Les rideaux sont tombés sur la 39e session des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine (UA). En 24 heures, cette grand-messe où les célébrants s'écoutent prêcher sans conviction, a déroulé son programme habituel : discours d'ouverture, huis clos des chefs d'Etat ou de gouvernements, rapports d'experts et des envoyés spéciaux, recommandations, discours de clôture, sans oublier les visites de courtoisie et les audiences particulières des chefs d'Etat ou de leurs représentants.
Bref, rien de nouveau à Addis-Abeba lors de ce 39e sommet de l'UA ! Pourtant et le thème de la session et les questions brûlantes de l'actualité africaine et mondiale avaient de quoi pousser les experts, les ministres, les chefs d'Etat et de gouvernement à sortir des sentiers battus des discours convenus. Non, ce ne fut pas le cas ! Ils ont botté en touche, surfant sur la langue de bois habituelle. De beaux discours qui jurent avec les tristes réalités que vivent les Africains : guerres, terrorisme, déplacements internes de populations, famine, maladies, sècheresse, chômage, émigration clandestine...
C'est connu, les défis et les problèmes de développement qui tenaillent les Etats africains sont nombreux, les uns aussi urgents que les autres, comme la question d'eau et d'assainissement qui devrait être la base des échanges durant cette 39e session par le truchement de son thème principal : "Assurer une disponibilité durable de l'eau et des systèmes d'assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l'Agenda 2063".
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Oui l'UA a un ambitieux plan de développement stratégique "pour transformer le continent en une puissance mondiale à l'horizon 2063." Adopté en 2013, les décideurs africains de l'époque se donnaient 50 ans pour enfin sortir les pays du continent de l'ornière du sous-développement. C'était sans compter avec les tares de la mal gouvernance, la volonté de domination des autres puissances et les avatars d'un monde en mutation où les paradigmes politiques, économiques, climatiques et socio-culturels changent d'un jour à l'autre.
A ce propos, aux vieux conflits armés, Soudan du Sud, République démocratique du Congo, que l'UA était incapable de régler, se sont ajoutés la guerre civile au Soudan, et le terrorisme au Sahel. On oublie la partition non encore résolue de la Libye, les velléités d'indépendance du "Somaliland" et la question éternellement pendante du Sahara occidental.
A l'image d'un monde troublé par la guerre en Ukraine, les effets du changement climatique et un multilatéralisme distendu, pour ne pas dire dissolu, l'Afrique est à la croisée des chemins. Aujourd'hui plus qu'hier car des certitudes comme l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation, la régulation du droit des peuples et des Etats, du commerce international, de la coopération en matière de santé, de la culture dans le monde par l'ONU et ses institutions spécialisées, sont de plus en plus battues en brèche par la résurgence d'un nationalisme conquérant, mercantiliste et unilatéraliste, venu d'où on s'y attendait le moins.
C'est pourquoi, Antonio Guterres a beau présenter l'UA sous le beau jour d'une organisation qui vit et prône le multilatéralisme dans son discours à l'ouverture de ce 39e sommet, il ne peut se voiler la face devant l'impuissance avérée du continent africain à régler les crises qui entravent ses efforts de développement. On rappellera encore et toujours l'interminable guerre de prédation contre la RDC ; la partition du Soudan et les graves risques de répartition des Soudan ; le terrorisme toujours présent au Sahel et l'incapacité, l'indifférence, voire la complicité de pays africains à ne pas le combattre.
De cette 39e session de la conférence des chefs d'Etat de l'Union africaine, ni les Congolais de la RDC, ni les Soudanais, ni les peuples du Sahel, ni même les populations Kenyanes en proie à une dure sécheresse, ou celles de la Namibie qui subissent de graves inondations, n'attendent pas grand-chose. L'organisation continentale a besoin de se réinventer car, tel un albatros, son plan stratégique, les programmes qui vont avec, sont des ailes surdimensionnées dont elle peine à se servir pour impulser un décollage économique aux Etats membres.
C'est dire que les multiples rapports qui ont été examinés au cours de cette session et en rapport avec le thème retenu seront comme des gouttes d'eau sur plumes de canard. Ils ne sont que de belles intentions au diapason de l'impuissance avérée de l'UA face aux problèmes de souveraineté et de développement qui se pose au continent.
Pour mémoire, on rappellera que ces rapports étaient relatifs au bilan annuel du président de la Commission de l'UA, Mahmoud Ali Youssouf, ainsi qu'à l'exécution des programmes de l'Agenda 2063 pour le développement de l'agriculture en Afrique, au programme d'activités de l'organisation continentale pour l'année 2025, aux principaux projets financés par la Banque africaine de développement.
Sans douter de la pertinence de ces rapports, il est fort à parier qu'on retiendra plus à la clôture de cette rencontre, les inquiétudes du président sortant de l'UA, le président angolais Joao Lourenço concernant les périls qui menacent la paix sur le continent. Des crises à faire oublier la thématique de ce sommet, l'eau alors que 400 millions d'Africains en sont privés.
Le président burundais, Evariste Ndayishimiye, qui succède à l'Angolais au poste de président de l'UA est donc prévenu : l'organisation continentale n'amasse plus mousse. Elle est comme frappée d'obsolescence, drapée de beaux discours qui jurent d'avec les tristes réalités que vivent les populations africaines. A quand la refondation ?
