Le Programme d'investissement forestier (PIF) au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et au Ghana est le fruit de plus d'une décennie d'efforts visant à restaurer les paysages dégradés, à renforcer la résilience climatique et à améliorer les moyens de subsistance. Le portefeuille comprend 13 projets bénéficiant d'un financement du PIF de 163 millions de dollars américains et d'un cofinancement de plus de 231 millions de dollars.
L'atelier de clôture du Plan d'investissement régional du PIF pour l'Afrique de l'Ouest, qui s'est tenu à Abidjan, a été l'occasion de faire le point sur les réalisations, de partager les enseignements tirés et de discuter de l'avenir de l'action forestière et climatique dans la région. Plus important encore, ces investissements démontrent que la restauration des forêts, la résilience climatique et l'amélioration des moyens de subsistance peuvent être poursuivies simultanément lorsque les communautés, les gouvernements, les partenaires au développement et le secteur privé travaillent main dans la main.
1 L'Afrique de l'Ouest dresse le bilan d'une décennie d'investissements dans les forêts et le climat
Du 8 au 10 juin 2026, des parties prenantes du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire et du Ghana se sont réunies à Abidjan pour l'atelier de clôture du Programme d'investissement forestier (PIF) régional pour l'Afrique de l'Ouest.
Organisé par le Groupe de la Banque africaine de développement en partenariat avec les Fonds d'investissement climatique et la Banque mondiale, cet atelier a été l'occasion de faire le point sur les réalisations, d'évaluer les résultats, de consigner les enseignements tirés et de tracer la voie à suivre pour une gestion durable des forêts et des investissements en faveur de la résilience climatique dans la région.
L'événement a rassemblé une cinquantaine de participants, dont des représentants gouvernementaux, des équipes de mise en oeuvre de projets, des communautés locales, des organisations de la société civile, des acteurs du secteur privé, des partenaires au développement, ainsi que des représentants de la Banque africaine de développement, de la Banque mondiale et des Fonds d'investissement climatique (FIC).
L'atelier a officiellement clôturé les plans d'investissement du Burkina Faso et du Ghana, tout en offrant l'occasion de passer en revue les progrès accomplis et les enseignements tirés du déploiement en cours en Côte d'Ivoire. Les participants ont examiné les résultats obtenus sur plus d'une décennie de mise en oeuvre, exploré les voies permettant de pérenniser les impacts au-delà de la clôture des projets et formulé des recommandations pour orienter les futurs investissements dans les forêts, les paysages et la résilience climatique.
« Les défis environnementaux ne connaissent pas de frontières. Comme le dit l'adage, « si tu veux aller vite, marche seul, mais si tu veux aller loin, marchons ensemble ». C'est donc grâce à une action collective et à une forte synergie que nous pourrons progresser davantage et plus efficacement dans la lutte contre les effets néfastes du changement climatique », a déclaré Parfait Kouadio, directeur de cabinet au ministère de l'Environnement de la Côte d'Ivoire.
« Le financement des Fonds d'investissement climatique représente une part importante des ressources mobilisées par la Côte d'Ivoire pour la mise en oeuvre de son plan d'investissement forestier. Le soutien des FIC a renforcé la réflexion sur la gestion durable des forêts classées, qui ont été fortement dégradées par l'expansion agricole en Côte d'Ivoire, ainsi que sur le dialogue entre le secteur du cacao et celui des forêts, afin de mieux préserver les ressources vitales pour l'économie nationale et le bien-être des communautés rurales. Cette expérience mérite d'être partagée avec d'autres pays », a-t-il ajouté.
« Le partenariat exemplaire entre nos institutions et les trois pays -- le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire et le Ghana -- reflète notre engagement commun à lutter contre la dégradation des sols et le changement climatique », a déclaré dans son allocution d'ouverture, Al Hamndou Dorsouma, responsable du climat et de la croissance verte au sein du Groupe de la Banque africaine de développement.
Cet atelier représente bien plus qu'une simple étape administrative, il constitue une occasion importante de responsabilisation, d'apprentissage et de projection dans l'avenir. « En analysant les résultats obtenus, en partageant les enseignements tirés et en identifiant des pistes d'action pour l'avenir, nous contribuons à garantir que les investissements réalisés aujourd'hui continuent de profiter aux populations, aux paysages et au climat pour les années à venir », a déclaré M. Dorsouma.
Revenant sur l'événement, Emmanuel Kouadio, responsable de l'engagement des pays partenaires des Fonds d'investissement climatique, a déclaré que l'atelier avait réuni trois pays qui incarnent à la fois la diversité des défis et l'immense potentiel du secteur forestier en Afrique de l'Ouest.
