« Pour continuer à cultiver nous sommes obligés de nous adapter », dans le Sud-Ouest de la Côte d'Ivoire, des producteurs de cacao renforcent leur résilience par l'innovation climatique

16 Juin 2026
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African Development Bank (Abidjan)

Dans la région cacaoyère de Soubré, au Sud-Ouest de la Côte d'Ivoire, les plantations s'étendent à perte de vue. Derrière ce paysage, cependant, se cachait une inquiétude grandissante : des précipitations imprévisibles, des sols en constante dégradation et des rendements de plus en plus instables. Le changement climatique n'était donc plus une menace lointaine, mais une réalité quotidienne.

Pour faire face à cette situation, le projet de résilience du cacao du Mécanisme de financement de l'adaptation aide les producteurs à repenser leurs pratiques agricoles. Soutenu par le Groupe de la Banque africaine de développement, à travers un financement de 500 000 dollars américains du Fonds pour les changements climatiques en Afrique (FCCA), ce projet pilote, mis en oeuvre depuis 2024, bénéficie de l'appui technique du Centre de recherche forestière internationale et du Centre international de recherche en agroforesterie (CIFOR-ICRAF), en collaboration avec le gouvernement de la Côte d'Ivoire.

Dans les plantations de Soubré, les changements sont déjà visibles. Des arbres d'ombrage sont intégrés aux systèmes de production du cacao afin de réduire le stress thermique et de restaurer la fertilité des sols. Des techniques simples d'irrigation permettent aux producteurs de faire face à des périodes de sécheresse plus longues, tandis que la diversification des cultures réduit leur exposition aux risques climatiques et aux fluctuations du marché. Ces pratiques leur permettent de mieux gérer les risques tout en protégeant leur productivité et leurs revenus.

Les communautés au coeur de la transition

Au centre de cette transformation se trouvent les communautés locales, en particulier les femmes. Grâce à l'Association des femmes solidaires et dynamiques de Kragui, les productrices ont accès à des connaissances, des outils et à un accompagnement leur permettant d'adapter leurs pratiques agricoles.

« Nous avons appris à diversifier nos cultures et à mieux gérer nos exploitations. Cela nous aide à faire face au changement climatique et à sécuriser nos revenus », explique Gohou Assiata Bamba. Elle ajoute : « Nous comprenons désormais l'importance des arbres d'ombrage. Là où il n'y a pas d'arbres, le cacao ne survit pas, mais lorsqu'ils sont préservés, il prospère. Aujourd'hui, nous plantons davantage d'arbres, développons des pépinières et cultivons des cultures vivrières aux côtés du cacao, ce qui augmente nos revenus et renforce notre autonomie. »

En assumant un rôle croissant dans la production de cacao et dans la prise de décision, les femmes renforcent non seulement la résilience des ménages, mais aussi l'inclusion économique au sein de leurs communautés.

Mobiliser le financement climatique pour l'adaptation

Contrairement aux mécanismes traditionnels qui se concentrent principalement sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, cette approche reconnaît et valorise les efforts d'adaptation, des actions qui ont historiquement été difficiles à mesurer et à soutenir par le financement climatique.

« Les conditions climatiques deviennent de plus en plus difficiles et les pays producteurs de cacao en Afrique de l'Ouest font face à des défis similaires », explique Amani Kouassi, spécialiste du changement climatique au CIFOR-ICRAF. « Cette initiative s'inscrit dans une démarche plus large qui combine des solutions techniques, environnementales et sociales afin de rendre la production de cacao plus résiliente. Il est essentiel que ces solutions puissent être reproduites partout où le cacao est cultivé. »

Le Mécanisme de financement de l'adaptation constitue la première approche coopérative non-marchande enregistrée dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques pour soutenir l'adaptation au titre de l'Article 6.8 de l'Accord de Paris. Il traduit les actions de résilience climatique en bénéfices d'adaptation mesurables, rapportables et vérifiables, contribuant ainsi à attirer des investissements publics et privés.

Accroître le financement climatique et reproduire les impacts à grande échelle

Pour la Banque africaine de développement, cette initiative va bien au-delà d'un simple projet pilote. Elle représente une nouvelle manière de financer, structurer et déployer à grande échelle les actions d'adaptation à travers l'Afrique.

« Le financement de l'adaptation demeure largement insuffisant en Afrique », souligne Garrett Phillips, chef de division, chargé du financement de l'environnement et du climat à la Banque. « Ce projet démontre que les actions d'adaptation peuvent être structurées, mesurées et valorisées. »

Les premiers résultats sont encourageants. Les pratiques agricoles s'améliorent, les capacités des producteurs se renforcent et la résilience progresse au niveau des exploitations.

En 2025, le mécanisme a bénéficié d'une reconnaissance internationale grâce à sa présentation lors de grands événements et négociations climatiques mondiaux. Il est depuis devenu un instrument crédible de financement climatique, ouvrant la voie à un déploiement à grande échelle. La collaboration avec le Gouvernement de la Côte d'Ivoire et les institutions nationales, notamment les autorités de la filière cacao, contribue à créer les conditions favorables à de futurs investissements et à une adoption plus large.

L'ambition est désormais de passer à l'échelle. Ce qui est expérimenté aujourd'hui en Côte d'Ivoire pourrait devenir un modèle pour d'autres pays producteurs de cacao d'Afrique de l'Ouest, où l'agriculture demeure particulièrement vulnérable au changement climatique.

Construire l'avenir d'une agriculture résiliente au climat

Pour des producteurs comme Charles Yao Yao, l'un des plus de 400 petits producteurs de cacao directement soutenus par le projet, l'adaptation est un processus progressif mais indispensable.

« Nous comprenons que nous devons changer nos pratiques. Mais cela demande du temps, des ressources et un accompagnement continu », explique-t-il. « Si nous ne nous adaptons pas, nous ne pourrons plus continuer à cultiver comme nous le faisions auparavant », affirme Yao Yao.

À Soubré, les résultats du projet démontrent qu'il est non seulement possible de construire une agriculture résiliente au climat, mais que cette transformation est déjà en cours. En combinant des pratiques agricoles intelligentes face au climat, l'autonomisation des communautés et des mécanismes innovants de financement, le projet pose les bases d'une filière cacao plus résiliente.

Au-delà de la Côte d'Ivoire, cette initiative offre un modèle reproductible pour transformer l'agriculture à travers l'Afrique de l'Ouest, en reliant les actions locales aux engagements climatiques mondiaux et en ouvrant de nouvelles perspectives pour le financement de l'adaptation.

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