Des ministres, des partenaires du développement et des dirigeants du secteur privé étaient ernier à Kigali pour faire le point sur la Facilité africaine de production alimentaire d'urgence du Groupe de la Banque africaine de développement, mise en oeuvre dans 34 pays, et pour discuter des prochaines étapes de cette initiative.
Cette facilité de 1,5 milliard de dollars, approuvée en mai 2022, a financé la mise en place d'un soutien agricole rapide et concret, notamment sous forme de semences et d'engrais climato-intelligents, au profit de quelque 20 millions de petits exploitants agricoles africains afin de prévenir des pénuries alimentaires immédiates.
La réunion avait pour thème : « Des interventions d'urgence à la résilience des systèmes alimentaires : les enseignements tirés de la Facilité africaine de production alimentaire d'urgence pour la prochaine génération d'investissements agricoles en Afrique ». Elle s'est déroulée lors du Forum africain des systèmes alimentaires, organisé par le Groupe de la Banque, à Kigali (Rwanda). Cette session a permis aux responsables gouvernementaux et autres intervenants de partager les expériences et l'expertise de leurs pays respectifs.
Dans son discours d'ouverture, le ministre nigérian de l'Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Abubakar Kyari, a souligné que les différentes situations d'urgence de ces dernières années avaient mis en évidence les profondes faiblesses structurelles de l'Afrique :
« Un système alimentaire qui dépend d'interventions d'urgence ne peut pas encore être considéré comme résilient (...). La diversification des sources d'approvisionnement en denrées alimentaires et en intrants, la mise en place d'une architecture de financement combinant des capitaux publics, concessionnels et privés, ainsi que la gestion transparente des réserves alimentaires stratégiques constituent des leviers essentiels pour que les systèmes alimentaires deviennent plus résilients. »
Bernard Kini Comoé, ministre délégué chargé des Productions vivrières auprès du ministre de l'Agriculture, du Développement rural et de la Production alimentaire de Côte d'Ivoire, a salué la Banque et l'Agence japonaise de coopération internationale (JICA) pour avoir cofinancé un projet qui a permis d'améliorer l'accès des agriculteurs aux engrais et à des semences de meilleure qualité, stimulant ainsi les rendements du manioc, du maïs et du riz.
Emmanuel Mbetide Bessane, ministre de l'Agriculture et du Développement rural de la République centrafricaine, a indiqué qu'un projet financé par la Banque à hauteur de 5,4 millions de dollars avait permis d'accroître la production et la productivité du manioc, du maïs et du riz, tout en renforçant les capacités nationales de recherche.
Le vice-président de la JICA, Seisuke Inoue, a insisté sur le fait que la préparation des systèmes alimentaires devait être considérée comme un investissement dans un bien public. Il a cité l'irrigation, les services de vulgarisation et des partenariats, tels que la Coalition pour le développement de la riziculture en Afrique, comme des exemples d'investissement ayant généré des dividendes économiques.
L'événement a également été l'occasion de présenter les résultats de la Facilité africaine de production alimentaire d'urgence. Innocent Musabyimana, chargé en chef des technologies agricoles du Groupe de la Banque, a précisé que la facilité avait bénéficié à quelque 15 millions d'agriculteurs dans 34 pays et contribué à la production de 45 millions de tonnes supplémentaires de denrées alimentaires. Elle a également fourni plus de 400 000 tonnes de semences certifiées et près de trois millions de tonnes d'engrais, tout en mobilisant environ 300 millions de dollars américains auprès de partenaires, dont la JICA et les gouvernements de Norvège, des Pays-Bas et d'Allemagne. Le prochain défi, selon lui, est de transformer ces gains en solutions à plus long terme pour les systèmes semenciers, l'accès aux engrais et les marchés.
Martin Fregene, vice-président par intérim du Groupe de la Banque chargé de l'Agriculture, du Développement humain et social, a mis en avant des réussites spécifiques de la facilité. Parmi celles-ci figurent le Nigéria, qui a quadruplé sa production de blé, et la Côte d'Ivoire, dont la production de maïs a doublé. M. Fregene a néanmoins averti que les outils de financement d'urgence ne suffiraient pas à un continent dont la population devrait atteindre 2,5 milliards d'habitants d'ici à 2050.
« Il faut mettre en place des activités économiques durables axées sur le marché, un moyen de garantir que les intrants parviennent aux agriculteurs et que les produits parviennent aux consommateurs en temps voulu », a noté M. Fregene. Il a insisté sur le fait qu'un accès fiable au crédit, à l'assurance, aux intrants, tels que les engrais, ainsi qu'aux marchés où les agriculteurs peuvent vendre leurs récoltes, faisait partie intégrante de la solution.
Siméon Ehui, directeur général de l'Institut international d'agriculture tropicale basé au Nigéria, a appelé les dirigeants, chercheurs et agriculteurs à se concentrer sur la création de technologies pouvant être facilement diffusées auprès de systèmes alimentaires plus larges afin de mieux nourrir les communautés.
Everlyn Musyoka, responsable de la stratégie pour les petites entreprises en Afrique chez Bayer Crop Science, une entreprise privée de fabrication de produits chimiques, a appelé à la mise en place d'infrastructures numériques plus solides, de politiques axées sur la jeunesse et de partenariats public-privé plus étroits.
Dans son allocution de clôture, Moses Vilakati, commissaire à l'Agriculture, au Développement rural, à l'Économie bleue et à l'Environnement durable de l'Union africaine, a recommandé d'aligner le calendrier des financements d'urgence sur le calendrier agricole, d'intensifier le déploiement des technologies et de veiller à ce que les interventions d'urgence renforcent les systèmes nationaux au lieu de les contourner. Il a également appelé à approfondir les partenariats stratégiques et à accroître les investissements dans les mesures de préparation en prévision de futurs chocs. Les délégués (présents au Forum) peuvent passer « des enseignements tirés à des systèmes renforcés, des interventions réussies à des investissements à grande échelle, et des interventions d'urgence à une résilience durable », a conclu M. Vilakati.
Pour en savoir plus sur la Facilité africaine de production alimentaire d'urgence : https://www.afdb.org/fr/themes-et-secteurs/initiatives-et-partenariats/facilite-africaine-de-production-alimentaire-durgence