Comment Ouattara a remis la Côte d'Ivoire au centre du jeu diplomatique

Le Chef de l’État a eu un entretien avec le Président du Ghana dans le cadre d’une Visite d’Amitié et de Travail, à Abidjan
24 Avril 2025
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InfoWire

En quatorze ans à la tête de l’État ivoirien, Alassane Ouattara a repositionné la Côte d’Ivoire sur l’échiquier diplomatique ouest-africain et international. À coups de patience, de renforcement sécuritaire et de diversification stratégique, il a restauré l’influence d’un pays un temps relégué aux marges.

Le 5 mars 2024, le président Alassane Ouattara recevait, à Abidjan, son homologue ghanéen John Dramani Mahama. Ensemble, les deux dirigeants ont lancé un appel à l’unité aux États du Sahel les invitant à renouer le dialogue avec la CEDEAO. Pour Ouattara, ce geste s’inscrit dans une stratégie diplomatique plus large, celle d’un président qui œuvre depuis son accession au pouvoir à redonner une voix à la Côte d’Ivoire dans un environnement régional de plus en plus fragmenté.

Une diplomatie de reconstruction

Lorsque Ouattara prend les rênes du pays, au sortir d’une crise post-électorale particulièrement violente, la Côte d’Ivoire dispose d’un appareil diplomatique affaibli. L’ancien directeur général adjoint du FMI renoue d’abord avec les institutions multilatérales, puis avec les partenaires bilatéraux. Le ministère des Affaires étrangères est restructuré, les relations avec les voisins stabilisées.

En quelques années, Abidjan retrouve une capacité d’initiative diplomatique et un attrait international. En 2017, le sommet Union africaine – Union européenne est organisé dans la capitale économique. L’organisation des Jeux de la Francophonie, de la Coupe d'Afrique des Nations en 2023 ou encore des éditions répétées de l’Africa CEO Forum témoignent de cette capacité retrouvée.

Au-delà de la vitrine, Alassane Ouattara s’emploie à poser les bases d’une diplomatie d’influence. Dans une Afrique de l’Ouest bousculée par les coups d’État, l’effondrement sécuritaire au Sahel et la remise en cause des modèles démocratiques, la Côte d’Ivoire fait figure de pôle de stabilité. L’Académie internationale de lutte contre le terrorisme de Jacqueville est inaugurée en 2016, avec le soutien de partenaires européens. En 2025, le budget de la défense aura presque doublé par rapport à 2020, atteignant 441,6 milliards de FCFA.

Redéfinir les équilibres stratégiques

Sur le plan international, la politique étrangère de la Côte d’Ivoire se transforme en profondeur. En février 2025, la base militaire de Port-Bouët est officiellement rétrocédée. La coopération continue, mais sur d’autres bases, plus techniques, moins tutélaires. Même tendance avec les États-Unis, avec lesquels le lien se sont consolidés autour d’intérêts communs, notamment économiques et sécuritaires. La visite d’Hillary Clinton à Abidjan en 2012, alors secrétaire d’État, avait donné le ton. Depuis, l’intégration de la Côte d’Ivoire au programme Millennium Challenge Corporation (MCC) a permis de structurer une coopération bilatérale plus ciblée, fondée sur des critères de gouvernance et de performance.

En parallèle, de nouveaux partenariats prennent forme. La Turquie, la Chine, les Émirats arabes unis, s’invitent dans le paysage économique et sécuritaire. En 2018, la Côte d’Ivoire est élue membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour un mandat de deux ans.

La diplomatie comme levier de développement

La stratégie extérieure de la Côte d’Ivoire s’accompagne d’un volet économique affirmé, pensé comme un levier d’attractivité et de crédibilité. Entre 2023 et 2024, le pays a obtenu deux appuis financiers majeurs auprès du Fonds Monétaire International avec un premier programme de 3,5 milliards de dollars, suivi d’un second de 1,3 milliard. Une montée en puissance notable, alors que le pays avait déjà bénéficié de deux enveloppes de 900 millions de dollars en 2016 et 2019.

La Banque mondiale, elle aussi, a intensifié sa présence. Son portefeuille d’opérations en Côte d’Ivoire atteint désormais 6 milliards de dollars, contre 2,63 milliards en 2019. Une progression qui témoigne de la confiance retrouvée des bailleurs internationaux, mais aussi de la capacité de l’État à porter des projets structurants.

Sur les marchés de capitaux, la dynamique s'intensifie. En janvier 2024, une émission d’euro-obligations d’un montant de 2,6 milliards de dollars est réalisée. Le mois dernier, Abidjan récidive avec une nouvelle levée de 1,75 milliard de dollars. Au-delà des chiffres, l’objectif est de faire de la diplomatie un outil au service du développement.

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