Ils sont un peu plus de 7,5 millions d'électeurs béninois convoqués aux urnes, hier 11 janvier, pour des élections législatives et locales. 5 partis dont 3 réputés proches du camp présidentiel se disputent leurs suffrages pour élire 109 députés et 1800 conseillers municipaux.
Après 21 jours de campagne dans le calme et sans grand enthousiasme, selon bien d'observateurs, le taux de participation et la nouvelle configuration de l'échiquier politique sont les enjeux majeurs de ce double scrutin. En effet, le degré de mobilisation des Béninois à aller voter ce 11 janvier sera un bon indicateur de leur niveau de confiance affecté ou non dans les réformes inspirées par le président Patrice Talon depuis 2016. La marge de victoire de son parti, l'Union progressiste pour le renouveau (UPR), et alliés, le Bloc républicain et Moele Bénin, comptera également pour jauger de son bilan après 10 ans de magistrature suprême.
Au moment où nous mettions sous presse le taux de participation à ce double scrutin ne nous était pas connu mais des confrères présents à Cotonou évoquaient des rangs clairsemés devant beaucoup de bureaux de vote dans la capitale. Qu'en est-il dans les autres circonscriptions électorales ? Le parti au pouvoir est-il à même de renforcer sa majorité parlementaire ou est-ce l'opposition qui va lui arracher des sièges à l'Assemblée nationale ? On devrait être rapidement situé aujourd'hui ou demain, car les démembrements de la Commission électorale nationale autonome (CENA) s'attèlent au dépouillement des votes depuis hier après la fermeture des bureaux de vote à 17 heures.
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En attendant la fin du suspense, il faut rappeler que ce double scrutin s'est tenu dans un contexte de tensions politiques liées aux formes politiques qui ont vu l'instauration d'un parlement bicamérale, avec nomination de certains sénateurs et des sièges attribués dans cette Haute Chambre , de jure, aux anciens présidents. Dans la Chambre Basse, 24 sièges de députés reviennent là aussi de droit à des femmes, selon la loi sur le quota genre.
Par ailleurs, le taux de parrainage des parlementaires pour les candidats à la présidentielle est passé de 10 à 20% de leur nombre. Plus difficile, chaque parti doit obtenir au moins 20% des suffrages exprimés dans chacune des 24 circonscriptions électorales pour avoir le droit de siéger au Parlement. En rappel, le candidat du principal parti d'opposition, Renaud Agbodjo de Force cauris pour un Bénin émergent (FBCE) avait été recalé pour insuffisance de parrainage. Tout comme ses candidats à ces municipalesqui necompétissent pas faute de parrainages suffisants . Par ailleurs, au sein du parti présidentiel, l'imposition de Romuald Wadagni, actuel ministre de l'Économie et des Finances pour succéder à Patrice Talon a fait des mécontents.
Ces tensions politiques se sont cristallisées au maximum dans la tentative de coup d'État du 7 décembre 2025. Les victimes, les arrestations, la fuite et l'exile des présumés auteurs de ce putsch manqué ont ajouté leur part de crispation à la situation sociopolitique au Bénin. Un mois après ce putsch manqué, les politiques béninois n'étaient pas tous remis de leur frayeur. C'est pourquoi la tenue de ce double scrutin est un exercice de sauvetage d'une des bonnes expériences de la démocratie libérale en Afrique subsaharienne. Si ce double scrutin que les coups de feu à l'aube du 7 décembre 2025 ont failli flinguer tient ses promesses de transparence, d'équité et d'une bonne participation des électeurs, il aura restauré cette vitrine de la démocratie en Afrique francophone.
Bref, ces élections législatives et municipales ne sont pas seulement une jauge de la scène et du climat sociopolitique béninois, elles sont aussi une répétition générale de la présidentielle du 12 avril prochain.
