En 1972, le Togo a reçu ses premiers financements de la Banque africaine de développement. En 2025, il a levé 200 millions d'euros sur les marchés internationaux grâce à une garantie du Fonds africain de développement (FAD). Le pays a contribué à la reconstitution des ressources du FAD-17. Cette histoire illustre un aspect essentiel de ce que signifie la transformation économique.
Il y a une image frappante dans l'histoire du partenariat entre la Banque africaine de développement et le Togo. Un pays qui, pendant plusieurs décennies, a bénéficié de ressources concessionnelles pour financer ses routes, son énergie, son agriculture et ses réformes institutionnelles, et qui, en décembre 2025, a lui-même contribué au Fonds africain de développement qui finance les pays pauvres du continent.
Ce basculement, du statut de bénéficiaire à celui de co-investisseur, est le résultat de plus de cinquante ans de travail commun, fait de projets réussis et de réformes difficiles, de constructions d'infrastructures et de capacités renforcées.
Quand la Banque africaine de développement commence à financer des opérations au Togo en 1972, le pays a moins de dix ans d'indépendance et ses besoins sont immenses : routes pour désenclaver les régions, eau potable pour les villes et les campagnes, énergie pour soutenir une économie en construction.
Les premières décennies de partenariat se jouent essentiellement sur ce terrain : l'infrastructure physique qui conditionne tout le reste. C'est dans cet esprit que s'inscrivent les réhabilitations routières, les projets d'alimentation en eau et les investissements dans le secteur énergétique. Quarante ans après le début ses opérations, le portefeuille cumulé de la Banque au Togo dépassait déjà 550 millions de dollars en 2013 pour 37 projets.
Les années de réforme
Les années 1990 et 2000 constituent une période de transformation institutionnelle profonde au Togo. Les Programmes d'ajustement structurel, difficiles, souvent douloureux socialement, ont néanmoins posé les bases d'une gestion des finances publiques plus rigoureuse et d'un environnement plus favorable au secteur privé.
La Banque a accompagné ces réformes avec plusieurs programmes d'appui à la gouvernance, au développement du secteur privé et à la mobilisation des recettes intérieures. Ce travail discret, moins visible que les routes et les barrages, a été déterminant. Un pays qui collecte mieux ses recettes, qui gère mieux ses dépenses, qui offre un cadre juridique prévisible aux investisseurs est un pays dont la souveraineté économique se renforce.
La transformation
En 2024 et 2025, les résultats de ces décennies de travail deviennent lisibles. Le Port autonome de Lomé, renforcé par les investissements de la Banque dans le terminal à conteneurs, traite aujourd'hui trois millions d'équivalents vingt pieds par an, contre 1,5 million avant le projet. Il est devenu le quatrième port le plus actif d'Afrique en termes de conteneurs, et la principale porte d'entrée maritime de plusieurs pays enclavés dans la région.
L'agriculture, autrefois structurée autour de la subsistance, exporte du soja biologique vers l'Europe. Des jeunes entrepreneurs comme Yao Toyo ou Dodji Ognankitan emploient des centaines de personnes et construisent des chaînes de valeur qui s'intègrent aux marchés mondiaux. L'électrification rurale progresse à un rythme sans précédent. La croissance du Produit intérieur brut (PIB) dépasse 5 % par an.
Un pays qui finance ses propres ambitions
En mai 2025, le gouvernement togolais a signé avec le Fonds africain de développement, un accord de garantie partielle de crédit. Cette garantie a permis au Togo de lever 200 millions d'euros à vingt ans sur les marchés de capitaux internationaux, à des conditions favorables, pour financer des projets verts et sociaux couvrant quatorze secteurs éligibles.
Ce n'est pas un prêt classique. C'est un instrument sophistiqué qui utilise la crédibilité institutionnelle de la Banque africaine de développement pour réduire les coûts d'emprunt du Togo. C'est la preuve que le pays est en mesure d'attirer des investisseurs privés de long terme, y compris des gestionnaires d'actifs institutionnels européens.
« En sécurisant ce prêt durable à vingt ans, nous envoyons un signal fort aux investisseurs internationaux sur la solidité de notre gouvernance économique, notre crédibilité financière et notre engagement à développer le pays conformément aux Objectifs de développement durable », souligne le ministre de l'Économie et des Finances, Essowè Georges Barcola.
Quelques mois plus tard, en décembre 2025, son pays faisait partie des vingt-quatre pays africains a contribué à la 17e reconstitution des ressources du Fonds africain de développement, le même fonds qui finance, à des conditions concessionnelles, les pays à faibles revenus du continent. Un pays, bénéficiaire a choisi d'y contribuer. Ce basculement est peut-être la mesure la plus juste de ce que cinquante ans de partenariat ont construit.
Ce que les prochaines années dessinent
Le portefeuille actif du Groupe de la Banque au Togo s'élève aujourd'hui à 603 millions de dollars pour 25 opérations. L'ambition du Document de stratégie pays en cours est ancrée dans la continuité : agriculture résiliente, énergie accessible, compétitivité du secteur privé, gouvernance renforcée.
Mais quelque chose a changé dans la nature du partenariat. Le Togo n'arrive plus à la Banque comme un pays qui a besoin qu'on décide pour lui. Il arrive comme un pays qui sait où il veut aller, qui a les institutions pour y travailler, et qui mobilise ses propres ressources, y compris sur les marchés internationaux, pour y arriver.
C'est à cette échelle que se lit vraiment un partenariat de développement : non pas dans les projets pris séparément, mais dans la trajectoire qu'ils dessinent ensemble.
- 1972 : début du partenariat du de la Banque au Togo
- 927 millions de dollars investis dans 70 projets depuis le début
- 603 millions de dollars de portefeuille actif dans 25 opérations en cours
- 200 millions d'euros levés sur les marchés internationaux grâce à une garantie du Fonds africain de développement (2025)
- FAD-17 : le Togo figure parmi les 24 pays africains contributeurs en décembre 2025
- 5,6 % de croissance du PIB soutenue par les réformes et les investissements.