À Madagascar, un mouvement de contestation initié par la jeunesse, notamment la génération Z (GEN Z), a plongé le pays dans une crise politique inédite. Parti de revendications contre les coupures d’eau et d’électricité, le soulèvement s’est rapidement transformé en contestation du régime du président Andry Rajoelina. Depuis le 25 septembre, les manifestations se multiplient à Antananarivo, et le climat politique ne cesse de se tendre.
Le CAPSAT entre en scène
Le 11 octobre, un tournant historique a été franchi avec l’entrée en scène du Corps d’appui à la protection des institutions (Capsat), une unité stratégique de l’armée malgache chargée notamment de la gestion des munitions. Ce ralliement inattendu a provoqué une onde de choc au sommet de l’État. L’unité a affirmé vouloir répondre à l’appel du peuple, dans le but de calmer les tensions, tout en niant toute volonté de prise de pouvoir.
Le colonel Mikaël Randrianirina, officier du Capsat, a déclaré à RFI et Jeune Afrique que cette présence militaire n’équivalait pas à un coup d’État. « Je ne pense pas qu’il y ait eu un coup d’État. L’armée a simplement montré qu’elle existe encore et a répondu à l’appel du peuple malgache », a-t-il affirmé. Il a également tenu à préciser qu’il ne contrôle ni l’exécutif ni l’armée dans son ensemble, malgré le rôle visible joué par ses hommes lors des récentes mobilisations.
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Crainte d’un coup d’Etat à la présidence
À la présidence, cette intervention du Capsat est perçue tout autrement. L’exécutif évoque une tentative de déstabilisation, voire un coup d’État déguisé. Un climat de frayeur semble s’être installé au sommet de l’État, alimenté par l’érosion progressive du contrôle gouvernemental sur les institutions sécuritaires.
Dans ce contexte de haute tension, un événement majeur est survenu le 12 octobre : le président Andry Rajoelina a été discrètement exfiltré du pays par un avion militaire français. L’opération aurait été menée à la suite d’un accord entre le président français Emmanuel Macron et son homologue malgache, selon des informations rapportées par RFI. La France, tout en niant toute ingérence dans les affaires intérieures de Madagascar, aurait autorisé ce départ pour des raisons de sécurité.
D’après les éléments recueillis, un hélicoptère aurait d’abord conduit Andry Rajoelina jusqu’à l’île Sainte-Marie, sur la côte est de Madagascar. De là, il aurait embarqué à bord d’un avion militaire français à destination de l’île Maurice. Il aurait ensuite poursuivi son trajet vers Dubaï, aux Émirats arabes unis, bien qu’aucune confirmation officielle n’ait été donnée sur sa destination finale.
Un discours présidentiel attendu
Le lendemain, le 13 octobre, la présidence malgache a néanmoins annoncé, via sa page Facebook, que le chef de l’État s’adresserait à la nation dans la soirée. « Le président de la République Andry Rajoelina fera un discours au peuple malgache aujourd’hui à 19h » (16h TU), pouvait-on lire dans la publication. Reste à savoir si cette allocution aura bien lieu et dans quelles conditions, alors que l’incertitude politique reste entière.
Au-delà des luttes de pouvoir, cette crise révèle un malaise profond dans la société malgache. La jeunesse, notamment la GEN Z, se mobilise de manière inédite, déterminée à faire entendre sa voix dans un pays en proie à des difficultés économiques et sociales chroniques. Le mouvement semble bien décidé à ne plus tolérer l’inertie du pouvoir et à exiger des comptes sur la gouvernance du pays.
