Pour exploiter son dividende démographique, le Nigeria lance des consultations pour le Plan d'action compétences et emploi des jeunes

4 Juin 2026
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African Development Bank (Abidjan)

Le Groupe de la Banque africaine de développement a conclu une consultation de quatre jours à Abuja, au Nigeria, avec un groupe représentatif de parties prenantes sur la conception de son prochain Plan d'action pour les compétences et l'emploi des jeunes en Afrique 2027-2033.

Le Nigeria, qui compte plus de 220 millions d'habitants dont près de 68 % ont moins de 30 ans, sert d'étude de cas aux côtés du Maroc, de la République démocratique du Congo, du Mozambique et du Kenya, afin d'éclairer la feuille de route continentale de la Banque pour les sept prochaines années.

Les consultations ont regroupé outre, des représentants des ministères fédéraux, des partenaires au développement, des établissements d'enseignement et de formation techniques et professionnels, des établissements spécialisés dans les STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), des groupes d'autonomisation des jeunes et des femmes et des organisations de la société civile.

Malgré la forte croissance du système universitaire et de l'enseignement supérieur nigérian qui compte désormais plus de 300 établissements, les résultats en matière d'emploi n'ont pas suivi le même rythme, ce qui souligne la nécessité d'une meilleure adéquation entre l'éducation, le développement des compétences et les besoins du marché du travail.

Les participants ont relevé que, malgré la formation de centaines de milliers de diplômés chaque année, des programmes d'études obsolètes et un accès limité à des possibilités structurées d'apprentissage en milieu professionnel continuent d'alimenter le décalage entre les compétences acquises et les besoins du marché du travail. Ces dynamiques ont alimenté le phénomène d'émigration, connu localement sous le nom de « Japa », renforçant les préoccupations liées à la fuite des cerveaux et à la perte de talents.

Ces sessions ont permis d'analyser ce que les parties prenantes appellent « l'effet boomerang », selon lequel l'absence d'opportunités économiques alimente l'insécurité régionale, qui, à son tour, freine les investissements du secteur privé nécessaires à la création d'emplois.

Le président d'Arewa Youth (associations de jeune du Nord du Nigeria), Abdul Danbature, a souligné que s'il existe des talents dans tout le nord du Nigeria, les opportunités restent majoritairement concentrées dans les grandes villes. Il a insisté sur l'importance de veiller à ce que le plan d'action 2027-2033 du Groupe de la Banque touche efficacement les jeunes des communautés défavorisées et isolées afin de promouvoir une plus grande inclusion et soutenir la stabilité et le développement à long terme au niveau national.

Les résultats des consultations alimenteront les évaluations finales de la Stratégie pour l'emploi des jeunes en Afrique (2016-2025) et du Plan d'action pour le développement des compétences pour l'employabilité et la productivité en Afrique (2022-2025) du Groupe de la Banque. ils permettront de tirer des enseignements des meilleures pratiques afin d'éclairer l'élaboration du prochain Plan d'action pour les compétences et l'emploi des jeunes qui devrait également s'appuyer sur les initiatives phares que la Banque mène actuellement au Nigeria, notamment IDiCE (Investment in Digital and Creative Enterprises), la Banque d'investissement pour les jeunes (YEIB) et la Digital Value Chain Infrastructure (D-VIBE) pour stimuler l'emploi.

Les parties prenantes ont encouragé la Banque à compléter ces instruments formels en s'appuyant sur des approches locales, telles que l'économie « Nwa Boy », également connue sous le nom de modèle d'apprentissage Igbo, à l'est du Nigeria. Établi de longue date, ce modèle permet aux jeunes d'acquérir des compétences pratiques en matière de commerce et d'entrepreneuriat auprès d'entrepreneurs expérimentés grâce à un mentorat structuré, avec un parcours distinctif qui mène souvent à la création d'entreprise indépendante, soutenue dans de nombreux cas par un capital de démarrage ou des ressources fournies par leurs mentors. Largement reconnu pour son rôle dans la promotion de l'entrepreneuriat et la création de richesse au Nigeria, ce modèle a été identifié comme un exemple local concret susceptible d'éclairer les futurs parcours « Learning to Earn » de la Banque.

Grâce à des investissements majeurs, tels que le Projet d'électrification du Nigeria (NED) de 200 millions de dollars financé par la Banque, qui relie déjà les infrastructures aux emplois, l'accent a été mis sur le fossé existant entre les politiques et leur mise en oeuvre. Malgré l'abondance de cadres nationaux, la mise en oeuvre reste fragmentée entre les différents silos institutionnels. La consultation a recommandé un modèle de consortium afin d'harmoniser les efforts des partenaires notamment, l'Union européenne, la Banque mondiale et la GIZ, en veillant à ce que les mandats des bailleurs de fonds s'alignent directement sur les plans de développement des États nigérians et les priorités du gouvernement.

Le directeur général du Département pays du Groupe de la Banque africaine de développement au Nigeria, Abdul Kamara, a souligné que le développement de l'écosystème était un élément clé à prendre en compte pour le plan d'action 2027-2033. « Les jeunes Nigérians recherchent de plus en plus à la fois des opportunités d'emploi et une participation significative à une économie stable et numérique, ce qui fait de l'élargissement de l'accès au financement dans les communautés mal desservies un important facteur pour libérer le potentiel démographique du pays », a-t-il souligné.

Les enseignements tirés de la consultation au Nigeria seront intégrés dans la stratégie continentale finale qui sera lancée en 2027. L'objectif étant de transformer l'énorme capital humain du Nigeria en moteur durable de la croissance africaine.

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