Les profils genre pays du Groupe de la Banque africaine de développement analysent de manière approfondie la manière dont les femmes et les hommes participent aux économies et aux sociétés africaines.
Élaborés en partenariat avec des institutions nationales, ces rapports analytiques évaluent l'égalité des genres, les cadres juridiques et les inégalités socio-économiques sur le continent, traduisant les données en informations pratiques qui aident les décideurs politiques, les partenaires au développement et les équipes du Groupe de la Banque à identifier les opportunités et à élaborer des réponses efficaces, notamment en déterminant où canaliser les financements pour la transformation structurelle de l'Afrique.
Ancrés dans les réalités propres à chaque pays, ces profils éclairent les décisions concrètes, qu'il s'agisse d'élargir l'accès au financement, de renforcer les institutions ou de créer de meilleures opportunités pour les femmes et les jeunes. Alors que la Banque se prépare pour ses Assemblées annuelles de 2026 à Brazzaville, placées sous le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l'Afrique dans un monde fragmenté », ces données probantes viennent directement étayer les Quatre points cardinaux de l'institution, notamment la mobilisation de capitaux à grande échelle et l'exploitation du dividende démographique de l'Afrique.
Voici cinq choses à savoir.
1 Chaque pays suit son propre parcours vers l'égalité
Il n'y a pas deux pays qui partagent les mêmes réalités en matière d'accès, de participation et d'opportunités. Les profils genre pays examinent de quelle manière les femmes et les hommes participent à la vie économique, à l'éducation, au leadership et à l'accès aux ressources, en soulignant les domaines où des progrès sont en cours et ceux où des obstacles structurels persistent.
Comme ils reflètent le contexte spécifique de chaque pays, ces profils aident à orienter les solutions et les investissements vers des initiatives pertinentes au niveau local et ancrées dans la réalité, alors même que les flux de financement de la finance mondiale se fragmentent.
2 Les réalités nationales reflètent à la fois des progrès et des inégalités persistantes
Dans les pays, progrès et disparités coexistent souvent. Par exemple :
- Côte d'Ivoire : des femmes économiquement actives, sous-représentées aux postes de direction
En Côte d'Ivoire, les femmes sont très présentes dans la vie économique : elles représentent environ 56 % de la population active et l'entrepreneuriat féminin est en pleine expansion. Pourtant, cette présence économique ne se reflète pas dans les instances décisionnelles : les femmes n'occupent qu'environ 13 % des sièges au Parlement.
Les tendances en matière d'éducation reflètent une situation similaire. Si des progrès ont été réalisés, des écarts subsistent, 34 % des femmes achèvent leurs études secondaires, contre 40 % des hommes. Il est toutefois encourageant de constater que la présence des femmes dans le monde de l'entrepreneuriat est en hausse, environ une entreprise sur quatre appartenant à une femme.
- Mali : une représentation plus forte, des opportunités économiques limitées
Les réformes récentes ont considérablement accru la représentation des femmes au Parlement malien, qui avoisine désormais les 29 %, ce qui constitue une avancée significative vers l'inclusion politique.
Cependant, les contraintes économiques et éducatives restent marquées. Environ 42 % seulement des femmes font partie de la population active, l'accès aux services financiers formels reste limité (environ 13 %), et le taux d'achèvement des études secondaires chez les femmes âgées de 25 ans et plus n'est que de 8 %, contre 20 % chez les hommes.
- République du Congo : piliers de la production alimentaire, sous-représentées dans les sphères du pouvoir
Les femmes représentent un peu plus de la moitié de la population de la République du Congo (50,3 %) et jouent un rôle essentiel dans l'agriculture, puisqu'elles constituent 65 % de la main-d'oeuvre agricole et contribuent pour près de 70 % à la production de denrées alimentaires.
Pourtant, les inégalités en matière de représentation persistent. Au cours de la dernière décennie, les femmes ont occupé en moyenne un peu plus de 11 % des sièges au Parlement et seules 8 % des filles sont inscrites dans l'enseignement supérieur.
