La Cour pénale internationale se penche sur les crimes contre l'humanité commis contre des migrants détenus en Libye. L'un des anciens chefs de la prison de Mitiga, proche de Tripoli, Mohammed Ali El Hishri, comparait pour trois jours devant les juges de la Cour. Le procureur demande sa mise en accusation pour des crimes contre l'humanité pour viols, violences sexuelles, torture, persécution et esclavage commis entre 2014 et 2020...
Le procureur a trois jours pour convaincre les juges de renvoyer cet ancien milicien et commandant de prison en procès.
Dans son mémoire, l'accusation décrit « un système institutionnalisé de violences ». Durant six ans, au moins 5000 civils ont été « systématiquement torturés » dans la prison, où les violences physiques, sexuelles et psychologiques étaient la norme.
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Mitiga c'était le règne de la terreur et de l'oppression, selon l'accusation. Le suspect, lui, contrôlait le quartier des femmes de cette prison.
Et le portrait qu'en dresse l'accusation est glaçant : un homme violent, craint... Un tortionnaire notoire, dont la réputation lui assurait un pouvoir absolu sur les détenus...
Al Hishri commandait. Il participait aussi. Il aurait lui-même maltraité des femmes et des jeunes enfants, procédé à leur interrogatoire et à la torture. Certaines femmes auraient été attachées à une corde et poussées autour de la prison, tout en étant battues.
Cinq années d'enfer en Libye
Al Hishri pourra lui aussi prendre la parole au terme de ces audiences. Et les juges ont accepté la participation de 54 victimes à l'affaire. Parmi elles, des Sud-Soudanais aujourd'hui réfugiés en Europe et qui venus à La Haye pour suivre ces audiences.
C'est le cas de Lam Magok. Il fuyait la guerre au sud-Soudan et a connu plusieurs fois la prison en Libye. Il fait partie des victimes de ce dossier Al Hishri. « J'ai passé cinq ans en Libye, et pendant ces cinq années, j'ai vécu un véritable enfer, comme si j'étais en proie aux flammes sans pouvoir mourir.
J'ai tenté à six reprises de traverser la mer, sans succès. Jusqu'à mon arrivée avec l'ONU. Je sens que je dois me battre, car j'ai enduré tant d'épreuves... J'ai été détenu, j'ai dû franchir les frontières de pays en pays, j'ai tenté de traverser la mer, j'ai été emprisonné...
Nous nous battons pour nos droits, et ce combat n'est pas seulement le nôtre, mais aussi celui des migrants et des réfugiés victimes des violences des criminels libyens. Nous attendons justice. »
