et de sécurité alimentaire sont, entre autres, au centre de ses préoccupations.

Et la troisième tient au facteur de la concentration qui peut être déterminant. Bien que la plupart des pôles de croissance soient des villes de taille petite à moyenne, les mégalopoles comptant plus de 10 millions d'habitants, telles que Le Caire, Lagos et Kinshasa, ont acquis une importance accrue. Ces métropoles offrent de nombreuses possibilités d'investissement résultant du triptyque : « forte consommation, concentration du pouvoir d'achat et agglomération (c'est-à-dire avec des coûts de distribution réduits et fixes) ».

Du côté de l'offre, le potentiel inexploité est important. Plus de 60 % des terres arables non cultivées de la planète se trouvent en Afrique.

Les décideurs ont conscience des énormes possibilités offertes par cette situation et sont en train de déployer des efforts concertés pour créer et maintenir un environnement commercial propice dans le but d'attirer les investisseurs locaux et étrangers. La Banque africaine de développement est à l'avant-garde de cette coalition de forces « prêtes » à transformer l'agriculture africaine.

Dans le cadre de sa stratégie « Nourrir l'Afrique », la Banque aide ses pays membres régionaux à s'attaquer aux contraintes pesant tant sur l'offre que sur la demande, tout le long des chaînes de valeur agricoles. Par le biais d'initiatives telles que « Technologies pour la transformation de l'agriculture en Afrique » (TTAA), la Banque contribue à l'accroissement des rendements, historiquement faibles, des produits de base prioritaires tels que le riz, le maïs et le soja.

Au Soudan, par exemple, la variété de blé résistant à la chaleur que soutient l'initiative TTAA, a permis d'augmenter l'autosuffisance en blé, en la faisant passer de 24 % pour 2016, à 45 % pour la campagne agricole 2018-2019. Dans le même temps, les Zones spéciales de transformation des produits agroalimentaires (ZSTPA), attirent à la fois des infrastructures matérielles et immatérielles et créent de la valeur ajoutée pour une production agricole accrue. Avec des partenaires tels que la Korea-Exim Bank (Banque coréenne d'import-export) et la Banque européenne d'investissement, la BAD a investi 120 millions de dollars dans les ZSTPA en Guinée, en Éthiopie et au Togo, ce qui étendra considérablement les activités agroalimentaires locales tout le long des nombreuses chaînes de valeur agricoles.

Parallèlement à ces investissements majeurs dans les chaînes de valeur agricoles en Afrique, le continent commence à consolider ses acquis. L'intégration régionale en est un exemple typique, comme en atteste la récente ratification de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), qui offre le potentiel de faire de l'Afrique la plus grande zone de libre-échange de la planète.

L'agroalimentaire a déjà capté l'attention des investisseurs. L'an dernier, il a été l'un des principaux centres d'intérêt lors du tout premier Africa Investment Forum (AIF), qui est en train de devenir le principal marché du continent pour les chefs d'entreprise mondiaux et panafricains ainsi qu'une force d'innovation dans l'accélération des transactions.

Lors de l'édition 2018 de l'AIF, l'agriculture a été l'un des neuf secteurs ayant suscité l'intérêt des investisseurs. Le comportement du secteur a été parfaitement satisfaisant face à des secteurs concurrents comme les services financiers, les infrastructures, l'énergie et les TIC. L'une des transactions dans ce domaine a été l'accord concernant le Conseil public ghanéen du cacao (COCOBOD), dans le cadre duquel un prêt de 600 millions de dollars a été mobilisé auprès de la Banque africaine de développement et d'autres investisseurs pour faire passer la production annuelle de fèves de cacao de 880 000 à 1,5 million de tonnes. Au cours des trois prochaines années, le projet devrait également promouvoir la croissance de la chaîne de valeur nationale du cacao en multipliant par deux la capacité de transformation, la faisant passer de 220 000 à 450 000 tonnes par an.

La base de consommateurs croissante en Afrique entraînera sans aucun doute une augmentation des dépenses en produits alimentaires et boissons sur le continent. Cela devrait susciter l'intérêt des investisseurs potentiels dans les entreprises agroalimentaires et de projets créateurs de valeur ajoutée.

L'Africa Investment Forum, qui doit se dérouler du 11 au 13 novembre à Johannesburg, en Afrique du Sud, est la porte d'accès de ces possibilités d'investissement.

Mariam Yinusa et Edward Mabaya occupent respectivement le poste d'économiste générale et de gestionnaire au sein de la Division du développement du secteur agroalimentaire de la Banque africaine de développement.

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