La saison où tout a enfin tenu

30 Juin 2026
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African Development Bank (Abidjan)

Un pays traversé par un fleuve, doté de basses terres fertiles et de femmes prêtes à les mettre en valeur. Pourtant, il importe 4/5 de son aliment de base. Trois agricultrices, une campagne agricole, et ce qui change lorsque l'investissement arrive enfin.

À certaines saisons, rien ne résiste. La clôture cède, les pluies arrivent au mauvais moment et le travail de plusieurs semaines disparaît en une nuit. Pour les femmes qui cultivent les jardins maraîchers et les rizières de petits exploitants en Gambie, ce type de saison n'est pas une exception. C'est une réalité à laquelle elles ont appris à se préparer et la raison pour laquelle, lorsque quelque chose finit enfin par tenir, cela représente bien plus qu'une récolte.

Abibatou Sonko avait déjà connu cela : des rangées d'oignons soigneusement entretenues, puis détruites en une nuit. Des chèvres avaient franchi la clôture du jardin maraîcher des femmes de Tanji, à 32 kilomètres au sud de Banjul et anéanti ce que des semaines de travail avaient permis de produire. Avec les autres jardinières, elle s'est relevée et a recommencé, saison après saison. « Parfois, mes compagnonnes et moi travaillions si dur et pourtant nous perdions presque tout », se souvient-elle. « Honnêtement, c'était décourageant pour nous », poursuit-elle, soulignant avoir parfois douté que cela vaille la peine de continuer à se battre.

La saison dernière, elle a récolté 31 sacs d'oignons. Pas une récolte sauvée de justesse. Pas une récolte réduite.

Trente et un sacs, vendus à environ 1 000 dalasis gambiens chacun (environ 14 dollars), représentent une récolte totale d'environ 435 dollars, plusieurs mois de revenus fiables pour un ménage dans une communauté où une telle prévisibilité est rare. Empilés au bord du champ qu'elle avait refusé d'abandonner, ces sacs étaient la preuve de quelque chose en quoi elle avait presque cessé de croire. La différence, dit-elle simplement, tenait aux semences de qualité qu'elle a reçues dans le cadre du projet P2-P2RS.

« L'année dernière, les chèvres ont détruit ma production », se souvient-elle, debout à côté de sa récolte, « mais cette année, les semences de qualité m'ont encouragée à continuer à cultiver. Aujourd'hui, je me sens de nouveau motivée, parce que je vois les résultats de notre travail acharné. »

Son histoire s'inscrit dans un paradoxe qui définit la Gambie. Le pays est traversé sur toute sa longueur par un fleuve, compte des millions d'hectares de basses terres potentiellement irrigables et dispose de terres fertiles que les femmes sont prêtes à mettre en valeur. Pourtant, la Gambie importe environ 81 % du riz qu'elle consomme, alors que cet aliment de base y est consommé à hauteur de 117 kilogrammes par personne et par an, soit plus du double de la moyenne mondiale. La contrainte n'a jamais été le sol. Elle tient aux semences qui ne donnent pas les rendements attendus, aux intrants qui n'arrivent pas, aux clôtures qui ne tiennent pas, et aux marchés qui n'offrent aucune certitude. Les chèvres d'Abibatou ne sont pas un détail. Elles sont la métaphore de tout ce qui s'est interposé entre les agriculteurs gambiens et une récolte qui tient.

C'est précisément ce que les investissements en cours visent à changer, de manière systématique, à grande échelle. Dans le cadre du deuxième projet du Programme de renforcement de la résilience à l'insécurité alimentaire et nutritionnelle au Sahel (P2-P2RS), une initiative de 17,75 millions de dollars cofinancée par le Fonds africain de développement (FAD), les agriculteurs de 19 districts des régions de Lower River, Central River et West Coast ont accès à des semences améliorées, à des services de labour mécanisé, à des infrastructures d'irrigation alimentées à l'énergie solaire et à des intrants climato-intelligents. Pour la première fois dans nombre de ces communautés, la culture tout au long de l'année devient une perspective réaliste.

Outre le Programme régional de développement de chaînes de valeur rizicoles résilientes en Afrique de l'Ouest (REWARD), lancé en juillet 2025, le P2-P2RS touche 67 200 bénéficiaires directs et indirects. Il s'agit de l'un des trois grands programmes agricoles actuellement en cours, financés par le Groupe de la Banque africaine de développement. Le REWARD lui, cible 8 000 ménages et 120 000 bénéficiaires indirects. Il construira des pôles modernes d'irrigation, fournira des systèmes semenciers améliorés et reliera les producteurs aux marchés. Ensemble, ces deux programmes représentent le plus vaste investissement agricole que la Gambie n'a jamais enregistré.

