Marracuene, Mozambique -- En janvier, lorsque Preciosa Mondlane a levé les yeux depuis les décombres de sa maison inondée, elle a aperçu un appareil qui tournait au-dessus de sa tête. « Je n'avais aucune idée de la raison de leur présence », raconte-t-elle. « Étaient-ils là pour nous aider, ou pour tout autre chose ? »
Ils étaient là pour elle. Le drone qui survolait Ricatla était le signe tangible d'une initiative de partenariat entre la Banque africaine de développement, la Corée et le gouvernement du Mozambique -- la raison pour laquelle son district est sorti indemne de la pire inondation qu'il ait connue depuis des décennies, sans perdre une seule vie.
Les pluies ont commencé en janvier et n'ont pas cessé : des semaines de précipitations incessantes dans les provinces de Maputo et de Gaza n'ont laissé aucune chance au sol de s'assécher. À Marracuene, un district situé juste au nord de la capitale, où la rivière Incomáti était restée dans sa plaine inondable depuis aussi longtemps que l'on s'en souvienne, l'ancienne frontière entre l'eau et la terre a tout simplement disparu.
Preciosa a tenu bon aussi longtemps qu'elle a pu. « Je suis restée sur place, m'accrochant à l'espoir que l'eau n'oserait pas nous atteindre », se souvient-elle. Elle est venue quand même -- « sans pitié » -- engloutissant sa porte d'entrée et tout ce qui se trouvait derrière. Elle s'est réfugiée chez un voisin, reconnaissante et pleine d'humilité : « Même avec toute la générosité du monde, rien ne remplace son propre foyer », a-t-elle déclaré.
Le maire Ahmad Shafee Sidat a observé ce qui était devenu la nouvelle configuration géographique de la ville. « Toute cette zone que vous voyez là-bas -- toute cette verdure -- était entièrement submergée, le niveau de l'eau dépassant la moitié de la hauteur des maisons », explique-t-il. « Les terres agricoles, tout, s'étaient transformées en rivière. »
Un pari lancé avant les pluies
L'apparition des drones au-dessus de la zone inondée ne relevait pas du hasard. Depuis avril 2025, le projet de gestion des catastrophes par drones -- financé par le Fonds fiduciaire de coopération économique Corée-Afrique (KOAFEC) -- s'attachait à renforcer les capacités du pays, avec une ambition bien précise : non pas faire voler des appareils au-dessus d'une zone sinistrée, mais veiller à ce que les populations se trouvant sur le passage de la catastrophe disposent des outils et de la formation nécessaires pour réagir par elles-mêmes.
Le chef de projet de la Banque, Lhoucine El Khili, le dit sans détour : l'objectif n'a jamais été de se contenter de fournir une technologie, mais de transmettre les connaissances nécessaires à son utilisation -- et de continuer à l'utiliser bien après la fin du soutien initial.
En à peine un an, le projet a permis de livrer neuf systèmes de drones équipés de capteurs LiDAR, des simulateurs, des navires de surface sans pilote et des plateformes de données -- et, plus important encore, de former une cohorte de trente spécialistes issus de différents services de l'État : le service météorologique, la direction de l'eau, les agences chargées de la cartographie et des routes, ainsi que l'institut national des catastrophes. Aucun d'entre eux n'avait jamais piloté de drone.
« Avant ce projet, je n'avais absolument aucune expérience des drones », explique Kátia Manjate, l'une des nouvelles pilotes. Sous la houlette d'instructeurs coréens, elle a appris à gérer l'ensemble du processus, « de la collecte des données au produit final... le traitement et la compréhension des résultats que l'on peut en tirer ». Le formateur SunHo Sin a observé cette même transformation s'opérer au sein de l'ensemble du groupe -- des inconnus issus de différents ministères apprenant ensemble à piloter.
Dix des trente étaient en passe de devenir formateurs. Sur le papier, les opérations d'urgence devaient
débuter en mars 2026, après l'obtention de leur diplôme. L'eau est arrivée la première.
L'examen final que personne n'avait prévu
À la demande du gouvernement, cette promotion à moitié formée a été déployée plusieurs mois avant la date prévue -- passant ainsi son examen final au coeur même de la catastrophe pour laquelle le programme avait été conçu. Les drones achetés pour servir de matériel pédagogique sont devenus du jour au lendemain des outils permettant de localiser des familles bloquées, de cartographier les routes emportées par les eaux et de diffuser des images en direct aux équipes de secours qui n'avaient aucun autre moyen de voir les ravages causés par les inondations.
C'était une improvisation que personne n'avait prévue. Et elle a fonctionné. Comme l'a déclaré plus tard un représentant de la Banque, c'est à ce moment-là que le succès du projet est devenu évident : non pas dans une salle de classe, mais dans le ciel, au-dessus des personnes qu'il fallait retrouver.
« Les drones ne sont pas de simples équipements », explique Rômulo Corrêa, directeur national de la Banque africaine de développement pour le Mozambique. « Ce sont des outils qui aident les équipes d'urgence à arriver plus rapidement. Ils sont les yeux sur le terrain lorsque l'accès est difficile. Ils fournissent des informations cruciales qui permettent d'agir au bon moment. En fin de compte, ce sont des instruments au service des populations. »
La preuve figure dans les comptes du district. « Nous avons été confrontés à une situation sans précédent à Marracuene », explique le maire Sidat. « Nous avons réussi à n'enregistrer aucune perte humaine due aux inondations. » Il qualifie cela de « victoire » -- et en attribue directement le mérite à la Banque et à ses partenaires.
Les retombées du partenariat
En juillet, les 30 pilotes ont tous obtenu leur certification nationale -- dix d'entre eux ont reçu l'autorisation de former d'autres personnes. Ce dont dispose désormais le Mozambique, 18 mois après la première leçon, ce n'est pas une flotte offerte, mais une capacité nationale pérenne : des techniciens de l'Institut national de météorologie (INAM), de l'Agence de gestion des risques de catastrophes (INGD), du Centre de cartographie et de télédétection (CENACARTA), de l'administration des routes et de la direction de l'eau, tous regroupés au sein du Conseil technique national chargé de la réponse aux catastrophes.
Pour la pilote Hermelinda Nhamuche, dont les outils cartographiques alimentent désormais directement les opérations de recherche et de sauvetage, ce projet a également changé le cours de sa propre vie : « J'ai commencé à me passionner pour cet univers du pilotage de drones, car c'est extrêmement important pour nous, en tant que société en pleine évolution technologique. »
La conseillère municipale Márcia Moiane a souligné que l'importance de ce projet dépasse largement le cadre de cette inondation. « Ce projet marque une avancée majeure, non seulement sur le plan technologique, mais aussi dans notre manière de réagir aux situations d'urgence. Il nous permet d'agir plus rapidement et plus efficacement, et ainsi de sauver davantage de vies. »
À Marracuene, la rivière ne respecte plus les anciennes limites. Mais grâce à un partenariat qui a misé sur les personnes avant même que la crise ne frappe, ceux qui la surveillent -- formés, équipés et en vol -- seront prêts plus tôt que jamais la prochaine fois que l'eau oubliera où elle est censée s'arrêter.