« La Côte d'Ivoire est un pays pionnier dans les efforts visant à dissocier la croissance agricole de la déforestation, travaillant sans relâche à la restauration de son important couvert forestier tout en transformant durablement son secteur du cacao. Le Ghana est un leader dans la mise en oeuvre de solutions à l'échelle du paysage, la réduction des émissions liées à la déforestation et la démonstration que la foresterie et l'agroforesterie durables peuvent stimuler le développement économique rural. Le Burkina Faso s'impose comme un champion de la résilience sahélienne, montrant comment la gestion durable des terres, l'agroforesterie et la protection des forêts sèches peuvent freiner la désertification et garantir les moyens de subsistance des populations locales », a déclaré M. Kouadio.
2 Le Burkina Faso a combiné la restauration des forêts et l'amélioration des moyens de subsistance
Seul pays du Sahel participant au PIF, le Burkina Faso a montré comment la restauration des forêts peut être associée à l'amélioration des moyens de subsistance et à la résilience climatique.
Le projet de gestion participative des forêts classées au titre du programme REDD+ doté de 12,5 millions de dollars et le Projet d'atténuation du changement climatique et réduction de la pauvreté grâce au développement du secteur de l'anacarde (10,97 millions de dollars) ont permis de restaurer des paysages dégradés, de renforcer les moyens de subsistance des communautés et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Parmi les principales réalisations, on peut citer :
- 3 027 hectares reboisés
- 94 013 hectares sécurisés dans le cadre d'une gestion durable des forêts
- Plus de 380 000 personnes bénéficiant d'une amélioration de leurs moyens de subsistance
- 4 282 ménages ayant adopté des fourneaux propres
- 50 645 hectares soumis à des pratiques de gestion des terres améliorées
- Plus de 6,5 millions de tonnes d'équivalent CO₂ réduites ou évitées
Ensemble, ces investissements ont permis aux communautés de réduire la pression sur les forêts tout en créant de nouvelles opportunités économiques grâce à une agriculture et à des chaînes de valeur durables. Le PIF a joué le rôle de catalyseur principal pour l'ensemble des financements climatiques liés à la foresterie au Burkina Faso. Cela a abouti à l'élaboration et à l'adoption réussies de la Stratégie nationale REDD+ et du Programme de réduction des émissions (Programme ER) officiels du pays. L'un des enseignements clé tirés (de l'expérience) du Burkina Faso est que le fait de combiner la restauration forestière avec des avantages concrets en matière de moyens de subsistance -- tels que des chaînes de valeur durables, des solutions d'énergie propre et des pratiques de gestion des terres améliorées -- peut considérablement renforcer l'appropriation par les communautés et la durabilité à long terme des efforts de restauration.
3 Le Ghana démontre le pouvoir de la restauration forestière menée par les communautés
Le Ghana a démontré comment les communautés, les institutions gouvernementales et le secteur privé peuvent travailler ensemble pour restaurer les paysages et accroître les stocks de carbone.
La Banque africaine de développement a soutenu le Projet d'engagement des communautés locales dans la REDD+/Renforcement des stocks de carbone (13,96 millions de dollars) et le Projet de partenariat public-privé pour la restauration des réserves forestières dégradées par le biais de plantations certifiées (46,70 millions de dollars).
Ces initiatives ont permis de renforcer la gestion durable des forêts, de promouvoir une agroforesterie climato-intelligente et d'encourager la collaboration entre les communautés, les institutions publiques et le secteur privé. Parmi les résultats obtenus, on peut citer :
- 42 652 hectares soumis à une gestion durable des forêts
- 11 686 hectares gérés selon des systèmes d'agroforesterie climato-intelligents
- 13 516 personnes formées dans le cadre d'activités de renforcement des capacités
- Plus de 2 700 emplois verts créés
- Plus d'un million de tonnes d'équivalent CO₂ réduites ou évitées
- 12 768 hectares de réserves forestières dégradées restaurées grâce à des plantations certifiées
Ces projets ont contribué à accroître les stocks de carbone, à restaurer des paysages dégradés et à créer des opportunités économiques durables au sein des communautés dépendantes de la forêt. Le programme PIF Ghana a démontré que la restauration des forêts et les interventions en faveur d'une culture du cacao respectueuse du climat sont plus durables lorsque les agriculteurs et les communautés locales possèdent des droits sur les arbres et peuvent bénéficier directement de leur gestion. En soutenant l'enregistrement des arbres, les réformes en matière de partage des bénéfices, les mécanismes de compensation et les structures de gouvernance des Zones de gestion des ressources communautaires (CREMA), le programme a aligné les incitations à une gestion durable des terres. L'expérience du Ghana souligne également l'importance des approches menées par les communautés et des partenariats public-privé pour obtenir des résultats de restauration à grande échelle, créant ainsi un modèle susceptible d'éclairer de futures initiatives de restauration des forêts et des paysages dans toute la région.
