Rwanda: AGOA - Washington veut éclipser le pays

La Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA), adoptée pour la première fois par le Congrès américain en 2000 afin d'accorder aux pays éligibles d'Afrique subsaharienne un accès en franchise de droits de douane au marché américain pour certains produits, a été prorogée jusqu'en décembre 2028.

Washington durcit le ton envers Kigali. Le Président américain Donald Trump envisage de retirer au Rwanda et à l'Afrique du Sud le bénéfice de l'African Growth and Opportunity Act (AGOA), un programme qui facilite l'accès des produits africains au marché américain. La mesure pourrait entrer en vigueur dès le 1er janvier 2027. Une nouvelle pression qui intervient dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes, notamment autour du conflit dans l'Est de la RDC.

Le vent tourne pour Kigali et Pretoria dans leurs relations commerciales avec Washington. L'administration américaine envisage de mettre fin à leur participation à l'AGOA, un dispositif préférentiel qui permet à plusieurs pays africains d'exporter leurs produits vers les États-Unis avec des avantages douaniers. L'annonce a été faite ce lundi 2 novembre 2026 par Jamieson Greer, représentant américain au Commerce, après notification du Congrès et des deux gouvernements concernés.

Pour justifier cette orientation, Washington met en avant les conclusions de son examen annuel des conditions d'éligibilité au programme. S'agissant particulièrement du Rwanda, l'Office of the United States Trade Representative (USTR) estime que certaines pratiques du gouvernement rwandais ne sont pas conformes aux critères exigés. Les griefs américains portent notamment sur les obstacles au commerce et aux investissements, le respect de l'État de droit, le pluralisme politique, les droits des travailleurs ainsi que les droits humains.

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L'administration Trump évoque également des comportements susceptibles, selon elle, de menacer les intérêts américains en matière de sécurité nationale et de politique étrangère dans la région. Des accusations qui prennent une résonance particulière au regard de la situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo.

Kigali davantage sous pression

En effet, cette nouvelle initiative intervient quelques jours après une autre mesure punitive de Washington contre l'appareil sécuritaire rwandais. Le 28 octobre dernier, le département américain du Trésor, à travers l'Office of Foreign Assets Control (OFAC), a imposé des sanctions au ministère rwandais de la Défense et à Zigama Credit and Savings Society, une institution financière liée aux services de sécurité du Rwanda.

Les deux structures sont accusées d'apporter leur soutien aux rebelles du M23, actifs dans l'Est de la RDC. Selon les autorités américaines, le ministère rwandais de la Défense aurait supervisé le déploiement de milliers de soldats des Forces de défense rwandaises (RDF) sur le territoire congolais, tout en fournissant au mouvement rebelle des équipements militaires, des moyens logistiques et des formations.

Washington reproche également à Zigama d'avoir facilité des paiements destinés à l'acquisition d'armes et participé au transfert vers Kigali d'or provenant de territoires contrôlés par le M23.

Ces nouvelles sanctions viennent s'ajouter à celles prises en mars 2026 contre les Forces de défense rwandaises et quatre hauts responsables militaires : Vincent Nyakarundi, Ruki Karusisi, Mubarakh Muganga et Stanislas Gashugi. À l'époque, les États-Unis leur reprochaient de soutenir, d'entraîner et de combattre aux côtés du M23 dans l'Est congolais.

Pour Washington, cet appui militaire a notamment contribué à la prise de Goma, de Bukavu et de plusieurs zones minières stratégiques par les rebelles. Le Trésor américain associe également les activités du mouvement dans ces territoires à des violations des droits humains, au travail forcé et à l'exploitation illégale des ressources minières.

Une porte encore entrouverte

Dans ce contexte, la perspective d'une exclusion du Rwanda de l'AGOA constitue un nouveau signal de fermeté de l'administration Trump à l'égard de Kigali. Après les sanctions financières et les mesures visant des responsables militaires, Washington brandit désormais la menace d'une restriction des avantages commerciaux accordés au pays.

Il convient toutefois de souligner que l'USTR ne présente pas explicitement cette décision comme une conséquence directe des sanctions liées au conflit dans l'Est de la RDC. L'examen américain s'appuie plus largement sur plusieurs critères touchant au commerce, aux droits humains, à la gouvernance, à la sécurité nationale et à la politique étrangère.

Pour autant, tout n'est pas encore définitivement joué. L'administration Trump laisse entrevoir une possibilité de maintenir l'éligibilité des pays concernés, à condition qu'ils répondent aux exigences américaines.

« Le gouvernement Trump travaille à faire en sorte que nos partenaires africains prennent les mesures nécessaires pour satisfaire aux critères d'éligibilité », a déclaré Jamieson Greer.

Reste à savoir si Kigali et Pretoria parviendront à convaincre Washington avant l'échéance du 1er janvier 2027. Pour le Rwanda, l'enjeu dépasse désormais le seul terrain commercial : c'est aussi sa relation avec les États-Unis, dans un contexte régional marqué par la crise sécuritaire congolaise, qui se trouve davantage mise à l'épreuve.

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