Soudan - Nafisa Hafiz, créatrice de mode exilée en raison de la guerre, a relancé son activité grâce à la Banque africaine de développement

30 Juillet 2026
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African Development Bank (Abidjan)

À 32 ans, Nafisa Hafiz tisse sa propre success story à travers les tissus et le design, s'imposant comme une étoile montante de l'industrie de la mode. Elle est la fondatrice et directrice artistique de NUCY, une entreprise de prêt-à-porter dont la notoriété dépasse les frontières du Soudan, son pays natal, pour s'étendre à l'Afrique de l'Est et au Moyen-Orient.

La jeune femme a remporté des prix, a fait l'objet de reportages sur des chaînes de télévision internationales et a participé à des événements de mode mondiaux, tels que le lancement de la Fédération internationale de la mode des BRICS. Son succès a pourtant été durement acquis, forgé par des épreuves éprouvantes et une résilience remarquable.

En 2014, Nafisa Hafiz a fondé NUCY, inspirée par le riche patrimoine vestimentaire soudanais, en grande partie méconnu et non documenté, tant dans son pays d'origine qu'à l'échelle mondiale. Son ambition était d'intégrer ce patrimoine dans la création de mode contemporaine sur la scène internationale.

NUCY a prospéré jusqu'à ce que le conflit armé éclate au Soudan en avril 2023, interrompant brutalement les activités de la créatrice de mode et mettant fin à la vie qu'elle menait jusque-là. « J'ai tout perdu après plus de huit années de travail acharné, raconte-t-elle. J'ai traversé des moments de frustration, de peur et d'impuissance. »

Nafisa Hafiz a envisagé d'abandonner le secteur de la mode et de se lancer dans un autre métier pour aider sa famille à s'en sortir. « Je ne pouvais pas imaginer passer encore huit années à reconstruire ce que j'avais perdu », confie-t-elle.

À ces difficultés s'est ajouté le déclenchement de la guerre, peu après son inscription à la deuxième promotion du programme « Fashionomics Africa » de la Banque africaine de développement, qui accompagne pendant huit semaines des entrepreneurs et des sociétés des secteurs du textile, de l'habillement et des accessoires. La formation se déroule entièrement en ligne. Son déplacement forcé a contraint Nafisa Hafiz à quitter la promotion, faute d'un accès régulier à Internet.

Le Fonds fiduciaire multidonateurs pour l'entrepreneuriat et l'innovation des jeunes et le Fonds d'assistance au secteur privé africain, tous deux gérés par la Banque, ont financé le programme de formation « Fashionomics Africa ». Ce programme fournit aux entrepreneurs créatifs des outils pratiques et des réseaux qui les aident à développer des entreprises pérennes. Il constitue l'une des nombreuses initiatives de la Banque africaine de développement visant à créer des emplois pour la jeunesse africaine.

Une fois réinstallée au Qatar, Nafisa Hafiz a peu à peu repris pied. Elle a déposé une nouvelle candidature et a été acceptée dans une autre session de formation de « Fashionomics Africa » en 2024. « [Fashionomics Africa] a été comme une étincelle d'espoir qui a ravivé ma confiance et ma détermination à me relever et à reconstruire ma vie », souligne-t-elle.

Grâce à « Fashionomics Africa », elle s'est formée à la planification du développement commercial, à l'utilisation de l'intelligence artificielle et des technologies modernes, ainsi qu'à la gestion de la chaîne d'approvisionnement.

Le programme « Fashionomics Africa » l'a aidée à faire connaître l'histoire de NUCY en ligne et à se lancer dans le commerce social, explique-t-elle. Elle présente ses créations et vend ses produits directement via les réseaux sociaux, notamment Facebook et Instagram. Pour une entrepreneure déplacée, une présence numérique solide est devenue une condition de survie plutôt qu'un simple « plus ». Nafisa Hafiz affirme que son activité reposait, à l'époque, entièrement sur cette présence en ligne, faute de pouvoir rencontrer physiquement ses clients ou de disposer d'une boutique.

Blessing Azubike, responsable par intérim des programmes de CcHUB Creative Economy Practice, la structure qui a coorganisé « Fashionomics Africa », estime que le parcours de Nafisa Hafiz montre comment l'investissement dans les compétences génère un impact à la fois économique et culturel.

« Le parcours de Nafisa Hafiz nous rappelle avec force ce qu'il est possible d'accomplir lorsque le talent bénéficie d'un soutien adapté au bon moment, souligne Blessing Azubike. Malgré son déplacement forcé et la perte de tout ce qu'elle avait bâti, elle est revenue avec une vision claire, une grande résilience et une nouvelle stratégie pour NUCY, qui se traduit aujourd'hui par une croissance mesurable et une expansion régionale. »

Nafisa Hafiz salue le programme « Fashionomics Africa » pour le mentorat et le renforcement de compétences qui lui ont permis d'augmenter régulièrement son chiffre d'affaires, de 20 % l'an dernier, d'élargir sa clientèle au Moyen-Orient et en Afrique de l'Est et de participer à des salons internationaux. Aujourd'hui, NUCY cherche à attirer de nouveaux investissements pour accroître ses capacités de production.

La mode, une force de changement

Le programme « Fashionomics Africa » lui a également donné l'occasion de partager son expérience pour aider d'autres entrepreneurs confrontés au déplacement et à l'interruption de leur activité. En décembre 2024, elle a collaboré avec l'Organisation internationale pour les migrations afin d'aider des personnes déplacées et des migrants à transformer leurs talents en sources de revenus durables. Cette initiative, baptisée « Threads of Equality », s'est déroulée au Qatar.

« La mode ne se résume pas au design ou au commerce : c'est un moyen de changer réellement la vie des gens, même dans les moments les plus difficiles, affirme Nafisa Hafiz. NUCY est bien plus qu'une simple marque ; c'est un message, selon lequel l'art et la mode sont des forces de changement profondes et bienveillantes. »

Le programme « Fashionomics Africa » illustre l'engagement de la Banque africaine de développement à aider les jeunes à trouver un emploi et à créer leur entreprise en offrant aux entrepreneurs du secteur de la mode un meilleur accès au financement, à la clientèle, aux informations sur le marché, à la formation et à un accompagnement pratique en matière de gestion d'entreprise.

« Fashionomics Africa montre comment nous transformons les talents des jeunes en véritable potentiel pour gagner leur vie, en aidant l'Afrique à tirer parti de sa jeunesse grâce à la création d'entreprises pérennes », soutient Martha Phiri, directrice du Développement du capital humain, de la jeunesse et des compétences à la Banque africaine de développement.

« En apportant aux jeunes chefs d'entreprise les compétences, le réseau et le soutien dont ils ont besoin, nous ne nous contentons pas de créer simplement des entreprises : nous bâtissons des économies solides, qui s'appuient sur le plus grand atout de l'Afrique, c'est-à-dire sa jeunesse », ajoute-t-elle.

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