Dans la zone de Jimma, en Éthiopie, des petits exploitants agricoles expérimentent un nouveau modèle d'agriculture régénératrice, soutenu par le Groupe de la Banque africaine de développement et le Japon.
Ce projet vise à augmenter les rendements, à restaurer les sols appauvris et à réduire simultanément les émissions de gaz à effet de serre.
Ces travaux bénéficient du soutien du Fonds pour les politiques et le développement des ressources humaines (Policy and Human Resource Development Grant, PHRDG), un fonds fiduciaire bilatéral financé par le Japon et géré par le Groupe de la Banque africaine de développement. Créé en 1994, le PHRDG est le plus ancien fonds fiduciaire bilatéral du Groupe de la Banque ; il soutient l'assistance technique, le développement du capital humain et l'échange de connaissances dans les domaines de l'agriculture, de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, du changement climatique, de la gestion de la dette et de la santé. Le Japon a versé plus de 50 millions de dollars à ce fonds fiduciaire.
Dans le cadre du projet « Agriculture régénératrice fondée sur des données probantes pour lutter contre le changement climatique en Afrique » (« Evidence-based Regenerative Agriculture to Address Climate Change in Africa »), le PHRDG contribue à faire évoluer le partenariat entre le Japon et le Groupe de la Banque, en le faisant passer du financement et du dialogue politique à l'innovation concrète sur le terrain. Mise en oeuvre en Éthiopie par la Sasakawa Africa Association, cette initiative combine la formation des agriculteurs, des variétés de cultures résilientes au climat, des techniques de restauration des sols et la technologie agricole numérique japonaise.
Sur des parcelles de démonstration situées dans le woreda de Seka Chekorsa, les agriculteurs utilisent des variétés améliorées de maïs et de blé, associées au chaulage, au lombricompostage, aux engrais à base de biochar, au travail réduit du sol et à des outils de conseil numériques. Les premiers résultats font état d'importants gains de productivité : les rendements du blé ont augmenté de 89 %, passant de 1 293 à 2 443,7 kilogrammes par hectare, tandis que ceux du maïs ont enregistré une hausse de 272 %, passant de 1 222 à 4 541,8 kilogrammes par hectare. Le projet a touché plus de 91 000 agriculteurs en Éthiopie, dont près de 30 000 femmes.
« Le partenariat du Japon dans le cadre du PHRDG démontre comment l'innovation peut aider les agriculteurs à relever certains des défis les plus urgents auxquels est confrontée l'agriculture africaine. La valeur de ce projet réside non seulement dans les résultats qu'il produit aujourd'hui, mais aussi dans les opportunités et les enseignements significatifs qu'il offre pour renforcer la sécurité alimentaire et la résilience des chaînes de valeur agricoles grâce à des approches pilotées par les agriculteurs eux-mêmes », a déclaré Tomoki Nakai, administrateur du Groupe de la Banque africaine de développement.
M. Nakai, qui représente le Japon, l'Argentine, l'Autriche, le Brésil et l'Arabie saoudite au Conseil d'administration de la Banque, a conduit en juin une délégation sur les sites du projet afin d'examiner les progrès accomplis et de rencontrer les agriculteurs, les agents de vulgarisation, les chercheurs et les partenaires. La délégation comprenait Innocent Musabyimana, chef de projet au département de l'Agriculture et de l'Agro-industrie du Groupe de la Banque, et Rosa Lugos, chargée principale de la mobilisation des ressources au département de la Mobilisation des ressources et des Partenariats. La visite a été organisée par la Sasakawa Africa Association, le bureau pays de la Banque en Éthiopie en collaboration avec des partenaires gouvernementaux locaux et l'université Jimma.
Cette initiative est menée en collaboration avec l'Institut international d'agriculture tropicale et Greenin. Elle combine l'expertise de Sasakawa en matière de formation des agriculteurs et d'agriculture durable, des variétés de cultures résilientes au climat développées dans le cadre du programme Technologies pour la transformation de l'agriculture africaine du Groupe de la Banque, et e-kakashi, une solution d'agriculture numérique fondée sur l'intelligence artificielle développée par SoftBank.
e-kakashi collecte et analyse des données environnementales et de terrain afin d'aider les agriculteurs et les agents de vulgarisation à prendre de meilleures décisions en matière de gestion des cultures. À Jimma, il soutient l'analyse des pratiques déjà expérimentées, notamment leurs effets sur les émissions de gaz à effet de serre, le carbone du sol et les conditions de croissance. Les données recueillies permettront d'identifier les techniques capables de réduire les émissions, d'améliorer la séquestration du carbone dans les sols, d'accroître la productivité et d'optimiser l'utilisation de l'eau, des engrais et de la main-d'oeuvre.
Au cours de cette visite, la délégation s'est rendue sur des parcelles de démonstration de maïs à Buyo Kechema Kebele, a observé la mesure des émissions de gaz à effet de serre et a visité un centre de lombricompostage et des pépinières soutenus par le gouvernement. Au Centre de formation en agriculture de Shashemene, la délégation a assisté à des démonstrations sur le maïs et le soja et a pu voir à l'oeuvre la technologie e-kakashi, qui facilite la vulgarisation numérique et la collecte de données. La mission comprenait également la visite d'une installation de production de biochar à la Faculté d'agriculture de l'université de Jimma.
« Ce projet nous aide à passer des hypothèses aux données factuelles. En mesurant ce qui se passe sur le terrain, du rendement aux conditions du sol en passant par les émissions, nous pouvons mieux comprendre quelles pratiques sont les plus efficaces et ce dont les agriculteurs ont besoin pour les adopter à grande échelle », a déclaré M. Musabyimana.
Ce projet répond aux contraintes rencontrées par les communautés cibles, notamment une acidité élevée des sols, une fertilité en déclin, une faible productivité, une adoption limitée des pratiques agronomiques améliorées, des pénuries d'intrants, la sécheresse, les inondations et les risques liés aux ravageurs. L'ensemble des mesures mises en oeuvre au niveau des exploitations agricoles comprend le travail réduit du sol, le chaulage, le lombricompostage, les engrais à base de biochar, les inoculants Bio-Boost, les semences améliorées, les technologies post-récolte et les outils numériques de vulgarisation.
Ces travaux s'inscrivent dans le cadre des efforts plus larges soutenus par le PHRDG en Éthiopie, au Nigeria, au Bénin, au Ghana et en Ouganda, visant à rassembler des données probantes sur les pratiques agricoles climato-intelligentes, à tester des mesures d'incitation pour les agriculteurs, à documenter les enseignements tirés et à élargir l'adoption de variétés de cultures adaptées au climat, biofortifiées et riches en nutriments.
La visite à Jimma illustre la manière dont le partenariat entre le Japon et le Groupe de la Banque transforme les ressources du fonds fiduciaire en innovations concrètes au profit des exploitations agricoles, en combinant technologie numérique japonaise, données scientifiques, systèmes locaux de vulgarisation agricole et formation des agriculteurs. À mesure que ce modèle sera testé et perfectionné, il pourrait offrir aux petits exploitants agricoles une voie prometteuse vers une productivité accrue, des sols plus sains et des systèmes agricoles plus résilients.