Du désespoir à l'espoir - Le Zimbabwe innove avec un programme d'indemnisation des agriculteurs déplacés

26 Mai 2025
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African Development Bank (Abidjan)

La communauté internationale a qualifié le versement par le Zimbabwe d'une indemnisation aux fermiers blancs de nouveau chapitre dans le processus de réconciliation nationale. Ce versement s'inscrit dans le cadre du processus d'apurement des arriérés et de résolution de la dette du Zimbabwe.

Dans une salle comble, en marge des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement à Abidjan, l'émotion était palpable lorsqu'une ancienne fermière blanche, en larmes, a exprimé sa gratitude après avoir été parmi les premières à recevoir cette indemnisation historique.

« Quelle journée mémorable pour moi, un véritable tourbillon d'émotions. Il y a vingt-trois ans, jour pour jour, j'ai quitté la ferme avec, pour seul bagage, un trousseau de clés, sans avoir été autorisée à rentrer dans la maison pour récupérer quoi que ce soit. » Lisa Nislev, ancienne propriétaire d'une ferme et investisseuse, a partagé son parcours personnel bouleversant. « Aujourd'hui, les seaux dans ma maison ne recueillent plus la pluie, mais des larmes de gratitude. »

« Merci au gouvernement du Zimbabwe d'avoir tendu la main de la réconciliation, et merci à tous ceux qui, autour de cette table, ont travaillé sans relâche pour y parvenir. Lorsque le premier paiement est arrivé, ce fut un moment très émouvant. », a témoigné Mme Nisley.

Au cours du premier trimestre 2025, le gouvernement zimbabwéen a commencé à indemniser les anciens propriétaires agricoles. Cette indemnisation au titre des accords bilatéraux de protection et de promotion des investissements a débuté en janvier, tandis que celle au titre de l'accord global d'indemnisation a commencé en mars.

L'ancien président mozambicain, Joaquim Chissano, qui oeuvre en tant que facilitateur du processus d'apurement des arriérés et de résolution de la dette du Zimbabwe, a évalué la transformation du pays : « Dans l'ensemble, d'énormes progrès ont été accomplis dans le dialogue. Cela me permet d'affirmer avec une grande confiance qu'il y a de la lumière au bout du tunnel. »

La Plateforme de dialogue structuré a été lancée en décembre 2022 afin de réunir le Zimbabwe et ses créanciers pour trouver des moyens de régler la dette et les arriérés considérables du pays, qui se sont accumulés au cours des vingt dernières années.

M. Chissano a expliqué que la question foncière était à l'origine et au coeur de tout ce qui s'était passé au Zimbabwe, notant que « sur le plan politique, cela a été le noeud du problème et a été considéré comme le plus difficile, voire impossible, à résoudre. Cependant, le Zimbabwe a prouvé que nous avions tort ».

M. Adesina, qui est le champion du processus en cours, a appelé à un soutien continu en la matière : « J'exhorte tout le monde, les partenaires du développement, les gouvernements et le secteur privé, à continuer de soutenir le Zimbabwe et l'Afrique. Ensemble, nous pouvons créer un avenir où l'Afrique se tiendra fièrement debout, libérée de sa dette, compétitive et prospère sur la scène mondiale. »

Le président du Groupe de la Banque africaine de développement a rappelé que lorsque le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, lui avait demandé de se faire le champion du processus, il avait souligné que l'indemnisation des fermiers blancs, chassés de leurs terres, était une priorité absolue pour lui.

« Je lui ai dit que je le ferais parce que j'ai vécu et travaillé au Zimbabwe. Je connais le Zimbabwe et je sais exactement ce qui s'y passe », a déclaré M. Adesina. « Les dents mordent parfois la langue. Cela ne signifie pas que je doive me débarrasser de mes dents ou de ma langue. Tout est question de collaboration. »

Des larmes de gratitude : d'anciens propriétaires agricoles reçoivent une indemnisation historique

Andrew Pascoe, président du Comité directeur pour l'indemnisation et ancien propriétaire agricole, a raconté les coulisses de cette avancée historique.

« Après une vingtaine d'années, nous, Zimbabwéens, avons réussi à mettre de côté nos différences et, dans un climat de respect mutuel et de confiance, à négocier un accord qui jette les bases du versement des indemnités », s'est réjoui M. Pascoe.

