Cap-Vert: L'alternance de l'équilibre ?

Francisco Carvalho, président du Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV)
19 Mai 2026
analyse

Ce dimanche 17 mai 2026, les 470 000 électeurs capverdiens inscrits sur les listes électorales se sont rendus aux urnes pour élire les 72 députés du Parlement de cet archipel lusophone de 550 000 habitants situé à 600 km au large de Dakar, la capitale sénégalaise.

Sur les cinq partis politiques qui étaient en lice, il y a le Mouvement pour la Démocratie (MPD) de l’actuel premier ministre Ulisses Correia e Silva, qui brigue ainsi un 3ème mandat. En effet le Cap-Vert est sous un régime parlementaire, à la différence de la quasi-totalité des pays de la sous-région.

Autrement dit, le Parti qui a la majorité au Parlement dirige l’exécutif. En 2021, en effet, c’est le MPD du premier ministre sortant qui avait recueilli la majorité des suffrages avec 50,02 % des votants, soit 110 121 voix, ce qui lui donnait la majorité absolue avec 38 députés, devant son challenger du Parti Africain pour l’Indépendance du Cap-Vert (PAICV) qui avait obtenu 39,55 % des voix.

Le Cap-Vert devenait ainsi un des rares pays de l’Afrique de l’Ouest, pour ne pas dire du continent, à évoluer sous un régime de cohabitation entre un premier ministre issu de l’opposition et un Président issu des rangs du Parti Africain pour l’Indépendance du Cap Vert .

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L’enjeu de ce scrutin de 2026 était double et assez particulier. Le régime de cohabitation, qui jusque-là assurait une certaine stabilité politique à travers une « bipolarisation » de fait, entre ces deux majors de l’espace politique, et qui avait tenu 10 ans, allait-il se poursuivre ?   Cette question « quasi-référendaire » était sur toutes les langues.

Les résultats de l’élection de ce dimanche 17 mai, selon des résultats provisoires portant sur près de 98 % des bureaux de vote du pays, annoncent une victoire à hauteur de 46 % des votes en faveur de Francisco Carvalho, actuel maire de la capitale, Praia, ce qui lui donne entre 33 et 37 sièges de députés sur les 72 que compte le parlement. Le dépouillement se poursuit, et si les tendances se poursuivent, on s’achemine vers une victoire à la majorité absolue du candidat du PAICV.

C’est dire qu’on n’est pas loin du pronostic de certains observateurs qui prévoyaient, en effet, un scrutin très serré.   En attestent d’ailleurs les scores assez étriqués réalisés par les deux grands partis rivaux, qui se traduisent provisoirement par une majorité relative, en faveur du candidat du PAICV.

Ce cas de figure augure un jeu parlementaire intéressant, avec l'Union capverdienne indépendante et démocratique (UCID, démocrate-chrétien), qui, malgré une perte de 2 sièges sur les 4 obtenus lors de la précédente législature, sera la troisième force au niveau du parlement. Pour certains analystes, la défaite du MPD est liée à une certaine usure du pouvoir ; un sentiment perçu d’ailleurs à travers les échos de la campagne électorale.

Mais, ce qui aujourd’hui constitue un tournant dans la vie politique au Cap Vert, est sans doute le retour du PAICV en pleine possession des leviers du pouvoir, (Présidence de la République, gouvernement et majorité à l’Assemblée nationale) dans la perspective de l’élection Présidentielle de Novembre où le président sortant, Jorge Maria Neves, du même parti que le nouveau 1er ministre, briguera un second mandat. Ces législatives sont donc, sauf extraordinaire, un signe annonciateur de l’issue de la présidentielle, qui aura lieu le 15 Novembre prochain.  On ne voit pas comment en 6 mois l’électorat pourrait changer de cap.

Faut-il, alors y voir une volonté des électeurs Cap Verdiens de procéder à une clarification du jeu politique, avec un retour au pouvoir les leaders de la lutte pour l’indépendance dont les héritiers sont les actuels tenants du PAICV ?

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