Résilience aux changements climatiques - De la nécessité de synergies entre les initiatives déployées en Afrique

Photo: AfDB
La session, intitulée « De la politique à l’action : intégrer la dimension de genre dans les contributions déterminées au niveau national et les plans d’action nationaux en Afrique contre le changement climatique », s’est déroulée au sein du Pavillon de la Banque africaine de développement à la COP24, à Katowice, en Pologne.
11 Décembre 2018
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African Development Bank (Abidjan)

Pour la majorité des pays africains, le secteur de l'agriculture est un secteur clé à plusieurs titres : il emploie plus de 60 % de la population active du continent et contribue en moyenne pour 27 % au PIB national des pays. Surtout, l'agriculture est indispensable pour lutter contre la pauvreté, assurer la sécurité alimentaire et la survie des populations rurales.

Alors, comment adapter les zones et les populations rurales au changement climatique et assurer la pérennité des activités agricoles ?

Des initiatives africaines plus nombreuses

Le 6 décembre 2018, en marge de la COP24 en Pologne, une session animée au sein du Pavillon de la Banque africaine de développement par Laouali Garba, spécialiste du changement climatique au sein du Département agriculture de la Banque africaine de développement, qui assumait le rôle de modérateur, s'est tenue sur le thème « Opérationnalisation des initiatives africaines pour renforcer la résilience des populations rurales au changement climatique ».

Aujourd'hui, plusieurs chantiers sont à l'œuvre en Afrique pour renforcer la résilience des communautés et des différents secteurs d'activités - au premier rang desquels l'agriculture - aux changements climatiques : initiative pour l'Adaptation de l'agriculture africaine (AAA) lancée en amont de la COP22 par le Maroc et ralliée par 33 États africains, celle de la Grande muraille verte - l'une des doyennes, lancée dès 2005 -, la Commission climat du Bassin du Congo (CCBC), la Commission climat pour la région du Sahel (CC-RS) ainsi que la Commission climat pour les petits États insulaires - ces trois dernières ont vu le jour à la COP22, au Maroc.

Au sommet de l'Union africaine à Malabo, en 2014, la résilience des populations rurales était déjà à l'ordre du jour. Et, dans la droite ligne du programme du NEPAD, l'engagement a été pris de parvenir, à l'horizon 2025, à ce que 25 millions de ménages en Afrique pratiquent une agriculture "intelligente", qui soit adaptée aux changements climatiques. « Je veux réitérer ici le fort engagement de nos chefs d'Etat et de gouvernement depuis le PDAA [Programme de développement de l'agriculture africaine, ndlr] de Malabo », a assuré Josefa Sacko, commissaire chargée de l'Économie rurale et de l'Agriculture à l'Union africaine, qui figurait au nombre des intervenants de la session. Tout en indiquant : « Sur les 55 pays de l'Union africaine, seule Maurice a investi dans la résilience », avant d'ajouter : « Nous devons redoubler d'efforts en la matière. »

Boom démographique, pauvreté, systèmes sanitaires et éducatifs... Autant d'enjeux importants auxquels l'Afrique est confrontée. « Serons-nous prêts ? » s'est alors interrogée la commissaire. « Le développement durable a besoin d'un environnement favorable », a-t-elle insisté.

Fédérer les initiatives et gagner en synergies

Toutes les initiatives déployées, les promesses engagées et les chantiers lancés n'obtiendront de résultats concrets et notables qu'à la condition qu'il existe une coordination entre les commissions respectives, les acteurs impliqués et les pays concernés.

Almoustapha Garba, le ministre de l'Environnement, de la salubrité urbaine et du développement durable du Niger, qui intervenait lors de cette table ronde, a plaidé en ce sens : « Il faut fédérer les actions et les efforts pour plus d'efficacité. »

Agroforesterie, utilisation des terres, foncier, questions énergétiques... « Ce sont des problèmes communs à nos pays. Cela justifie donc une approche régionale et des solutions communes », a argué le ministre.

Et de préciser, au sujet de l'état d'avancement de la Commission climat pour la région du Sahel, présidée par son pays et qui concerne 17 États situés sur la bande sahélienne qui s'étend de l'océan Atlantique à la Corne de l'Afrique : « Nous avons déjà élaboré un plan d'investissement climatique, qui repose sur les CDN et qui a été préparé dans une démarche inclusive. Il sera soumis aux chefs d'États africains en février 2019, lors d'un sommet au Niger. »

Chef du Département de l'environnement et des ressources naturelles à l'Institut national de la recherche agricole à Meknès, au Maroc, Riad Balaghi a déploré qu'il ne soit pas fait clairement mention de l'agriculture comme telle dans l'Accord de Paris, mais « simplement d'écosystème, de sécurité alimentaire ». D'où la pertinence, a-t-il souligné, de l'initiative Adaptation de l'agriculture africaine - dite « Triple A » - qu'a lancée le Maroc en 2016, et qu'il qualifie de « bras agricole de l'initiative de l'Union africaine pour l'adaptation ».

Des projets bancables et pérennes

« Nous voulons coordonner davantage pour toucher les bailleurs de fonds. Nous avons l'appui du gouvernement allemand et de la Banque mondiale pour démarrer l'identification de projets à financer - gestion des sols, des risques climatiques, des eaux - pour des projets bancables », a indiqué cet expert agronome. Qui a insisté sur la nécessité d'un renforcement des capacités pour présenter des projets viables et structurés aux bailleurs de fonds : « In fine, nous voulons non seulement la mise en œuvre des CDN mais aussi atteindre les Objectifs du développement durable en travaillant sur la pérennité des projets. »

« Le problème de l'Afrique est de pouvoir développer l'agriculture, tout en restaurant les terres, en tenant compte des effets multidimensionnels des changements climatiques et en préservant la biodiversité », a renchéri Abdoulaye Dia, le secrétaire exécutif de l'initiative Grande muraille verte, qui a tenu à saluer d'entrée l'implication de la Banque africaine de développement dans ce projet. Et de préciser que si l'initiative a été déployée dans 11 pays, elle reste ouverte aux 23 États « touchés par la désertification ». « Nous travaillons à étendre le programme à l'Afrique australe », a indiqué la commissaire Josefa Sacko.

Ce sont 40 000 à 150 000 hectares qui sont perdus chaque année au Sahel, selon les pays, a rappelé M. Dia, en indiquant que 3 millions d'hectares ont été restaurés entre 2011 et 2017, générant 35 milliards de francs CFA de revenus additionnels. Avant d'insister sur l'importance de l'approche holistique adoptée pour la Grande muraille verte, axée sur le « terroir » et qui répond aux initiatives nationales engagées par les différents pays concernés.

Directeur du département changement climatique et croissance verte à la Banque africaine de développement, Anthony Nyong est revenu, quant à lui, sur l'enjeu de l'accès à l'énergie dans la marche de l'Afrique vers la résilience au changement climatique : « L'initiative Desert to Power entend proposer des sources d'énergie alternatives », a-t-il indiqué, ajoutant qu'un premier projet en Mauritanie venait d'obtenir le feu vert du Conseil d'administration. « Cela viendra compléter et pérenniser la Grande muraille verte. » Si, faute d'accès à l'énergie, les populations de la région venaient en effet à abattre les arbres plantés dans le cadre de la Grande muraille verte pour en faire du bois de chauffage, par exemple, comment cette initiative pourrait-elle s'avérer pérenne et efficace ?

« Il faut travailler en synergie et parler d'une seule voix », a préconisé Mme Sacko.

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