Ayant su s’adapter au nouveau code électoral, la mouvance présidentielle transforme l'essai. Le succès électoral des anciens cadres de l'opposition ayant rallié le camp de la majorité confirme une mutation profonde de l’électorat, désormais plus sensible à l’efficacité de l’action qu’à la seule posture de contestation.
Le verdict des urnes pour ces législatives de janvier 2026 ne laisse place à aucune ambiguïté. En accordant une confiance renouvelée aux grands blocs de la majorité, les citoyens béninois ont envoyé un message de continuité qui dépasse le simple cadre partisan. Ce scrutin, dont la régularité a été saluée de manière unanime par les observateurs de l'Union Africaine et la plateforme des OSC, marque la fin d'une époque. Il consacre l'avènement d'une politique de résultats où la structure et la vision nationale priment désormais sur les boutiques faisant commerce de polémiques sans programme.
Le cas d’école des « Six » : une volonté d’être constructif récompensée par les urnes
L’image la plus frappante de ce scrutin restera sans doute celle des six anciens députés du parti Les Démocrates (LD) désormais élus sous les couleurs de la mouvance. En quittant le navire de l'opposition radicale quelques mois avant le vote pour rejoindre les rangs de la mouvance (UP-R et BR), ces élus ont fait le pari du réalisme institutionnel contre l’isolement dogmatique.
Leur réélection n'est pas qu'un fait divers politique ; elle constitue une démonstration de force sociologique. Leurs électeurs ne les ont pas sanctionnés, ils les ont suivis. Ce plébiscite local prouve que pour une large part de la population, l'intégration au champ de la réforme est perçue comme la seule voie capable de porter des projets de développement concrets. En choisissant d'intégrer des "partis-organisations" plutôt que de rester dans une structure incapable de s'adapter aux nouveaux seuils électoraux, ils ont incarné, aux yeux des citoyens, le visage d'une opposition constructive et responsable.
L’échec d’une stratégie de confrontation sans issue
À l'inverse, la déroute du parti Les Démocrates, tombé sous la barre fatidique des 20 % dans de nombreuses circonscriptions, souligne l'amateurisme stratégique de son état-major. En refusant systématiquement d'explorer les mécanismes d'alliances et de coalitions prévus par le Code électoral, qui auraient permis d'abaisser le seuil de représentativité à 10 % au plan national, le parti s'est condamné à l'insignifiance parlementaire.
Cette incapacité à gérer la complexité du nouveau cadre législatif a été perçue par l'opinion comme une faute de management politique majeure. Même des figures de proue comme Renaud Agbodjo ont dû admettre à l'automne dernier des « dysfonctionnements internes » profonds. Le message de l’électorat est limpide : la politique au Bénin est devenue une affaire de professionnels de la gestion publique, et non plus une tribune pour les seuls orateurs de la contestation.
Un signal fort pour la stabilité économique et institutionnelle
L'adhésion citoyenne constatée lors de ce vote témoigne d'une volonté de sanctuariser les acquis de la présidence Talon. Le message envoyé au reste de la sous-région et aux investisseurs internationaux est celui d'un pays qui a su professionnaliser sa vie publique. La nouvelle Assemblée nationale représente désormais des partis alliés dans des blocs pluriels mais faisant le choix de bâtir ensemble des projets législatifs, plutôt que de s’enfermer dans l’opposition pure et simple.
Cette élection de la stabilité résulte d'une offre politique en phase avec les aspirations de modernité du pays. En plébiscitant des formations diverses capables de s'unir autour de programmes nationaux, le peuple béninois a choisi de consolider un système où la lisibilité de l'action publique est devenue la priorité absolue.