« Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude », dit l'adage. Une maxime que la CAF devrait s'appliquer à elle-même, à la lecture des décisions disciplinaires qu'elle a rendues après la finale de la CAN 2025.
Car au-delà des sanctions sportives, c'est la cohérence morale et institutionnelle de l'instance continentale qui se trouve aujourd'hui mise à nu. Comment, en effet, concilier le prix du fair-play décerné au Maroc avec la sanction infligée à son capitaine, Achraf Hakimi, suspendu pour deux matchs officiels CAF dont un avec sursis pour comportement antisportif ? Comme si l'affaire de la « serviettegate » vécue en pleine finale ne suffisait pas pour retoquer ce prix, la CAF s'embourbe davantage en sanctionnant le capitaine des Lions de l'Atlas.
L'image est saisissante : une sélection distinguée par la CAF pour son exemplarité lors de cette CAN voit deux de ses cadres lourdement sanctionnés par la même instance pour avoir enfreint les principes qu'elle était censée incarner. La contradiction est flagrante. Le malaise s'accentue avec le cas d'Ismaël Saibari, lourdement sanctionné dans l'« affaire des serviettes » : trois matchs de suspension assortis d'une amende de 100 000 dollars. Là encore, les faits établis par le jury disciplinaire viennent contredire de manière nette l'image d'une équipe modèle, érigée en symbole de fair-play continental.
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Dès lors, une question s'impose : sur quel crédit repose encore ce prix du fair-play attribué au Maroc ? Peut-on sérieusement maintenir une distinction honorifique quand les décisions disciplinaires viennent en démonter les fondements ? Si la CAF estime qu'un acteur sanctionné ne peut être primé - logique appliquée à l'avance à Pape Thiaw, suspendu cinq matchs et donc écarté des distinctions - alors le principe de parallélisme des formes commande la même rigueur pour tous.
Ce malaise dépasse le seul prix du fair-play pour le pays hôte. Plusieurs distinctions individuelles décernées lors de cette CAN 2025 ont suscité l'incompréhension. Le trophée de meilleur gardien, par exemple, qui semblait devoir revenir à Édouard Mendy qui a sorti la Panenka de Brahima Diaz à la dernière seconde de cette finale, attribué à Yassine Bounou, ou encore celui de meilleur entraîneur, attribué en différé à Walid Regragui, alors que le stratège Pape Thiaw, au vu du coaching et du contenu, apparaissait plus méritant. Plus étonnant encore, l'absence du prix du meilleur espoir de cette CAN qui aurait revenir à Ibrahima Mbaye. À force de multiplier les signaux contradictoires, la CAF a davantage fragilisé sa propre crédibilité au sortir de cette coupe d'Afrique des Nations.
