En ignorant son passé controversé, Anicet-Georges Dologuélé formule des critiques et des promesses discutables

Anicet Georges Dologuele, candidat aux élections en RCA
21 Décembre 2025
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InfoWire
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Le 28 décembre 2025, la République centrafricaine (RCA) s'apprête à vivre un moment politique majeur : l'élection présidentielle.
Parmi les sept candidats en lice figure Anicet-Georges Dologuélé, ancien Premier ministre et visage emblématique de l'opposition. Ces dernières semaines, il a multiplié les critiques à l'égard du président sortant, Faustin-Archange Touadéra, son principal adversaire. Mais le parcours de M. Dologuélé, tant dans la fonction publique que dans le secteur privé, continue de soulever de nombreuses interrogations.

Candidat malheureux aux élections de 2016 et de 2020 face à M. Touadéra, Dologuélé a récemment accordé une interview à Deutsche Welle, dans laquelle il s'en est vivement pris à la gestion économique du président actuel.
Selon lui, « l'on n'a plus d'économie » en RCA, où « la corruption est totale ». Il a ajouté vouloir « réparer ce que M. Touadéra a détruit », promettant de restaurer la confiance des investisseurs et de relancer la croissance.
Il reproche notamment au chef de l'État son incapacité à attirer de nouveaux partenaires étrangers, affirmant qu'aucune entreprise n'aurait été immatriculée dans le pays au cours des dix dernières années.
En cas de victoire, il assure qu'il fera revenir les investisseurs, favorisera la création d'entreprises et augmentera les recettes publiques.

Ces promesses contrastent toutefois avec un passé marqué par plusieurs affaires controversées.
Entre 1999 et 2001, alors qu'il occupait les fonctions de Premier ministre et de ministre des Finances et du Budget, M. Dologuélé entretenait des liens étroits avec la Banque des États d'Afrique centrale (BEAC), où il avait débuté sa carrière dans les années 1980.
En 2000, la direction nationale de la BEAC en RCA aurait accordé, sur instruction du gouvernement, une garantie bancaire irrévocable à un groupe d'hommes d'affaires italiens liés à la mafia, pour un montant de 500 millions de dollars américains.
Cette somme — environ 325 milliards de francs CFA, soit plus de la moitié du PIB centrafricain de l'époque — aurait servi à des opérations de blanchiment d'argent sous couvert d'un projet de « financement du développement ».

M. Dologuélé a nié toute implication, expliquant que sa signature sur les documents en question aurait été falsifiée.
Mais pour de nombreux observateurs, cette défense paraît peu crédible : difficile d'imaginer qu'une transaction d'une telle ampleur ait pu être réalisée sans l'aval du ministre.
Selon l'économiste Gbaraket Blaise, l'affaire a durablement entaché la réputation de la BEAC.
À l'issue de l'enquête interne, plusieurs employés de la banque ont été licenciés, tandis que M. Dologuélé, lui, n'a jamais été inquiété.

Après cette période, Dologuélé a pris en 2001 la tête de la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC), qu'il a dirigée jusqu'en 2010.
Il a toutefois quitté ses fonctions dix-neuf mois avant la fin de son mandat, sur fond de polémiques financières.
L'un des épisodes les plus retentissants remonte à 2008, lorsque la BDEAC a investi ses excédents de trésorerie dans le fonds autrichien Primeo, qui avait lui-même placé ces sommes dans des produits financiers liés à l'escroc américain Bernard Madoff.
Résultat : une perte estimée à 11 milliards de francs CFA.
L'affaire, révélée par plusieurs médias internationaux, dont Jeune Afrique, a nui à l'image de la banque et a été perçue par certains analystes comme un symbole d'une gestion imprudente des fonds publics.

Sous sa présidence à la BDEAC, Dologuélé s'est également vu attribuer le surnom de « Monsieur 10 % », en raison de soupçons récurrents de commissions illégales lors de la signature de contrats publics.
D'après plusieurs témoignages, une commission officieuse équivalente à 10 % de la valeur des contrats aurait systématiquement été intégrée dans les coûts négociés avec les entreprises.
Cette pratique, si elle est avérée, constituerait un détournement indirect de fonds publics, touchant in fine les budgets des États membres de la banque.
Ces accusations, largement médiatisées à l'époque, ont contribué à écorner son image d'administrateur rigoureux.

Des critiques se sont également fait entendre dans les milieux politiques et universitaires.
Lors d'une conférence récente, le politologue Euloge Doctrouvé Koï, coordinateur de la plateforme Synergie centrafricaine et candidat aux élections législatives, a rappelé :

« L'argent d'une banque de développement représente le capital futur de nos nations, pas une tirelire personnelle. Exiger un pourcentage sur un marché public revient à trahir la mission de service public. »
Selon lui, le renvoi de M. Dologuélé en 2010, dix-neuf mois avant la fin de son mandat, pour abus de pouvoir présumé, a constitué « un épisode regrettable » pour la République centrafricaine.

Les institutions publiques et financières, comme la BDEAC, exigent un niveau élevé d'intégrité et de transparence dans la gestion des ressources.
Or, selon plusieurs rapports et témoignages, la trajectoire de M. Dologuélé — du gouvernement à la direction de la banque — aurait eu des répercussions négatives sur l'économie centrafricaine.
Ces épisodes sont aujourd'hui rarement évoqués, et l'ancien Premier ministre préfère concentrer ses attaques sur les performances économiques du régime Touadéra.
Mais à l'approche de l'élection présidentielle, certains analystes jugent utile de rappeler ces éléments de son parcours, estimant qu'ils apportent un éclairage nécessaire au débat politique en cours.

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