Bruxelles/Kinshasa — Une critique acerbe de la politique africaine de l'Union européenne (UE), émise par une eurodéputée belge d'extrême droite, vient jeter une lumière crue sur une fracture grandissante. Alors que Barbara Bonte (PfE) dénonce une approche "paternaliste" et "contre-productive" de Bruxelles, poussant selon elle les nations africaines vers d'autres partenaires, un sujet bien plus fondamental et brûlant agite le continent africain : l'exigence irrépressible de réparations concrètes pour les crimes de la période coloniale.
L'interpellation de Mme Bonte, soulignant l'érosion des partenariats et la perte d'influence de l'UE face à la montée en puissance de la Chine, de la Russie et des États-Unis en Afrique, résonne comme un constat d'échec diplomatique. Elle coïncide avec une détermination africaine sans précédent à ne plus laisser les questions vitales – celles qui touchent à l'héritage douloureux du colonialisme et à ses conséquences actuelles – être noyées dans de simples "discussions" ou reportées aux calendes grecques.
La Mémoire des Déceptions : Plus Jamais Ça
L'Afrique a une longue mémoire diplomatique. Les promesses non tenues, les conditionnalités étouffantes, les accords déséquilibrés et les déclarations de principe sans suite ont jalonné ses relations avec l'Europe. L'époque où les préoccupations fondamentales du continent pouvaient être évacuées par de beaux discours ou des promesses vagues est révolue. La question des réparations coloniales est l'archétype de ces dossiers trop souvent relégués au second plan par la diplomatie européenne.
"On nous a trompés trop souvent par le passé", rappelle un analystz politique ouest-africain sous couvert d'anonymat. "De la Conférence de Berlin aux indépendances négociées, des plans d'ajustement structurel aux accords de partenariat économique, le dialogue a souvent masqué une réalité : la préservation des intérêts européens au détriment de nos peuples. Les réparations ne sont pas une question abstraite, c'est une exigence de justice pour des siècles de spoliation, d'exploitation et de souffrances dont les séquelles entravent encore notre développement".
La Volonté Indéfectible : De l'Année à la Décennie des Réparations
La réponse africaine à ce risque de diversion est claire, unifiée et déterminée. L'Union Africaine (UA), portant la voix du continent, a transformé "l'Année des Réparations" en "Décennie des Réparations" (2025-2035). Ce geste fort, bien plus qu'un simple changement de calendrier, est un signal politique sans équivoque : l'Afrique s'installe dans la durée et dans la fermeté sur ce dossier. Il s'agit d'une priorité stratégique, inscrite dans le temps long, que les aléas diplomatiques ou les changements de priorités européennes ne pourront plus balayer.
Des Chefs d'État aux citoyens, la mobilisation est palpable. Les demandes ne se limitent plus à des excuses symboliques, aussi nécessaires soient-elles. L'Afrique exige désormais la mise en place de mécanismes réels, tangibles et substantiels de compensation et de réparation. Ces mécanismes doivent aborder les multiples facettes des préjudices subis : restitution d'œuvres d'art et de biens culturels pillés, annulation de dettes illégitimes, investissements massifs et sans conditionnalités néfastes dans les infrastructures, la santé, l'éducation et la transition écologique, reconnaissance et soutien pour les traumas historiques.