Le Groupe de la Banque africaine de développement a organisé en avril dernier, un séminaire régional sur la numérisation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) afin de discuter des moyens de renforcer la mobilisation des ressources nationales et d'améliorer l'efficacité du système fiscal en Afrique de l'Ouest.
Ce séminaire hybride, intitulé « Favoriser une conformité plus intelligente en matière de TVA : innovations et collaboration régionale en Afrique de l'Ouest », s'est tenu au siège de la Banque à Abidjan avec le soutien du gouvernement japonais dans le cadre de la subvention pour le développement des politiques et des ressources humaines (PHRDG). Il a réuni plus de 230 participants issus des gouvernements, d'institutions régionales, du secteur privé et de la Banque africaine de développement, présents physiquement ou en ligne.
Dans un contexte mondial marqué par des contraintes budgétaires croissantes et un déclin progressif de l'aide extérieure, les participants ont souligné l'importance de la mobilisation des ressources nationales pour soutenir le développement. La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) représente environ 30 % des recettes fiscales dans de nombreux pays africains, ce qui en fait un élément clé, malgré son efficacité relativement faible, estimée à environ 36 %.
En ouvrant le séminaire, M. Lamin Barrow, directeur général pour l'Afrique de l'Ouest au sein du Groupe de la Banque africaine de développement, a souligné que la numérisation de la TVA représente bien plus qu'une simple réforme administrative. Il a noté qu'elle contribue à améliorer la transparence, à renforcer la confiance entre les gouvernements et les contribuables, et à accroître l'efficacité du recouvrement des recettes.
S'exprimant au nom du gouvernement japonais, M. Tomoki Nakai, directeur exécutif représentant le Japon au sein du Groupe de la Banque, a mis en avant le soutien apporté par le Japon à la mobilisation des ressources nationales par le biais de la subvention pour le développement des politiques et des ressources humaines (PHRDG), réitérant l'importance de disposer d'institutions solides, de cadres réglementaires et d'une collaboration entre les parties prenantes pour faire avancer les réformes de numérisation de la TVA.
Représentant l'administration fiscale ivoirienne, M. Yaya Koné a mis en avant les réformes en cours en Côte d'Ivoire, notamment la plateforme E-Impôts et le déploiement de systèmes de facturation électronique, qui visent à améliorer la traçabilité des transactions et le respect des obligations fiscales.
Les participants ont également examiné les expériences nationales illustrant l'impact de la numérisation de la TVA, en évoquant un séminaire similaire tenu en 2025 et axé sur les expériences de l'Afrique de l'Est. Le personnel de la Banque africaine de développement a également présenté les enseignements tirés des pays d'Afrique de l'Est, abordés lors du séminaire de la Banque sur la numérisation de la TVA organisé à Nairobi en 2025, où les systèmes de TVA numériques ont contribué à améliorer la conformité, à augmenter les recettes et à renforcer le suivi des transactions.
En Afrique de l'Ouest, les pays font progresser leurs réformes à des stades différents. En Côte d'Ivoire, la plateforme E-Impôts permet la déclaration et le paiement des impôts en ligne, complétés par des systèmes de facturation électronique. Au Nigeria, la solution NRSMBS (National Revenue Service Merchant Buyer Solution) est en cours de déploiement en tant que système de facturation électronique en temps réel, en commençant par les grands contribuables.
Le Ghana déploie des outils numériques et des analyses de données pour combler son déficit de TVA, en particulier dans le suivi des importations. Au Togo, l'Office des recettes fiscales a mis en place des systèmes de déclaration et de paiement en ligne afin de renforcer la transparence et le contrôle fiscal. Le Sénégal continue d'étendre sa plateforme ETAX, bien que des défis techniques liés à la capacité et à l'interopérabilité du système persistent.
Le séminaire a également souligné l'importance de la coordination régionale. La Commission de la CEDEAO a noté que la TVA représente environ 31,4 % des recettes fiscales régionales, avec un objectif de 33 %, et a présenté une initiative pilote avec la Sierra Leone axée sur l'amélioration de la perception de la TVA sur les transactions numériques transfrontalières.
Le Forum ouest-africain de l'administration fiscale (WATAF) a mis en avant son rôle dans le soutien aux réformes fiscales à travers des programmes de renforcement des capacités, le développement d'une plateforme régionale de données fiscales et une coordination renforcée entre les administrations fiscales et douanières.
Les participants du secteur privé ont souligné que la réussite de la numérisation de la TVA nécessite des systèmes accessibles, prévisibles et adaptés aux réalités des entreprises, en particulier pour les PME. Les discussions ont mis en évidence des défis liés aux coûts de mise en conformité, à la connectivité, à l'interopérabilité, aux retards dans le remboursement de la TVA, ainsi qu'à l'importance de renforcer la confiance des contribuables et leurs compétences numériques.
Malgré les progrès accomplis, les participants ont identifié plusieurs défis, notamment une infrastructure numérique limitée, des contraintes d'interopérabilité des systèmes et des lacunes en matière de capacités chez les contribuables, en particulier les petites et moyennes entreprises. Les retards dans les remboursements de TVA ont encore pesé sur les activités des entreprises et la confiance dans les systèmes fiscaux.
La discussion s'est ensuite orientée vers le rôle potentiel des technologies émergentes, notamment l'intelligence artificielle, dans le renforcement de l'administration fiscale et l'amélioration du contrôle de la conformité. Les débats ont mis en évidence l'importance de mettre en place des cadres juridiques adaptés, d'assurer la protection des données et d'opter pour des approches spécifiques à chaque pays lors de l'adoption des technologies numériques.
Le séminaire est arrivé à une conclusion partagée : la numérisation de la TVA constitue un levier essentiel pour renforcer la mobilisation des ressources nationales en Afrique de l'Ouest. Pour y parvenir, les participants ont souligné l'importance d'adopter des approches progressives et adaptées au contexte, d'investir dans les infrastructures numériques, de renforcer les capacités et de favoriser la collaboration entre les acteurs publics et privés.