Il a ajouté que le processus d'indemnisation démontrait l'approche innovante du Zimbabwe. À ce jour, 906 demandes ont été reçues. Parmi celles-ci, 740 ont été approuvées par le Comité gouvernemental d'indemnisation foncière, tandis que les autres sont encore à différents stades du processus. En avril dernier, le gouvernement zimbabwéen a commencé à verser les premières indemnités à 378 agriculteurs.

M. Pascoe a souligné une avancée technologique : « Nous disposons désormais d'un portail électronique qui permet aux agriculteurs, où qu'ils se trouvent dans le monde, de s'inscrire et de télécharger tous les documents nécessaires pour valider leurs demandes d'indemnisation. »

Une base économique solide soutient la reprise

Le ministre des Finances du Zimbabwe, Mthuli Ncube, a indiqué que des progrès significatifs avaient été accomplis en vue de parvenir à un accord au niveau des services du FMI sur un programme de référence (SMP).

L'obtention d'un SMP est essentielle à la feuille de route du gouvernement pour l'apurement des arriérés et le règlement de la dette du pays.

Le ministre a présenté des indicateurs économiques démontrant l'engagement du Zimbabwe en faveur de la discipline budgétaire, notamment :

  • Une croissance économique prévue de 6 % en 2025, après la reprise à la suite de l'impact de la sécheresse de 2024.
  • Une amélioration du ratio recettes/PIB à 17 % en 2024, reflétant une efficacité accrue.

La communauté internationale se mobilise en faveur du programme d'indemnisation des agriculteurs zimbabwéens

L'ambassadeur de l'Union européenne, Jobst von Kirchmann, a souligné la nécessité d'accélérer les réformes de la gouvernance. « Malgré des défis sans précédent, le contrôle des changes, l'impatience mondiale et la sécheresse la plus grave depuis des années, le Zimbabwe a fait preuve d'un véritable leadership », a-t-il confirmé. « Nous reconnaissons que les progrès sur les indicateurs peuvent prendre du temps. Nous sommes favorables à l'idée d'une solution intermédiaire, visant à résoudre la question de la dette envers les banques multilatérales. »

Eneida Fernandes, responsable pays de la Banque mondiale, a évoqué les progrès notables accomplis en matière d'indemnisation des agriculteurs qui ont perdu leurs terres. « Nous restons engagés dans notre partenariat avec le gouvernement, le Fonds monétaire international, les coprésidents des piliers de la gouvernance et des terres, l'Union européenne, la Suisse et tous les autres partenaires bilatéraux. »

L'ambassadeur suisse, Stéphane Rey, a mis en exergue le succès du programme d'indemnisation prévu par les accords bilatéraux de protection et de promotion des investissements (BIPPA). « Le programme BIPPA est la preuve qu'avec une appropriation, de la confiance et de la détermination, des questions complexes peuvent être traitées de manière constructive. C'est un grand pas en avant pour la justice, la confiance et l'avenir du Zimbabwe. ». Il a toutefois noté que l'accord global d'indemnisation n'avait pas encore été pleinement mis en oeuvre.

M. Chissano a appelé la communauté internationale à poursuivre son soutien : « Le Zimbabwe, seul, n'a pas la capacité de mettre en oeuvre les réformes convenues. Il a besoin du soutien international pour cela. Votre soutien sera essentiel pour mobiliser des financements relais et réserver des fonds pour l'apurement des arriérés auprès des institutions financières multilatérales. »

M. Pascoe a fait écho à cet appel, demandant spécifiquement des garanties internationales pour les obligations du Trésor. « Si un mécanisme pouvait être négocié entre le gouvernement zimbabwéen et nos partenaires du développement qui permettrait de mettre en place une garantie internationale pour les obligations du Trésor, leur valeur, leur négociabilité et leur attrait changeraient immédiatement et considérablement », a-t-il soutenu.

M. Chissano a affirmé que le processus d'apurement des arriérés et de résolution de la dette du Zimbabwe ne représentait pas seulement une réforme économique, mais qu'il était aussi un profond processus de réconciliation nationale et de réintégration internationale. Les larmes de désespoir ayant fait place à des larmes de gratitude, le Zimbabwe est prêt à reprendre sa place au sein de la communauté internationale.

« L'économie du Zimbabwe est comme un baobab. En unissant nos forces, nous pouvons la débloquer », a conclu par une métaphore M. Adesina.

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