Un sondage montre que l'affaire Alex Saab portera préjudice au gouvernement dans les urnes aux élections d'octobre 2021

20 Septembre 2021
Content from our Premium Partner
AllAfrica InfoWire (Washington, DC)

 La bataille judiciaire prolongée dans les tribunaux cap-verdiens au sujet de l’extradition controversée vers les Etats-Unis du diplomate Alex Saab a conduit la plupart des citoyens cap-verdiens à s’interroger sur la crédibilité de leur système judiciaire et à même s’interroger sur l’indépendance de leur propre gouvernement. Les retombées nationales de l’affaire Saab pourraient également coûter au gouvernement un soutien politique significatif en vue des prochaines élections présidentielles prévues au mois d’octobre, même si son bilan sur d’autres sujets est plutôt apprécié.

Dans un sondage conduit au Cap-Vert par l’institut Eduíno Santos et rendu public en septembre 2021, il ressort que la plupart des Cap-Verdiens considèrent que l’immunité diplomatique d’Alex Saab, et d’autres de ses droits, ont été violés par leur propre gouvernement et les tribunaux du pays. Les résultats de ce sondage sont vus comme crédibles du fait de la taille très significative de l’échantillon consulté, et de sa représentativité en termes de genres, de classes d’âges et d’origines géographiques – les personnes sondées proviennent des trois plus grandes villes du Cap-Vert où les opinions politiques sont traditionnellement divergentes. Les résultats du sondage ont pu par ailleurs être recoupés en fonction des schémas électoraux des récentes élections cap-verdiennes.

Ainsi, le sondage de l’institut Eduíno Santos est une preuve notable des conséquences politiques de l’affaiblissement de l’Etat et des institutions judiciaires au Cap-Vert. Car même si le Cap-Vert a pâti d’une contraction économique historique et de pressions économico-sociales plus larges du fait de la pandémie, le soutien politique apporté au gouvernement est demeuré plutôt solide et sa ligne politique plutôt bien considérée. Pourtant, les données du sondage suggèrent que le gouvernement aurait dilapidé ce crédit politique dans l’affaire Alex Saab.

Le sondage suggère que la plupart des Cap-Verdiens perçoivent négativement la décision de la Cour constitutionnelle de ne pas reconnaître l’inconstitutionnalité de l’extradition d’Alex Saab. De plus, la plupart des citoyens cap-verdiens considèrent que les lenteurs exceptionnelles du dossier d’extradition sont dues à des pressions politiques exercées sur les tribunaux, et même dues à des sources externes comme les Etats-Unis. En effet, les Cap-Verdiens considèrent qu’une offre américaine visant à construire un complexe immobilier massif pour accueillir une nouvelle ambassade américaine, incluant des locaux dédiés à l’emploi et à l’investissement dans l’archipel, avait pour objectif d’influencer la position de leur gouvernement dans le dossier d’Alex Saab.

Par conséquent, l’intégrité des institutions cap-verdiennes est sujette à une caution grandissante de la part des citoyens. Des questions qui portent sur la constitutionnalité de l’extradition d’Alex Saab, les délais exceptionnels dont son cas a fait l’objet, la réticence du président cap-verdien à intervenir pour protéger la constitution, et la très faible rationalité de la décision ayant conduit au transfert d’Alex Saab dans la capitale Praia à la suite de son arrestation. La plupart des Cap-Verdiens considèrent que leur justice, et dans une moindre mesure leur gouvernement, portent une responsabilité ultime des atteintes perçues aux droits d’Alex Saab.

Important également, les Cap-Verdiens pensent que l’affaire de l’extradition d’Alex Saab, ainsi que d’autres dossiers judiciaires controversés à l’instar de celui du député Amadeu Oliveira, porteront préjudice aux relations internationales et diplomatiques de leur pays avec des conséquences sur le commerce, les échanges et l’investissement. En politique intérieure, il est probable que l’affaire de l’extradition d’Alex Saab constituera un héritage politique. Avec des intentions de vote changeantes depuis les élections législatives d’avril 2021, le gouvernement issu du parti MpD risque d’essuyer une défaite électorale lors des élections présidentielles d’octobre 2021 alors que le parti d’opposition PAICV prend de la vitesse et cherche à capitaliser sur de larges sujets d’insatisfaction dans la population et le sentiment d’un affaiblissement des institutions étatiques sous le gouvernement actuellement en fonction.

Les résultats du sondage conduit par l’institut Eduíno Santos confirment nombre des prévisions publiées par le rapport spécial de PANGEA-RISK sur le Cap-Vert qui montrait que les institutions politiques et judiciaires du pays s’érodaient (voir notre rapport https://www.pangea-risk.com/special-report-how-the-pandemic-has-eroded-cape-verdes-political-and-judicial-institutions/

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.