De Conakry à Cotonou, la tech et le mentorat révolutionnent l'agriculture des jeunes

19 Août 2026
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African Development Bank (Abidjan)

Beaucoup de jeunes Africains considèrent encore l'agriculture comme le travail harassant des générations précédentes, et non comme une voie porteuse d'avenir.

Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux à découvrir son potentiel commercial et professionnellement valorisant. Avec le bon mélange de compétences entrepreneuriales, d'outils numériques, de mentorat et d'accès au financement, ces jeunes bâtissent des agro-entreprises rentables. À la clé : créations d'agro-entreprises générant d'énormes profits, créant des emplois, consolidant les systèmes alimentaires et stimulant la croissance économique des pays.

Hassanatou Bah, une entrepreneure de 29 ans, originaire de Kindia, à 135 km de la capitale guinéenne, Conakry, a jeté son dévolu sur la production d'ananas. Il y a sept ans, alors que beaucoup de ses pairs cherchaient du travail, elle a lancé Jumelle Agri Business, une entreprise de production de jus d'ananas frais.

Pour autant, transformer une idée prometteuse en une entreprise durable s'est avéré une tâche bien plus ardue qu'elle ne l'avait imaginé.

Des difficultés opérationnelles et son manque d'expérience en gestion d'entreprise gardaient son activité dans l'ornière. Sa structure peinait à croître jusqu'à ce que Hassanatou Bah rejoigne le Projet pour accroître la résilience des micro, petites et moyennes entreprises. Ce projet, est financé à hauteur de 927 807 de dollars par le Groupe de la Banque africaine de développement, à travers le Fonds fiduciaire multidonateurs pour l'entrepreneuriat et l'innovation des jeunes.

Mis en oeuvre par Oze Inc., fournisseur d'outils numériques de gestion, et Dare to Innovate, spécialiste de la formation et du coaching en entrepreneuriat, le projet a soutenu de jeunes entrepreneurs en Guinée, au Bénin et au Ghana d'octobre 2023 à mars 2025.

« J'ai mis en place une stratégie de croissance, structuré mes activités, renforcé ma résilience et fixé des objectifs concrets en diversifiant les ventes sur les plateformes numériques pour élargir ma clientèle », se réjouit Hassanatou Bah, soulignant que le projet l'a aidée à améliorer sa façon de planifier, de gérer et de développer son entreprise.

La jeune entrepreneure a désormais quasiment triplé son chiffre d'affaires annuel, produisant jusqu'à 45 000 ananas, tout en diversifiant sa gamme grâce à la vente de fruits frais. Elle emploie désormais 17 personnes, dont cinq permanents. L'application mobile Oze qu'elle utilise lui permet d'assurer le suivi des activités commerciales, un atout majeur pour prendre des décisions plus éclairées tout en continuant à se déployer.

L'impact du projet est également visible au Bénin.

Lorsque de fortes pluies ont détruit le hangar, les récoltes et le bétail de Dramane Abou, ce jeune entrepreneur de 27 ans a craint pour la survie de son entreprise naissante.

« La formation m'a aidé à rebondir. J'ai obtenu un prêt et relancé mon entreprise avec une meilleure stratégie. Je cultive maintenant des céréales sur une parcelle de cinq hectares, je vends du bétail et j'augmente progressivement la productivité », détaille-t-il.

« Je veux (...) prouver aux autres jeunes que le succès et la création d'emplois sont possibles localement », souligne Dramane Abou. Aujourd'hui, il emploie treize personnes, dont neuf femmes et son chiffre d'affaires moyen atteint désormais 30 000 dollars par an.

Pour Meghan McCormick, cofondatrice et directrice générale d'Oze, combiner la tenue de dossiers numériques et le coaching en affaires permet aux entrepreneurs de mieux comprendre leur entreprise tout en donnant aux prêteurs la confiance nécessaire pour accorder des crédits.

« La tenue de registres numériques, combinée au coaching en affaires, permet de crédibiliser les entreprises, leur ouvrant l'accès à des prêts qui font croître leurs activités », précise-t-elle.

L'application Oze utilise les données pour aider les entrepreneurs à comprendre et à améliorer leur activité commerciale. Dare to Innovate a encadré et formé 4 500 entreprises en Guinée, au Ghana et au Bénin, dont la moitié dirigée par des femmes sur la gestion des flux de trésorerie, le marketing numérique et l'utilisation de l'application Oze.

Selon Djibril Souaré, coordinateur du projet et directeur pays pour Dare to Innovate en Guinée, les prêts à faible taux d'intérêt et sans garantis, remboursables sur six mois, permettent aux jeunes entrepreneurs de développer leur entreprise.

Martha Phiri, directrice du département du Capital humain, de la Jeunesse et du Développement des compétences à la Banque africaine de développement, a indiqué que le projet montre comment le soutien à l'entrepreneuriat, à l'innovation numérique et au financement peuvent aider les jeunes à bâtir des entreprises durables et rentables.

« Ce projet prouve que le mentorat et l'accès au financement permettent aux jeunes entrepreneurs de surmonter les obstacles initiaux. De telles interventions contribuent à formaliser les petites et moyennes entreprises, participant ainsi au développement économique », a-t-elle indiqué.

Ce projet fait partie des nombreuses initiatives du Groupe de la Banque africaine de développement visant à soutenir les jeunes entrepreneurs africains. Depuis 2017, le Fonds fiduciaire multidonateurs pour l'entreprenariat et l'innovation est un moteur clé pour les jeunes entrepreneurs. Il soutient la stratégie « Emplois pour la jeunesse en Afrique » de la Banque à travers des subventions catalyseurs, destinées à autonomiser les start-up dirigées par des jeunes ainsi que les micro, petites et moyennes entreprises opérant dans les secteurs formel et informel.

En aidant les jeunes entrepreneurs à transformer leur ambition en entreprises prospères, des initiatives comme celle-ci font avancer la vision des Quatre Points cardinaux de la Banque, en exploitant notamment la jeunesse africaine comme un dividende économique. Elles démontrent qu'investir stratégiquement dans la jeunesse permet de créer des emplois, de renforcer les économies locales et de construire une Afrique plus prospère et résiliente.

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