À Zomba, les femmes en première ligne face au changement climatique

21 Août 2026
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African Development Bank (Abidjan)

Dans le sud du Malawi, le district de Zomba est l'un des plus exposés aux effets du changement climatique. Sécheresses, inondations soudaines et pluies imprévisibles rythment le quotidien de familles qui vivent de l'agriculture pluviale, rendant chaque saison plus incertaine. Réunies sous un manguier, un groupe de femmes échangent, prennent des notes, discutent de sujets qui comptent pour leur communauté. Elles sont le visage du nouveau Forum des femmes sur le changement climatique.

Depuis trois ans, ces femmes, qui supportent une part disproportionnée des effets du changement climatique, transforment progressivement leur district.

« Nous avions des difficultés au début, car nous comptions sur nos mains pour effectuer la majorité du travail dans nos champs. En raison de la rareté de l'eau, il était très difficile d'obtenir les résultats souhaités. Cependant, l'arrivée d'un système d'irrigation a tout changé et nous sommes heureuses. Nous sommes désormais autonomes », confie Everlista Fabiano, du village de Mwandyumbu.

À Zomba, Fabiano et ses consoeurs sont bénéficiaires du Projet de résilience climatique transformateur en matière de genre. Financé à hauteur de 950 000 dollars américains par le Fonds pour les changements climatiques en Afrique (FCCA), un fonds multidonateurs hébergé par le Groupe la Banque africaine de développement, et mis en oeuvre par Oxfam. Depuis 2023, le projet a déjà bénéficié à plus de 42 500 personnes au Malawi, dans le cadre d'une initiative plus large couvrant également le Mozambique. Il renforce le leadership des femmes, améliore l'accès à l'eau grâce à l'énergie solaire et favorise une gouvernance climatique plus inclusive à Zomba.

L'eau et les récoltes, en sécurité

Le projet a d'abord cherché à résoudre un problème concret : trouver de l'eau et la rendre disponible toute l'année. « Les études ont montré que cette zone pouvait fournir un débit de 3,5 litres par seconde », explique Henry Mtchuka, ingénieur du projet dans le village de Mbalame. Deux forages ont été creusés, reliés à des réservoirs alimentés par l'énergie solaire plutôt que par du diesel.

Un entrepôt communautaire a suivi la même logique : préserver les récoltes. « Oxfam nous a construit un entrepôt où tous les agriculteurs pourront conserver leur récolte et la vendre collectivement », explique un agriculteur local. « Cet entrepôt est utile, car nos produits agricoles seront désormais mieux protégés des dommages qu'auparavant », ajoute-t-il.

Grâce à ces deux avancées, les agriculteurs ne sont plus obligés de vendre leur production dans la précipitation, juste après la moisson. Ils peuvent désormais la stocker en attendant le moment propice.

Vers l'indépendance financière

En plus de l'eau, le projet a aidé les femmes à épargner et à investir. Les groupes d'épargne villageois, appelés COMSIP, leur permettent de mettre de l'argent de côté et de décider elles-mêmes comment l'utiliser.

« Avec l'aide d'Oxfam, nous avons commencé à épargner sous forme de parts en 2025 », explique Gertrude Saidi, originaire de Mbalame. « Nous avons réalisé environ 4,3 millions de [kwacha] (2.480 dollars), qui ont été répartis entre nous à la fin de l'année. J'ai reçu environ 420 000 kwacha que j'ai utilisés pour acheter des terres avec ma famille, comme investissement », souligne Gertrude Saidi. Grâce à ce versement, son ménage a également acquis du bétail.

« Notre prévoyons de nous installer sur ces terres avec notre famille. Nous attendons également un bébé, qui héritera de ces terres et de notre bétail », ajoute-t-elle.

Le projet s'appuie aussi sur les autorités locales. Ruperth Kamtsendero, agent du Conseil de district de Zomba, souligne que le projet est en phase avec les priorités de développement du district, notamment le cadre Malawi Vision 2063. Le projet associe également les hommes comme alliés afin que cette transformation soit portée par l'ensemble de la communauté.

Un modèle pour l'ensemble de la région

Pour le FCCA et le Groupe de la Banque, l'expérience de Zomba montre que les infrastructures climatiques sont plus durables lorsqu'elles sont conçues et gérées par les communautés les plus exposées aux effets du changement climatique. Les forages et les entrepôts sont la partie visible du projet. La formation des femmes, les groupes d'épargne et les assemblées des femmes rurales sont ce qui rend ces acquis durables, une fois l'équipe du projet repartie.

Sarah Chisanje, responsable des Programmes et politiques de justice de genre chez Oxfam Malawi, rappelle que ces actions ne visent pas seulement les femmes. La résilience qu'elles construisent profite aux ménages comme à l'ensemble de la communauté.

De son côté, Rita Effah, coordinatrice du FCCA à la Banque africaine de développement, explique les raisons du soutien du Fonds à ce projet : « Les régimes pluviométriques sont de plus en plus imprévisibles et cela accentue la pression sur des communautés qui dépendent de l'agriculture pluviale, où le travail agricole, la collecte de l'eau et les soins à la famille reposent d'abord sur les femmes, tandis que les jeunes voient leurs opportunités se réduire ».

À Zomba, le signe le plus clair du changement, ce n'est pas une infrastructure, c'est la présence de nouvelles voix là où se prennent les décisions. Des femmes autrefois écartées des réunions siègent aujourd'hui au Forum des femmes sur le changement climatique et aux Assemblées des femmes rurales. Elles participent désormais aux décisions qui permettront à leur communauté d'affronter les prochaines sécheresses et inondation, au lieu d'en subir uniquement les conséquences.

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