Le Groupe de la Banque africaine de développement a publié, mardi 28 juillet, l'édition 2026 des Perspectives économiques pour l'Afrique de l'Est et du Rapport Pays sur le Kenya, présentant une feuille de route pour aider la région à maintenir une forte croissance économique tout en mobilisant les financements nécessaires pour créer des emplois, renforcer la résilience et accélérer la transformation structurelle.
L'Afrique de l'Est demeure, pour la deuxième année consécutive, la région qui connaît la croissance la plus rapide sur le continent. La croissance régionale s'est accélérée, passant de 4,3 % en 2024 à quelque 6,6 % en 2025, soutenue par une consommation résiliente, une hausse des investissements publics et privés, une production agricole plus forte et un secteur des services en augmentation constante. La croissance économique devrait néanmoins ralentir pour s'établir à 5,9 % en 2026, sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie, des tensions géopolitiques et du resserrement des conditions financières mondiales qui pèsent sur l'activité économique.
Malgré cette résilience, l'Afrique de l'Est doit modifier en profondeur son mode de financement du développement, suggère le rapport. La région est confrontée à un déficit annuel de financement de son développement de 119 milliards de dollars. Par conséquent, une mobilisation accrue des ressources domestiques, des marchés de capitaux plus développés, une meilleure gestion des finances publiques et une plus large participation du secteur privé seront essentiels pour financer les infrastructures, l'industrialisation, la résilience climatique et la création d'emplois au cours de la prochaine décennie, souligne le rapport.
« On ne peut atteindre la résilience en restant isolé », a déclaré Eva Ruganzu, responsable régionale du soutien à la mise en oeuvre pour l'Afrique de l'Est au sein du Groupe de la Banque africaine de développement, lors de son allocution d'ouverture prononcée au nom du directeur général régional Alex Mubiru. « Elle exige des pays qu'ils renforcent leurs capacités nationales tout en approfondissant la coopération régionale, en mutualisant les opportunités et en mobilisant des capitaux à plus grande échelle. »
Le rapport souligne la diversité des opportunités économiques dans la région. Le Burundi renforce progressivement son activité économique malgré des contraintes budgétaires. L'Union des Comores enregistre des progrès graduels malgré une base économique modeste. Djibouti continue de tirer parti de sa position logistique stratégique. L'Érythrée continue d'enregistrer un excédent important de ses transactions courantes. L'Éthiopie continue de bénéficier d'une forte croissance, tirée par les investissements et les réformes.
Le Rwanda reste parmi les pays les plus performants de la région grâce à des réformes et à des investissements soutenus. Les Seychelles maintiennent une croissance soutenue grâce au tourisme. La Somalie poursuit son redressement malgré des défis structurels persistants. Le Soudan du Sud bénéficie d'une reprise de la production pétrolière, mais reste vulnérable à l'instabilité. Le Soudan présente des signes de reprise modérée, soutenue par l'agriculture, les services et des activités de reconstruction localisées. La Tanzanie maintient une expansion robuste soutenue par les infrastructures et les services. L'Ouganda continue d'afficher une croissance résiliente soutenue par les investissements et la demande intérieure.
Un panel sur la présentation du rapport a indiqué que la faiblesse des cadres institutionnels constituait le principal frein à une croissance transformatrice. Les panélistes ont appelé à une mise en oeuvre coordonnée des investissements, à une reconnaissance réglementaire des garanties et à une meilleure préparation des projets afin d'attirer la participation du secteur privé.
« Nous devons développer une mentalité axée sur les chaînes de valeur régionales pour réaliser notre plein potentiel », a fait valoir Betty Maina, directrice pour l'Afrique de l'Est de Genesis Analytics, appelant à la mise en place d'unités de mise en oeuvre des investissements consolidées et ciblées afin de réduire les frictions entre les organismes publics. « Bien que nous ayons des ambitions régionales de développer des chaînes de valeur régionales, nous les compromettons par la concurrence, et, au lieu de collaborer, nous nous faisons concurrence, ce qui entraîne des limitations et maintient les marchés à une échelle réduite et fragmentée », a-t-elle alerté.
Pour stimuler une croissance économique à grande échelle, le rapport sur les perspectives économiques recommande un programme de réformes par étapes. À court terme, les gouvernements d'Afrique de l'Est sont encouragés à renforcer l'administration fiscale, à améliorer l'efficacité des dépenses publiques et à réduire les flux financiers illicites.
Les priorités à moyen terme comprennent le développement des partenariats public-privé, la mobilisation des capitaux provenant des fonds de pension et de la diaspora, ainsi que la constitution d'un portefeuille plus solide de projets bancables. À plus long terme, la région devrait approfondir son intégration financière, renforcer les marchés de capitaux en monnaie locale et consolider les institutions financières régionales afin de réduire le coût du capital et d'améliorer la résilience face aux chocs externes.
Kenya : innover pour financer les besoins de développement
Dans son Rapport Pays 2026 sur le Kenya, le Groupe de la Banque africaine de développement note que si l'économie est restée résiliente en 2025, soutenue par les services et les investissements, les pressions budgétaires, le niveau élevé de la dette publique et du chômage continuent de freiner la croissance inclusive du pays.
Le Kenya reste une plateforme régionale pour le commerce, la finance, la logistique et l'innovation numérique, avec un potentiel de croissance à long terme significatif. Le rapport indique que le principal défi du Kenya en matière de financement du développement ne réside pas uniquement dans l'accès au financement, mais qu'il concerne également la mobilisation et le déploiement plus efficaces des capitaux. Le pays fait face à des besoins annuels de financement du développement d'environ 14,2 milliards de dollars et à un déficit de financement annuel estimé à 12,5 milliards de dollars d'ici à 2030.
« La région et le Kenya sont confrontés à des besoins de financement substantiels, notamment pour les infrastructures dans des domaines tels que l'énergie et la transformation numérique, mais notre marge de manoeuvre budgétaire est très limitée, ce qui nécessite de faire appel à des mécanismes de financement innovants à l'avenir », a souligné Raphael Otieno, directeur général du bureau de gestion de la dette publique au Trésor national du Kenya. Avant d'ajouter : « Le Kenya en a pris conscience, et c'est pourquoi nous avons adopté des options de financement qui permettent d'éviter d'exercer une pression trop forte sur le déficit budgétaire. »
M. Otieno a noté que le Fonds national d'infrastructure - un véhicule d'investissement public de 38 milliards de dollars créé en mars 2026 pour canaliser le produit de la vente d'actifs publics et les capitaux privés vers des projets d'infrastructure de grande envergure - permettrait de réduire les emprunts souverains.
« Nous pensons que cela va vraiment nous aider à stimuler le développement à grande échelle, à tirer parti des ressources de l'État et à mobiliser d'autres ressources du secteur privé pour combler le déficit de financement du développement que nous ne pouvons pas combler par des flux générateurs de dette », a-t-il affirmé. M. Otieno a exhorté les autres pays à adopter des solutions alternatives similaires en matière de financement durable du développement.
Le Rapport Pays 2026 sur le Kenya recommande de rétablir la crédibilité budgétaire, de renforcer la mobilisation des recettes intérieures et de développer un portefeuille plus solide de projets d'investissement bancables. Il préconise également de développer les infrastructures et la finance verte, de tirer parti des actifs des fonds de pension et des assurances, et d'approfondir les marchés financiers afin de canaliser davantage de capitaux vers les secteurs productifs de l'économie.