« Les femmes africaines ne doivent plus faire de la figuration, elles doivent tenir le premier rôle », déclare Ģraça Machel

Photo: AfDB
Mme Ģraça Machel s’exprimait lors d’une conférence du cycle Kofi A. Annan Eminent Persons, le nouveau nom donné au cycle de conférences Eminent Speakers de l’Institut africain de développement de la Banque, qui se tenait à l’auditorium Babacar N’Diaye d’Abidjan, en Côte d’Ivoire.
16 Novembre 2018
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African Development Bank (Abidjan)

Ģraça Machel, l’une des plus ferventes militantes africaines en faveur du droit des femmes et des enfants en Afrique, a exhorté, le 18 novembre 2018, les femmes africaines et les décideurs politiques à lutter contre les inégalités entre les sexes et contre la sous-représentation des femmes dans les entreprises et dans l’espace économique et politique du continent.

Mme Ģraça Machel s’exprimait lors d’une conférence du cycle Kofi A. Annan Eminent Persons, le nouveau nom donné au cycle de conférences Eminent Speakers de l’Institut africain de développement de la Banque, qui se tenait à l’auditorium Babacar N’Diaye d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. Son intervention avait pour thème « Éduquer les filles, autonomiser les femmes et encourager l’entrepreneuriat féminin en Afrique ».

« Nous ne pouvions imaginer conférencière plus illustre que votre Excellence, Mme Ģraça Machel, pour nous faire part de vos lumières sur ces sujets », a déclaré Akinwumi Adesina dans son discours de bienvenue, soulignant la longue carrière professionnelle et publique de la cheffe de file de la politique africaine, enracinée dans la lutte du Mozambique pour son indépendance et dans le plaidoyer international en faveur des droits des femmes et des enfants.

« La transformation socio-économique de l’Afrique ne sera effective que lorsque nous aurons relevé énergiquement les défis propres à chaque sexe, donné la priorité à l’égalité entre les sexes et à la participation des femmes, et fermement pérennisé la présence des femmes dans les postes de direction à tous les niveaux de la société », a déclaré Mme Machel, face à une audience composée d’experts du développement, de diplomates, de membres de la communauté de l’Afrique australe en Côte d’Ivoire, de lycéens et d’étudiants universitaires ivoiriens, de médias, et de membres de la direction et du personnel de la Banque africaine de développement.

« La voix des femmes africaines doit être prépondérante dans le discours national […]. Les femmes doivent être mises au centre de nos économies », a ajouté Mme Machel. Elles doivent aussi chercher à faire bouger le statu quo. »

« Nous avons encore quarante-cinq ans devant nous pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés dans l’Agenda 2063. Ces quarante-cinq années représentent la durée de vie de toute une génération de jeunes filles, qui deviendront des citoyennes actives et dont le potentiel doit être débloqué. Pour nous assurer que les buts seront atteints, nous devons pleinement investir et optimiser les perspectives de l’autre moitié du continent qui a été trop longtemps négligée : la femme africaine ! », a-t-elle encore fait valoir.

L’ancienne combattante pour la liberté, qui en outre a été la toute première ministre de l’Éducation et de la culture du Mozambique après l’accession du pays à l’indépendance, en 1975, a également lancé un appel en faveur d’investissements accrus dans l’éducation. « L’éducation, en particulier celle des filles, est un catalyseur qui permet de réduire la mortalité infantile et celle des mères, et de faire sortir les gens de la pauvreté », a-t-elle insisté, soulignant qu’en transformant la vie des gens, des communautés et des nations, l’éducation s’avère une condition préalable au développement durable sur le continent.

« Investir dans l’éducation dès la petite enfance a un effet durable sur la survie, le développement, la protection et la participation active des enfants dans les activités sociales, économiques et politiques. Conscients de ce que nous savons, nous devons exiger des gouvernements qu’ils respectent pleinement leurs engagements en matière d’investissement dans l’éducation », a-t-elle insisté.

Et Ģraça Machel d’ajouter que l’Afrique dans son ensemble n’a pas mis en place de système de développement de la petite enfance et que les estimations de la Banque mondiale dressent un tableau alarmant des investissements dans ce domaine en Afrique subsaharienne. « Les pays de la région consacrent seulement 2 % de leur budget de l’éducation aux programmes d’éducation préscolaire et de développement de la petite enfance. Un très faible pourcentage est engagé, alors qu’il y a des preuves irréfutables que chaque dollar supplémentaire investi dans les programmes de qualité en faveur de la petite enfance rapporte entre 6 et 17 dollars », a-t-elle précisé.

Les engagements nationaux en matière de dépenses dans les systèmes d’éducation et de développement de la petite enfance varient considérablement en Afrique. La Zambie et la République centrafricaine, par exemple, n’allouent que 1 % de leur PIB à l’éducation, selon les ONG Save The Children International et African Child Policy Forum. Et les dépenses moyennes en Afrique ont presque stagné, autour de 4 % du PIB, au cours des deux dernières décennies voire plus.

Il est donc urgent de mettre en place une coalition conjointe entre les secteurs privé et public, collaborant avec les organisations de la société civile pour concevoir et développer des programmes capables de changer la donne, a déclaré Mme Machel, tout en plaidant pour un contrôle accru des investissements dans le capital humain par la principale institution de financement du développement de l’Afrique.

« Si la Banque africaine de développement effectue un bon travail grâce à sa puissance financière, elle doit encore exercer des pressions sur les gouvernements et les partenaires du secteur privé pour encourager les investissements dans la nutrition et le développement de la petite enfance, ainsi qu’allouer ses propres ressources à l’émergence de ces éléments constitutifs du capital humain de l’Afrique, a-t-elle estimé. À quoi serviraient votre pouvoir et votre influence, si vous ne profitiez pas de votre capacité à réellement provoquer des changements sur le continent aux niveaux les plus fondamentaux ? »

Mme Ģraça Machel est la présidente de la fondation Ģraça Machel Trust. Fondée en 2010, la fondation plaide pour l’autonomisation économique et financière des femmes, la sécurité alimentaire et la nutrition, l’éducation pour tous, ainsi que la bonne gouvernance. Mme Machel est la veuve de l’ancien président de l’Afrique du Sud Nelson Mandela et de l’ancien président du Mozambique Samora Machel.

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