De la vulnérabilité à la prise de parole - Les femmes du Mozambique mènent la transformation vers la résilience climatique

1 Juillet 2026
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African Development Bank (Abidjan)

À Chókwè, un district sujet aux inondations dans le sud du Mozambique, des femmes sont assises en cercle dans un modeste centre d'accueil des victimes d'inondations. Elles discutent, prennent des notes tout en défiant les normes de genre profondément ancrées dans la société, selon lesquelles les femmes ont longtemps été exclues des processus décisionnels communautaires.

Figure communautaire et participante active au Forum des femmes sur le changement climatique (Women Climate Change Forum), Paula Cossa est l'une d'entre elles. Pour elle, ces séances représentent bien plus qu'un simple partage de connaissances : elles marquent un changement fondamental en matière d'identité et de responsabilité.

Une réponse favorisant la transformation des normes de genre dans une région sous pression

Le Mozambique est un pays extrêmement vulnérable aux chocs climatiques. À Chókwè, les inondations provoquent régulièrement le déplacement de familles et accentuent les inégalités de genre : elles accroissent les responsabilités non rémunérées des femmes en matière de soins, perturbent leurs moyens de subsistance et limitent leur accès aux ressources productives et aux opportunités économiques. Le phénomène migratoire aggrave encore la situation : les hommes et les jeunes partent souvent vers les pays voisins, laissant les femmes seules pour gérer le foyer, cultiver la terre et subvenir aux besoins de la famille, tandis que les phénomènes climatiques extrêmes ne cessent de s'intensifier.

C'est précisément cette lacune que le « Projet de résilience climatique axé sur la transformation des relations entre les genres » (« Gender-Transformative Climate Resilience Project ») s'est donné pour mission de combler. Il s'appuie sur un financement de 950 000 dollars américains du Fonds pour les changements climatiques en Afrique (FCCA), un fonds fiduciaire multidonateurs hébergé par la Banque africaine de développement pour soutenir les engagements en faveur du climat et faire progresser les efforts en faveur de la résilience climatique en Afrique. Le projet est mis en oeuvre par Oxfam au Malawi et au Mozambique afin de promouvoir un leadership inclusif, des pratiques durables et une résilience pilotée par les communautés grâce à des formations, des actions de plaidoyer et des plateformes dirigées par des femmes, notamment des systèmes d'épargne et de crédit villageois.

Les sessions de formation participatives du projet, menées en collaboration avec des partenaires locaux et Oxfam, portent sur l'adaptation au changement climatique, l'agriculture durable et l'éducation financière. Les bénéficiaires sont ainsi en mesure de mettre en oeuvre des méthodes biologiques, de diversifier leurs pratiques agricoles et d'améliorer leurs récoltes.

Pour Cleto Manjova, conseiller de programme chez Oxfam Afrique australe, l'ambition va au-delà des compétences : « Nous ne nous contentons pas de transmettre des connaissances. Nous créons un espace où les femmes peuvent réfléchir, poser des questions et s'approprier leur rôle dans la résilience climatique. »

Une transformation plus profonde

« Avant, nous dépendions surtout de nos maris. Aujourd'hui, nous comprenons que nous pouvons également apporter notre contribution financière et prendre des décisions. » Paula Cossa, leader communautaire et membre du Forum des femmes sur le changement climatique, Chókwè, Mozambique

Le projet a bénéficié à plus de 55 450 personnes, dont 12 863 à Chókwè, où son impact dépasse largement le cadre de l'agriculture. Des femmes, jadis marginalisées, participent désormais aux décisions communautaires, influencent des processus traditionnellement dominés par les hommes et acquièrent une plus grande autonomie économique.

« Ce projet nous a beaucoup aidées, car il a transformé notre comportement : nous sommes passées d'une situation de femmes dépendantes à celle de femmes capables de faire entendre notre voix », explique Olga Domingos Manhía, l'une des bénéficiaires. Auparavant, on disait qu'une femme ne pouvait pas faire ceci, que seul un homme devait s'en charger. Mais cela nous a changées. »

Les changements sociaux sont visibles dans toute la communauté ; la violence domestique, généralement exacerbée par le stress climatique et les pressions économiques, est notamment en baisse.

« De nombreux cas de violences conjugales ont été observés ici, dans les zones rurales ; mais de plus en plus, grâce à ce projet, on note une diminution progressive de ces situations. Par ailleurs, je constate des changements significatifs dans les pratiques agricoles. L'agriculture, qui était pratiquée de manière traditionnelle, fait désormais appel à des techniques de production améliorées », observe Carlitos Mussica, conseiller chargé des affaires sociales et de l'égalité de genre à la municipalité de Chókwè.

M. Mussica constate également qu'un changement plus large s'opère : « Lorsque les communautés acquièrent des connaissances, elles deviennent des partenaires du développement. C'est essentiel pour construire une résilience à long terme. »

Les femmes aux postes de décision

Pour le FCCA, cette initiative reflète une conviction fondamentale : l'égalité de genre n'est pas un objectif secondaire de l'action climatique. Elle est au coeur de celle-ci. Rita Effah, coordinatrice du FCCA, le confirme : « L'égalité de genre est au coeur de la résilience climatique. Lorsque les femmes sont autonomisées, c'est toute la communauté qui en bénéficie », confirme-t-elle.

À Chókwè, ce qui a commencé comme une réponse à la vulnérabilité climatique est en train de devenir un modèle de résilience communautaire, où les femmes ne sont pas seulement des bénéficiaires, mais aussi des leaders qui façonnent un avenir plus durable.

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