Congo-Kinshasa: Nouvelle attaque des ADF sur fond d'enlisement de la crise avec le M23 - Le pays est mal barré

Des forces conjointes délogent des insurgés lors d’une opération dans la province de l’Ituri, libérant plus de 200 personnes enlevées de la captivité de l’ADF, tandis que les survivants racontent les conditions difficiles et que les commandants promettent de poursuivre les combattants restants.

En République démocratique du Congo (RDC), la situation sécuritaire continue de se dégrader dans l'Est du pays où pullulent de nombreux groupes armés dont les exactions sur les populations civiles, ne se comptent plus.

Et quand ce ne sont pas les rebelles du M23, en opposition armée directe avec le gouvernement, qui s'emparent de localités entières dans le Nord et le Sud-Kivu suite à des offensives parfois éclaires, ce sont les Forces démocratiques alliées (ADF), du nom de ce groupe armé ougandais actif dans l'Est du pays et affilié à l'Etat islamique, qui procèdent à des attaques et autres kidnappings.

Il va falloir à la crise congolaise, une approche et une solution holistiques

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C'était encore le cas le 1er mai dernier à Lisoma dans l'Ituri, où de nombreux habitants ont été enlevés, portant à plus de quatre cents, le nombre de personnes prises en otage par ces insurgés islamistes depuis le début de l'année, selon les chiffres de la société civile. Une situation qui inquiète, d'autant plus que face à la montée des périls et à la multiplication des fronts, l'armée congolaise éprouve toutes les peines du monde à mettre les rebelles au pas et à imposer son autorité.

Et ce, dans un contexte où la force onusienne de la MONUSCO est loin d'atteindre ses objectifs de stabilisation du pays, au point de susciter aujourd'hui la colère des populations congolaises qui ne savent plus à quel... libérateur se vouer, ainsi que du gouvernement à la recherche d'une paix introuvable. Pourtant, ce ne sont pas les médiations qui manquent.

Aussi bien sur le plan régional, continental qu'à l'échelle internationale où les diplomaties qatarienne et américaine sont aussi à l'oeuvre. Toujours est-il que ce regain d'activisme des ADF qui ne cessent d'étendre leur terrain d'action dans l'Est du pays, est d'autant plus une mauvaise nouvelle qu'il vient complexifier davantage une équation sécuritaire déjà bien difficile. Autant dire que la RDC est mal barrée.

Et l'on se demande d'autant plus où va le pays, qu'avec plus de deux cents groupes armés répertoriés, il est quasiment impossible d'engager des négociations au cas par cas. Sachant que ces groupes armés aux desseins obscurs, ont souvent des intérêts divergents dans un contexte où les immenses richesses naturelles et minières du pays font l'objet des plus grandes convoitises. C'est dire s'il va falloir à la crise congolaise, une approche et une solution holistiques qui prennent en compte les préoccupations de toutes les parties.

Ce qui n'est pas une mince affaire dans un contexte où, en plus déjà d'exacerber les tensions avec le voisin rwandais, l'équation du M23 reste un os en travers de la gorge des autorités de Kinshasa. Et tout porte à croire que les agitations des ADF sont une façon comme une autre, pour ces insurgés islamistes, de se rappeler aux bons souvenirs des autorités de Kinshasa pour ne pas être les oubliés de cette crise multiforme, qui est loin de livrer tous ses dessous.

La récurrence des exactions des groupes armés sur des populations innocentes, doit interpeller

Dans ces conditions, on peut se demander si la RDC connaîtra un jour la paix, face à l'ampleur de la fracture avec les groupes rebelles dans un contexte où les politiques ne semblent guidés que par des intérêts personnels. Raison pour laquelle ils peinent à s'engager dans la voie d'un dialogue constructif visant à sortir le pays de la mauvaise passe dans laquelle il se trouve depuis maintenant plusieurs années.

Pour en revenir aux ADF, il faut croire que si rien n'est fait par le pouvoir pour leur donner la réplique adéquate, ils auront encore de beaux jours devant eux, parce qu'en plus des recrutements forcés de combattants auxquels ils s'adonnent à la faveur de ces rapts, ils auraient de quoi se constituer un véritable trésor de guerre si les autorités congolaises ou les familles des victimes devaient succomber au chantage de leurs demandes de rançons.

En tout état de cause, la détérioration continue de la situation sécuritaire et la récurrence des exactions des groupes armés sur des populations innocentes, doivent interpeller la communauté internationale à s'impliquer davantage dans la recherche de solutions à la crise congolaise. Car, il ne fait pas aujourd'hui de doute que la problématique de ces groupes armés est l'un des défis majeurs à la consolidation de la paix en RDC.

Pour le reste, il appartient aux autorités de Kinshasa de savoir créer, sur le plan politique, le cadre et les conditions d'un dialogue national véritablement inclusif, en plus d'explorer les pistes de solutions pour un désarmement effectif des groupes armés. C'est à ce prix qu'elles pourront réduire la vulnérabilité des populations civiles qui continuent de payer le plus lourd tribut d'une guerre qu'elles n'ont pas demandée.

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