Investissements records, coopération sécuritaire renforcée, retrait américain au Sahel… Dans une Afrique de l’Ouest en pleine mutation, Abidjan est devenu un allié de choix pour Washington.
C’est un chiffre qui en dit long sur le nouveau visage des relations ivoiro-américaines. 7 milliards de dollars, c’est le montant cumulé des protocoles d’accord signés en mai 2025 entre le gouvernement ivoirien et des entreprises américaines du secteur de l’énergie.
Derrière ces investissements massifs, la stratégie est claire. La Côte d’Ivoire mise sur son attractivité économique pour séduire les capitaux étrangers, tandis que les États-Unis redéploient leur présence africaine autour d’axes économiques et sécuritaires ciblés. Une convergence d’intérêts qui fait d’Abidjan l’un des nouveaux partenaires privilégiés de Washington en Afrique de l’Ouest.
Raffinerie, offshore, solaire : une coopération énergétique XXL
Parmi les nouveaux engagements, l'énergie est un sujet central. Au nombre des projets les plus structurants figure la construction d’une deuxième raffinerie dans le pays, estimée à plus de 5 milliards de dollars. À cela s’ajoutent l’exploitation de deux blocs pétroliers offshore en partenariat avec Petroci, la société nationale, ainsi que le financement de projets d’énergies renouvelables et d’extension du réseau électrique.
Trade, not aid : la nouvelle doctrine américaine
Ces accords s’inscrivent dans un virage stratégique amorcé par l’administration Trump dès le début de son second mandat, misant sur des partenariats économiques plutôt que sur l’aide publique, selon la doctrine « Trade, not aid ». Cette nouvelle ligne s’est traduite en début d’année par la suppression brutale des programmes de l’USAID en Côte d’Ivoire, soit une perte sèche de 115 millions de dollars pour des projets dans l’éducation, la santé ou l’aide aux réfugiés. Une décision passée presque inaperçue à Abidjan, où l’État ivoirien semble déjà tourné vers d’autres leviers de croissance.
Longtemps dépendante des revenus agricoles – la Côte d’Ivoire est toujours le premier producteur mondial de cacao – l’économie ivoirienne s’efforce depuis plusieurs années de se diversifier en misant sur la transformation locale et les ressources extractives. Les accords signés avec les groupes américains dans le pétrole, l’offshore ou les énergies renouvelables s’inscrivent dans cette dynamique de transformation du modèle économique national, l’une des priorités affichées par le président Alassane Ouattara depuis son arrivée au pouvoir.
Un commerce bilatéral en forte hausse
Les données commerciales confirment cette dynamique. En 2024, les échanges entre les deux pays ont atteint 1,6 milliard de dollars, selon les chiffres du Département américain du commerce. Les exportations américaines vers la Côte d’Ivoire ont progressé de 15 %, atteignant 596 millions de dollars, tandis que les importations, dominées par le cacao, le caoutchouc, l’or et la noix de cajou, s’élèvent à 1 milliard de dollars.
Une coopération sécuritaire qui se structure
Les relations ivoiro-américaines ne s’arrêtent pas à l’économie. Le volet sécuritaire demeure un pilier essentiel du partenariat. En avril 2025, le général Michael Langley, patron de l’Africom, s’est rendu à Abidjan pour superviser l’exercice Flintlock 2025, organisé en partie sur le territoire ivoirien. Plus de 500 soldats venus de 38 pays ont pris part à cet entraînement régional piloté par les forces spéciales américaines.
Abidjan, nouvelle vitrine ouest-africaine pour Washington
Dans un contexte de retrait occidental au Sahel, marqué par la montée en puissance de régimes militaires hostiles au partenariat avec les États-Unis ou la France (Mali, Burkina, Niger), la Côte d’Ivoire fait figure d’exception régionale.
Stable, ouverte au dialogue, Abidjan offre à Washington un point d’ancrage stratégique dans une région en recomposition. Membre actif de l’Initiative d’Accra, la Côte d’Ivoire coopère étroitement avec ses voisins côtiers pour prévenir la contagion jihadiste venue du nord, tout en poursuivant son intégration économique régionale.
À Washington, le pays est désormais perçu comme un acteur clé du dispositif américain en Afrique de l’Ouest, tant sur le plan sécuritaire qu’économique.