La Journée internationale des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe appelle à financer dès maintenant la résilience afin d'éviter de payer plus tard pour les catastrophes.
Le Programme de financement des risques de catastrophe en Afrique (en anglais, Africa Disaster Risk Financing Programme, ADRiFi) de la Banque africaine de développement, en partenariat avec l'Africa Risk Capacity Group (ARC Group), une agence spécialisée de l'Union africaine, permet aux pays du continent d'accéder à une assurance contre les risques de catastrophe moyennant le paiement de primes.
À la suite d'événements catastrophiques, ces polices fournissent des indemnités importantes qui peuvent être utilisées pour une intervention rapide et la reconstruction. L'ADRiFi renforce la capacité des gouvernements à se préparer aux catastrophes, à évaluer les risques climatiques et les coûts, tout en promouvant des stratégies d'adaptation innovantes, notamment l'assurance contre les risques climatiques.
Voici cinq choses à savoir sur l'engagement du Groupe de la Banque africaine de développement en faveur de l'atténuation des risques de catastrophe, en particulier en Gambie.
1 La Gambie a été le premier pays à adhérer au Programme de financement des risques de catastrophe en Afrique (ADRiFi) du Groupe de la Banque.
Selon l'Agence nationale de gestion des catastrophes de la Gambie, il y a une décennie environ, le gouvernement gambien a reconnu l'importance de la croissance économique dans la lutte contre la vulnérabilité et la pauvreté. Les catastrophes, telles que les inondations et les sécheresses, peuvent dévaster l'agriculture, ce qui, ensuite, affecte la croissance économique, accroît la vulnérabilité et aggrave la pauvreté.
Dans ce contexte, la Gambie a placé la gouvernance et la gestion des catastrophes au coeur de son administration publique. Il était donc tout naturel pour le pays de rejoindre l'ADRiFi en 2015, devenant ainsi le premier pays à faire cette démarche, afin d'atténuer l'impact des catastrophes naturelles dans le pays.
L'adhésion à cette initiative renforce la capacité de l'Agence nationale de gestion des catastrophes à répondre aux besoins immédiats, à moyen et à long terme des communautés les plus vulnérables aux phénomènes météorologiques extrêmes.
2 En Gambie, les catastrophes liées au changement climatique menacent non seulement les vies humaines, mais aussi les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire en endommageant les cultures et en touchant le bétail. L'ADRiFi offre une couverture complète.
L'agriculture emploie environ 75 % de la main-d'oeuvre en Gambie et contribue, pour moitié environ, aux besoins alimentaires du pays. Cependant, la productivité du secteur est très vulnérable aux sécheresses récurrentes : des sécheresses sévères se produisent environ tous les dix ans, et des sécheresses plus modérées tous les quatre ans. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), ces événements climatiques perturbent l'approvisionnement alimentaire et peuvent entraîner une hausse des prix des denrées alimentaires, poussant davantage de familles vers la famine.
L'action de l'ADRiFi en Gambie, en partenariat avec le PAM, a renforcé la résilience face à la sécheresse et aux autres chocs climatiques au niveau communautaire, y compris dans les zones rurales. À ce jour, on estime que 275 000 personnes ont bénéficié du programme, dont environ 65 % de femmes et d'enfants.
3 La Gambie illustre bien la tendance à une vulnérabilité croissante aux phénomènes climatiques extrêmes observée dans les pays africains, notamment les sécheresses, les inondations et même les cyclones.
Sanna Dahaba, directeur exécutif de l'Agence nationale de gestion des catastrophes de Gambie, explique que le pays se situe en zone tropicale et subit donc des inondations, dont les plus récentes remontent à 2020, ainsi que des sécheresses.
« C'est pourquoi la Gambie participe au programme ADRiFi », explique M. Dahaba, ajoutant que la vulnérabilité et le risque de famine vont probablement croître dans le pays en l'absence de planification de la réduction des risques de catastrophe. Dans les cas extrêmes, indique-t-il, les familles vulnérables en viennent à manger les semences destinées à l'agriculture pour lutter contre la faim.
« L'allocation d'aide internationale au développement du gouvernement gambien, qui aurait pu être consacrée à d'autres priorités, a servi à financer l'ADRiFi », ajoute-t-il.
4 Le partenariat entre la Banque et l'ARC Group offre une couverture contre les catastrophes à des millions d'Africains.
Par le biais de l'ADRiFi, la Banque africaine de développement couvre un pourcentage du coût de la prime d'assurance contre les risques de catastrophe des pays participants pendant les cinq premières années, après quoi le pays prend en charge la totalité de la prime.
Le partenariat entre la Banque et l'African Risk Capacity Group a renforcé la protection financière contre les chocs climatiques de la Gambie et d'autres pays africains participants. L'ADRiFi a également amélioré la connaissance des risques et la sensibilisation à ceux-ci au sein de l'Agence nationale de gestion des catastrophes de la Gambie et d'organisations similaires dans les pays participants, ainsi que dans le secteur des assurances en général.
Grâce au soutien offert par l'ADRiFi, plus de huit millions de personnes ont bénéficié d'une protection contre des catastrophes climatiques graves, et plus de 330 millions de dollars de risques climatiques ont été transférés vers les marchés internationaux de l'assurance.
5 Lorsque la catastrophe a frappé la Gambie en 2022, l'ADRiFi a eu un impact positif sur la vie des populations.
Bien qu'elle ait cotisé au programme ADRiFi depuis 2015, l'Agence nationale de gestion des catastrophes de Gambie indique n'avoir eu besoin de recourir à ce programme qu'en 2022, lorsque la sécheresse a dévasté le secteur agricole du pays.
À la suite de cela, le gouvernement a reçu sa première indemnité d'assurance contre les risques de catastrophe, d'un montant d'environ 140 000 dollars. En collaboration avec le Programme alimentaire mondial, les autorités gambiennes ont distribué des fonds et des fournitures d'urgence à 3 855 ménages touchés par la sécheresse, soit environ 50 000 personnes.
« Je pense que cela fait une différence significative en matière de soutien aux moyens de subsistance », indique M. Dahaba. Avant de préciser : « L'aide a répondu à leurs besoins à court terme, notamment en leur fournissant de la nourriture. Dans le cas du Programme alimentaire mondial, ils ont pu soutenir les familles vulnérables pendant trois mois. Dans le cadre de l'aide apportée par la Gambie, nous avons pu aider les familles pendant un mois afin qu'elles ne souffrent pas de la faim et puissent subvenir à leurs besoins. »
Dans le village de Madina Angaleh, où la plupart des 850 habitants sont des agriculteurs, les indemnités versées au titre de l'assurance contre les risques de catastrophe ont permis à des villageois comme Macotu Torre, veuve, rizicultrice et mère de sept enfants, d'acheter de la nourriture pour un mois et d'investir dans du bétail afin de reconstruire leurs moyens de subsistance. Cette aide a permis aux familles vulnérables de ne pas recourir à la consommation des semences destinées à l'agriculture.
« Quand j'ai reçu l'argent, j'étais tellement heureuse ! Je suis immédiatement allée acheter du riz et de l'huile pour nourrir ma famille. Sans cela, cela aurait été une catastrophe », témoigne Mme Torre. L'indemnisation lui a également permis d'acheter un âne pour l'aider dans ses travaux agricoles.
Regardez la vidéo de Sanna Dahaba, administrateur de l'Agence nationale de gestion des catastrophes en Gambie, qui parle de l'engagement de son pays en matière de gestion des catastrophes.