La huitième Conférence ministérielle de la Coopération économique Corée-Afrique (KOAFEC) s'est ouverte, mercredi 09 septembre 2026 à Séoul, portée par une ambition commune de mettre à profit l'intelligence artificielle (IA) et la révolution numérique pour accélérer la transformation du continent africain.
Placée sous le thème « Exploiter l'intelligence artificielle et les infrastructures numériques pour la transformation de l'Afrique », la conférence a réuni quelque 800 participants, dont des représentants de 45 pays africains parmi lesquels des ministres en charge des Finances et du développement des TIC.
L'édition 2026, qui s'est tenue du 8 au 11 septembre, marquait également le 20e anniversaire de la KOAFEC, lancée en 2006 afin de promouvoir un dialogue économique de haut niveau entre la Corée et l'Afrique et d'identifier des projets de développement concrets.
La Première ministre de la République de Corée, Han Seong-sook, a appelé, à l'ouverture de la conférence, l'Afrique et la Corée à faire de la révolution de l'intelligence artificielle une opportunité de prospérité partagée. Elle a souligné que l'Afrique, « continent le plus jeune et le plus dynamique du monde », disposait d'un immense potentiel grâce à ses marchés en plein essor, à ses ressources stratégiques et à la créativité de sa jeunesse.
Le vice-Premier ministre et ministre coréen des Finances et de l'Économie, Koo Yun-cheol, a présenté une nouvelle feuille de route axée sur trois priorités : le développement des infrastructures d'IA, le déploiement de solutions d'IA dans les secteurs productifs et le renforcement des compétences numériques. Au centre de cette stratégie, figure le « Korean Artificial Intelligence Package » (K-AI Package), un programme intégrant des centres de données, des infrastructures énergétiques, la connectivité numérique et des applications d'intelligence artificielle dans des secteurs tels que l'agriculture, la santé, l'énergie et les transports.
M. Yun-cheol a indiqué que la Corée accompagnerait les pays africains dans le développement de l'intelligence artificielle en fonction de leurs propres priorités et besoins.
Le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Dr Sidi Ould Tah, a, quant à lui, mis en exergue l'ampleur des opportunités offertes par l'IA pour le continent.
« L'intelligence artificielle pourrait contribuer à hauteur de 1 000 milliards de dollars au PIB africain à partir de 2035 à condition que les investissements adéquats soient réalisés », a-t-il déclaré.
Il a expliqué que le développement de l'IA reposait avant tout sur la construction d'un écosystème solide associant énergie fiable, connectivité abordable, infrastructures de données, compétences et cadres réglementaires adaptés.
« L'IA ne se développe pas sur la seule base des aspirations. Elle dépend d'un écosystème complet », a-t-il affirmé, rappelant que l'Afrique compte aujourd'hui pour moins de 2 % de la capacité mondiale des centres de données.
Le président Ould Tah a insisté sur la nécessité d'une appropriation africaine des technologies émergentes.
« L'Afrique ne doit pas simplement consommer des technologies importées, a-t-il estimé. Elle doit avoir la capacité de construire, gouverner, adapter et déployer ses propres solutions. »
Pour faire progresser l'avenir de l'IA en Afrique, Dr Sidi Ould Tah a appelé à des actions dans trois domaines prioritaires :
« Premièrement, nous devons bâtir les fondations essentielles ; deuxièmement, nous devons nous concentrer sur des applications pratiques à fort impact ; et troisièmement, nous devons encadrer l'innovation de manière responsable. »
La Corée s'engage sur des actions concrètes
Parmi les premières actions annoncées par la Corée, figurent la création d'un institut de formation aux technologies avancées en Tanzanie, destiné à former des spécialistes en intelligence artificielle, robotique et analyse de données, ainsi que le lancement du programme « K-AI Cloud Voucher », qui permettra aux start-up africaines d'accéder à des infrastructures cloud et à des technologies coréennes de pointe.
Après la cérémonie d'ouverture de la conférence, deux tables rondes ont donné l'occasion à des ministres coréens et africains d'exposer les politiques nationales sur le développement de l'intelligence artificielle, les priorités ainsi que les besoins en matière de financement ou de partenariats. Les ministres ont aussi souligné les potentialités offertes par l'Afrique en matière de développement de l'IA.
La Corée a ainsi présenté une vaste politique nationale assortie de plans, faisant d'elle un des pays pionniers dans le monde dans le domaine de l'intelligence artificielle.
De l'agriculture à la santé, de l'éducation à la formation en passant par le transport, l'utilisation de l'IA touche tous les secteurs, rendant ainsi indispensable son utilisation au quotidien par les populations.
Le pays d'Asie de l'Est entend apporter son expertise, des financements ainsi que le renforcement de capacités aux pays africains qui le souhaitent, dans une démarche non exclusive qui laisse ouverte la porte aux pays du continent qui coopèrent avec d'autres partenaires pour développer le secteur de l'intelligence artificielle.
« Le gouvernement coréen a décidé de soutenir les pays qui veulent développer l'IA selon leurs priorités », a assuré le vice-Premier ministre coréen.
La Corée a précisé avoir signé des accords avec plusieurs banques multilatérales de développement et certains pays africains, en vue d'investir dans le secteur de l'intelligence artificielle ou d'en soutenir le développement.
La plupart des pays africains présents à Séoul se sont réjouis de l'appui annoncé par les autorités coréennes, soulignant les défis persistants auxquels ils sont confrontés : manque d'infrastructures, de centre de données, d'électricité, entre autres.
« 80% des données en Afrique sont hébergées à l'étranger, et l'Afrique paie cher pour cela », a regretté la ministre déléguée des Finances, du Budget et de la Planification nationale de la Guinée équatoriale, Milagrosa Obono Angüe.
À l'issue de leurs travaux, les participants ont adopté une Déclaration conjointe ainsi qu'un Plan d'action. Ils y ont réaffirmé leur engagement à renforcer la coopération entre l'Afrique et la Corée dans l'industrialisation, l'éducation, la santé et l'agriculture grâce aux technologies numériques et à l'intelligence artificielle. Les partenaires africains et coréens ont fixé des objectifs clairs : transformer le dialogue politique en projets concrets, capables d'accélérer la croissance inclusive et durable du continent en exploitant les avantages comparatifs pour que l'Afrique devienne un continent « incontournable » en matière d'IA.