4 La Côte d'Ivoire intensifie la restauration des forêts et la résilience climatique
Le PIF a fourni la première série de ressources dédiées en Côte d'Ivoire à la mise en oeuvre de la Politique nationale de préservation, de réhabilitation et d'action forestières (2018) et a joué un rôle fondamental dans l'application du Code forestier (adopté en 2019). Le portefeuille du PIF en Côte d'Ivoire montre comment la restauration des forêts peut contribuer à la fois à l'atténuation du changement climatique, à l'adaptation à celui-ci et au développement rural.
La Banque africaine de développement met en oeuvre le Projet de restauration du couvert forestier et d'amélioration de la résilience dans le centre de la Côte d'Ivoire (29,84 millions de dollars) ainsi que le financement supplémentaire (24,7 millions de dollars) récemment approuvé pour ce même projet.
Ensemble, ces investissements visent à restaurer les écosystèmes dégradés, à promouvoir une agriculture climato-intelligente et à améliorer les moyens de subsistance tout en renforçant la résilience des communautés rurales.
Parmi les résultats attendus, on peut citer :
- 7 millions de tonnes d'émissions de CO₂ évitées sur 25 ans
- Augmentation de 25 % des revenus ruraux
- Plus de 44 000 bénéficiaires directs.
- Plus de 22 000 femmes ayant bénéficié d'un soutien.
- Plus de 1 000 hectares de forêts et de systèmes agroforestiers restaurés.
- Environ 8 millions de tonnes de CO₂ devraient être séquestrées.
À mesure que la mise en oeuvre progresse, la Côte d'Ivoire s'appuie sur les enseignements tirés dans toute la région tout en intensifiant ses efforts pour enrayer la déforestation et soutenir une croissance économique durable. La Côte d'Ivoire a obtenu un paiement au titre de la réduction des émissions pour le sud-ouest du pays, correspondant aux zones directement soutenues par le PIF. Les stratégies REDD+ semblent porter leurs fruits dans ces zones. L'un des principaux enseignements tirés de l'expérience de la Côte d'Ivoire est que la lutte contre la déforestation exige une action qui dépasse le seul secteur forestier lui-même. En intégrant la restauration des forêts aux chaînes de valeur du cacao et aux efforts plus larges de développement agricole, le pays a montré comment l'action climatique, la production durable et le développement rural peuvent se renforcer mutuellement.
5 L'égalité de genre et l'inclusion sociale sont essentielles à un changement transformationnel
Le succès du Programme d'investissement forestier ne se mesure pas seulement en hectares restaurés ou en émissions réduites, mais aussi en améliorations des conditions de vie. Au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire et au Ghana, les investissements soutenus par le PIF ont élargi les opportunités pour les femmes grâce à des chaînes de valeur durables, à la formation, à l'accès au financement et à une gestion plus inclusive des ressources naturelles.
L'atelier de clôture a souligné l'importance de l'égalité des genres, de l'inclusion sociale, de l'engagement des parties prenantes et des principes de transition juste pour obtenir des résultats durables. Alors que les pays réfléchissent à l'après-PIF, il sera essentiel, pour pérenniser le changement transformateur, de veiller à ce que les femmes, les jeunes, les communautés locales et les autres groupes vulnérables restent au coeur des investissements liés au climat et aux forêts.
Camille Quénard, spécialiste du genre des FIC à la Banque africaine de développement, a mis l'accent sur le fait que des solutions concrètes, telles que les technologies permettant de réduire la main-d'oeuvre, les systèmes de paiement mobile et les mécanismes de financement adaptés peuvent améliorer considérablement la participation des femmes aux chaînes de valeur forestières. Elle a insisté sur le fait que le leadership des femmes doit rester au coeur de la conception des futurs investissements dans le climat et les forêts.
Plus largement, l'expérience du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire et du Ghana démontre que la restauration des forêts, la résilience climatique et l'amélioration des moyens de subsistance peuvent être réalisées simultanément lorsque les communautés, les gouvernements, les partenaires au développement et le secteur privé travaillent ensemble. Ensemble, les trois plans d'investissement du PIF ont contribué à réduire, à éviter ou séquestrer plus de 27 millions de tonnes d'équivalent CO₂, tout en renforçant les moyens de subsistance, la résilience climatique et la gestion durable des terres en Afrique de l'Ouest.