Au Maroc, l'eau irrigue l'avenir et redonne vie aux campagnes

9 Avril 2026
Contenu d'un Partenaire Premium
African Development Bank (Abidjan)

Aux premiers rayons du soleil, Mohamed Hammadi arpente, avec son cousin, sa palmeraie à Zaouiat Aynasse. À quelque 270 kilomètres de Marrakech, un paradis de nature, autour d'eux, s'étend à perte de vue : des grands palmiers dattiers avec, en contrebas, des rangées de grenadiers et d'amandiers, et des cultures de menthe qui embaument l'air d'un parfum délicat. Chaque fruit reflète le soin et la persévérance de générations d'agriculteurs. Ici, la vie rurale trouve sa beauté dans l'eau qui serpente depuis les bassins jusqu'aux racines des palmiers.

Il y a quelques années, ce paradis n'était toutefois pas si facile à entretenir.

« Avant, l'eau du bassin mettait plus d'une heure à atteindre nos palmiers, et le débit était si faible qu'on n'était jamais sûrs d'en avoir assez, se souvient Mohamed. Beaucoup d'eau se perdait dans les canaux traditionnels en terre, et nos palmiers n'étaient pas suffisamment irrigués. »

Depuis 2021, le Programme d'appui au développement inclusif et durable des zones agricoles et rurales (PADIDZAR) a changé la donne. Financé à hauteur de 114 millions d'euros par le Groupe de la Banque africaine de développement, il a été mis en oeuvre en partenariat avec le ministère marocain de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts.

« Investir dans l'eau, c'est investir dans l'avenir des filières et des communautés rurales qui les portent. Ce programme fait de l'accès à l'eau un véritable levier de résilience, de productivité et de prospérité pour des milliers d'agriculteurs, tout en générant de nouvelles opportunités économiques locales », souligne Achraf Tarsim, le responsable du bureau-pays de la Banque africaine de développement au Maroc.

Face à la pénurie d'eau, le programme a renforcé la résilience des petits agriculteurs par la réhabilitation et le développement des infrastructures hydrauliques ainsi qu'un meilleur accès aux périmètres agricoles. En outre, la diffusion de pratiques agricoles climato-résilientes a permis d'améliorer les rendements et les revenus tout en favorisant l'inclusion économique des jeunes et des femmes en zones rurales.

Les infrastructures modernisées ont transformé l'accès à l'eau, offrant aux agriculteurs des conditions bien plus fiables pour irriguer leurs cultures. Aujourd'hui, l'or bleu atteint la palmeraie en moins d'un quart d'heure, avec trois fois plus de débit qu'auparavant. Le résultat est sans appel : les rendements ont augmenté et les revenus se sont améliorés de 50 à 100 %.

« Grâce à Allah, et après la réhabilitation et l'amélioration du canal (« séguia »), du bassin et des galeries d'eau souterraines (« khettaras »), l'eau atteint désormais le point le plus éloigné de la palmeraie en moins de vingt minutes. Le volume d'eau a également considérablement augmenté. Grâce à cela, notre production a augmenté : nous en consommons une partie et vendons le reste », raconte Mohamed, qui produit des dattes.

Ces gains lui ont permis de planter davantage, améliorer sa production, construire sa maison et payer les frais scolaires de ses enfants. Il espère profiter bientôt de la réhabilitation de la piste rurale qui mène à Agdez, la grande ville la plus proche de sa palmeraie, afin d'acheminer ses produits vers les marchés locaux.

Rachid et l'essor de l'oliveraie

À 300 kilomètres de la palmeraie de Mohamed, les premières lueurs du jour viennent éclairer les oliviers de Rachid Jait. Plantée sur la commune de Mzouda, à 70 kilomètres au sud-ouest de Marrakech, son oliveraie est un tableau vivant : des rangées d'arbres fruitiers parfaitement alignées, un sol travaillé, et au loin, le relief aride du Maroc qui contraste avec ce havre de verdure.

Il y a peu, l'accès à l'eau était un défi quotidien. Son oliveraie ne recevait que 25 % de ses besoins, après parfois une heure d'attente, mettant en péril ses arbres et ses récoltes. Depuis la modernisation des infrastructures hydriques, l'eau parvient désormais en moins de dix minutes et couvre jusqu'à 45 % de ses besoins, entraînant un bond de 30% de ses rendements. Une partie de sa production est confiée à la coopérative féminine Tawanza, soutenue par le programme par le biais de formations, ce qui lui assure plus de 25 % de revenus supplémentaires.

Rachid a investi ces recettes additionnelles dans le déploiement de l'irrigation en goutte à goutte, la construction d'un bassin en béton armé et la plantation de nouveaux oliviers. Ces progrès lui ont aussi permis de rénover sa maison, construire des logements pour sa famille et voyager davantage dans le pays.

« Ma femme et moi envisageons également d'investir dans une maison d'hôtes afin de promouvoir notre pays et notre région, Mzouda », confie-t-il.

Leur ambition est grande : créer leur propre unité de transformation de l'olive, générer plus de valeur et faire rayonner le patrimoine local.

Des impacts tangibles pour les communautés rurales

Au terme de trois années de mise en oeuvre, le programme « PADIDZAR » a réhabilité plus de 450 kilomètres de canaux, restauré 35 systèmes de captage, aménagé plus de 220 points d'eau et rénové 55 kilomètres de pistes d'accès aux périmètres irrigués. Plus de 33 000 exploitations agricoles et près de 80 000 personnes ont vu leur accès à l'eau s'améliorer. Les bénéfices dépassent le simple rendement agricole ; ils se traduisent aussi par une meilleure résilience face aux épisodes de sécheresse, des investissements dans l'habitat et l'éducation, et le développement d'initiatives créatrices d'emplois locaux.

Sans être des exceptions, Mohamed et Rachid incarnent l'impact d'un accès sécurisé à l'eau, capable de transformer la vie de petits agriculteurs, de la survie à la prospérité. Grâce, entre autres, à la contribution du Groupe de la Banque africaine de développement, une nouvelle classe moyenne rurale émerge au Maroc pour créer, dans les territoires, plus de valeur et d'emplois. Ici comme ailleurs, l'eau est, plus que jamais, source de vie et de développement.

Voir les détails du projet

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.