Pourquoi la sécurité alimentaire est le défi central de la Gambie ?

En Gambie, le riz n'est pas simplement un aliment, il est un indicateur de la sécurité d'un ménage. Lorsque le riz vient à manquer, tout le reste devient plus difficile : les enfants manquent l'école, les femmes s'endettent, les familles se fissurent sous la pression de la pénurie. L'écart entre ce que le pays consomme et ce qu'il produit est une pression vécue qui façonne les décisions dans presque tous les ménages ruraux.

Le défi structurel tient à des contraintes qui se renforcent mutuellement : la dépendance à l'agriculture pluviale dans ce pays où les pluies sont saisonnières et de plus en plus irrégulières ; l'accès limité à des semences certifiées et à des intrants réellement performants dans les conditions locales ; l'insuffisance des infrastructures post-récolte, qui entraîne une perte de valeur entre le champ et le marché et la quasi-absence d'acheteurs fiables, qui rend toute planification impossible.

« Les semences certifiées résilientes au climat, les engrais et la formation aux bonnes pratiques agricoles que j'ai reçus du projet ont complètement changé ma façon de cultiver », témoigne, Binta Ceesay, agricultrice dans le village de Buiba. « Malgré l'évolution des conditions météorologiques, mon rendement s'est amélioré et je produis aujourd'hui plus qu'avant », se félicite-t-elle.

L'expression, « le climat a changé, mais la récolte n'a pas diminué » décrit exactement la résilience que des années de sous-investissement avaient rendue impossible à construire.

Chacun des trois programmes s'attaque à une dimension différente du même problème. Le P2-P2RS met de meilleures semences et des services gratuits de labour à la disposition des petits exploitants, levant ainsi l'obstacle des intrants qui a historiquement maintenu les rendements à un faible niveau, quels que soient les efforts fournis.

REWARD construit les infrastructures d'irrigation qui rendent possible la production tout au long de l'année, mettant fin à la dépendance à une seule saison des pluies. Et le Programme mondial pour l'agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP) boucle la boucle en garantissant l'achat : il relie directement ce que les agriculteurs produisent au programme d'alimentation scolaire, permettant à 39 397 écoliers de recevoir chaque jour des repas préparés à partir de produits locaux. Les agriculteurs de leurs côtés peuvent enfin planifier.

Ce que change un marché fiable

De meilleures semences résolvent un problème. Un acheteur garanti en résout un autre, et, à bien des égards, un problème plus profond. Un agriculteur qui peut produire davantage, mais qui ne peut pas vendre de manière fiable, reste un agriculteur qui ne peut pas planifier. Le projet GAFSP répond directement à ce défi, en reliant la production des petits exploitants agricoles au programme d'alimentation scolaire de la Gambie, afin que ce qu'ils cultivent soit acheté localement et servi sous forme de repas aux écoliers. L'acheteur est connu. Le prix est convenu. La saison suivante peut être planifiée sur une base plus solide que l'espoir.

« Avant cette initiative, je cultivais des produits sans certitude quant aux acheteurs ni aux prix équitables. Aujourd'hui, je peux planifier ma production avec confiance, investir dans l'agrandissement de mon exploitation et approvisionner régulièrement les écoles en produits frais et en légumes. Le revenu stable que je perçois désormais a amélioré les conditions de vie de ma famille et m'a redonné espoir en l'avenir », souligne Satou Hata, agrégatrice et agricultrice, à Mamud Fana

Ce mot, planifier, est celui qui compte. Abibatou peut désormais avoir une visibilité sur sa prochaine saison autour de semences en lesquelles elle a confiance. Binta Ceesay peut tenir compte du climat ; elle ne le redoute plus de la même manière. Satou Hata Ceesay peut se projeter sur la base d'un contrat, et non d'un pari. Ce que ces trois femmes ont en commun, au-delà d'une meilleure récolte, c'est un avenir qu'elles peuvent voir assez clairement pour y investir. Voilà à quoi ressemble la transformation agricole vue de l'intérieur : une agricultrice qui se couche en sachant ce qu'elle plantera le lendemain matin.

  • 67 200 bénéficiaires directs et indirects du P2-P2RS dans 19 districts
  • 120 000 bénéficiaires indirects ciblés par le programme REWARD
  • 39 397 écoliers reçoivent chaque jour des repas préparés à partir de produits agricoles locaux
  • 17,75 millions de dollars d'investissement du P2-P2RS cofinancé par le Fonds africain de développement

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