Quel que soit le contexte, un constat récurrent se dégage : les contributions des femmes sont substantielles, mais des contraintes structurelles continuent de limiter leur accès à l'influence et aux opportunités, ainsi qu'au financement nécessaire pour développer leur activité économique.
Source : Banque africaine de développement, Profils genre pays (2024)
3 Les profils genre pays offrent des connaissances sur mesure, et non des modèles standardisés
Plus de 45 profils genre pays sont désormais disponibles, chacun étant adapté à un contexte national spécifique. Par exemple, les enjeux soulignés aux Seychelles diffèrent nettement de ceux du Soudan du Sud ou de la Sierra Leone et cette spécificité les rend plus exploitables, en particulier, pour les partenaires et les investisseurs qui cherchent à orienter leurs ressources là où elles peuvent avoir le plus grand impact.
Ensemble, ils constituent l'une des collections les plus complètes de données nationales sur l'inclusion, la participation et les inégalités d'opportunités en Afrique.
4 Des informations qui guident l'action et débloquent des financements
Les profils genre pays du Groupe de la Banque ont contribué à l'élaboration d'une législation sensible au genre en Côte d'Ivoire.
Les conclusions de ces profils influencent directement la manière dont le Groupe de la Banque conçoit ses projets -- de l'agriculture aux infrastructures --, garantissant ainsi que les inégalités de genre soient prises en compte à un stade précoce et que les capitaux soient mobilisés là où ils sont le plus nécessaires.
Au Mali, les données montrant l'accès limité des femmes aux services financiers formels ont renforcé la nécessité d'élargir les opportunités d'accès au crédit pour les femmes. Au niveau continental, des initiatives telles que l'Initiative pour le financement en faveur des femmes en Afrique (Affirmative Finance Action for Women in Africa, AFAWA) s'efforcent de combler cet écart en mobilisant des financements pour les entreprises appartenant à des femmes, avec plus de 3,1 milliards de dollars américains déjà canalisés vers les entrepreneures grâce à des partenariats avec plus de 200 institutions financières.
À l'échelle continentale, les connaissances tirées des profils genre pays ont permis à la Banque de recenser plus de 160 associations d'entrepreneures, mettant en lumière à la fois leurs forces et leurs déficits en matière de capacités. Ces conclusions ont guidé un soutien plus ciblé et un engagement plus profond auprès des réseaux d'entreprises locaux. Par exemple, les déficits identifiés en matière de capacités de gestion financière ont donné lieu à des plans de formation ciblée et à une collaboration plus structurée.
L'impact dépasse le cadre des opérations. Les recommandations issues des profils ont conduit à des changements politiques significatifs et à des réformes institutionnelles dans les pays africains. Le premier profil genre pays de la Côte d'Ivoire, publié en 2015, a contribué à orienter les débats politiques qui ont ouvert la voie à d'importants progrès juridiques et institutionnels. Cela inclut la loi de 2019 visant à promouvoir la représentation politique des femmes et la loi de 2021 renforçant la protection des victimes de violences domestiques et sexuelles.
5 Les profils genre pays s'appuient sur des partenariats
Le Groupe de la Banque collabore avec les gouvernements, la société civile et des partenaires au développement, tels qu'ONU Femmes et l'Union européenne. Il est essentiel de noter que chaque profil genre pays est élaboré avec la contribution directe du pays membre concerné, garantissant ainsi l'appropriation nationale de l'analyse.
Ces partenariats apportent une valeur ajoutée en combinant des connaissances spécifiques au pays avec des données comparatives plus larges et une rigueur technique, ce qui rend les profils à la fois pertinents au niveau local et éclairés par une perspective mondiale. De ce fait, ils constituent des outils fiables pour les décideurs politiques, les défenseurs des droits et les acteurs du développement qui oeuvrent à la promotion de l'égalité des genres et de l'autonomisation des femmes en Afrique, ainsi qu'un atout stratégique pour le Groupe de la Banque dans la poursuite de sa mission de mobilisation de financements à grande échelle pour le développement, même dans un monde fragmenté.
Pour consulter les profils genre pays, veuillez cliquer sur le lien suivant : https://www.afdb.org/fr/documents/project-operations/country-gender-profiles