Pour faire face à la crise liée à la Covid-19, il nous faut rehausser le taux de pénétration de l'assurance en Afrique

Dominique Diagou-Ehilé est Directrice Générale de NSIA Assurance
1 Décembre 2020
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35Nord (Paris)
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Les assurances en Afrique, et plus particulièrement dans la zone CIMA, font l’objet de nombreux amalgames qui génèrent trop souvent méfiance et mauvaise appréhension. Cette situation résulte d’une ignorance généralisée au sein de la population concernant le métier d’assureur, réduit quasi-systématiquement aux assurances des véhicules. Face au défi historique posé par la pandémie de Covid-19, il est désormais nécessaire de sensibiliser les populations et d’agir pour rehausser le niveau de pénétration de l’assurance en Afrique.

Comme aux origines du métier d’assurance, né de la nécessité de se protéger des périls de la mer au XVIIème siècle, un nouveau péril nous oblige aujourd’hui à repenser nos actions ainsi que notre métier.

Ainsi, face et suite à la crise mondiale liée à la Covid-19, qui a débuté en Chine en novembre 2019, les rivages africains ont finalement été atteints – même si la population fait montre d’une résistance surprenante pour le milieu scientifique. L’Afrique est moins durement touchée que les autres continents en termes de contaminations, avec moins de 4% de cas pour 17% de la population mondiale, contrairement aux prédictions très alarmistes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Néanmoins, les incidences de cette crise pour le continent seront surtout économiques et sociales. La Banque mondiale table sur une croissance beaucoup moins forte que celles des années précédentes et la plupart des économistes espèrent que le PIB connaitra une croissance d’au moins 2%, très loin des taux de croissance des années précédentes qui avoisinaient les 6-7%, voire plus pour certains pays.

Cette crise sanitaire inédite frappe de pleins fouets les échanges mondiaux, impactant ainsi structurellement l’économie – et les performances des compagnies d’assurances par voies de conséquences.  Ainsi le secteur de l’assurance africain doit faire face à un défi qu’il faut de manière responsable et opportunément relever.

Rappelons le fondement de l’assurance qui est d’offrir une garantie face aux risques assurables inhérents à toute activité, professionnelle comme individuelle. Cependant, contrairement aux activités commerciales courantes, les assurances nécessitent paiement avant services – ce qui exige un état de confiance entre assurés et les assureurs. Car, l’assureur promet en échange du paiement d’une prime ou d‘une cotisation une indemnisation en cas de survenance future du risque souscrit.

Par ailleurs, le principe même de l’assurance s’appuie sur la mutualisation des risques sur une large population assurée. Alors qu’environ 13% de la population vit sur le continent africain, le bilan au sujet de l’assurance est peu reluisant. Selon le baromètre 2018 de l’assurance en Afrique, le taux de pénétration demeure très faible, de l’ordre de 2% du PIB sur le continent (hors Afrique du sud et pays du Maghreb). Il importe de préciser que ce taux se réduit de moitié si on se limite à la zone CIMA, pour tomber à moins de 1%.

Les défis rencontrés par l’Afrique sont nombreux : en dehors des zones d’instabilité démocratique, notons un flux migratoire important vers l’Europe, une population toujours plus jeune et faiblement scolarisée, l’émergence d’une classe moyenne qui aspire à la consommation des biens et services toujours plus nombreux et accessibles, la paupérisation d’une importante partie de la population du continent à contrario, un développement économique à géométrie variable sur le continent (en 2019, selon la Banque mondiale, le produit intérieur brut (PIB) par habitant en Côte d’Ivoire était par exemple de 5 455 dollars (courants), et de 3 535 au Sénégal, quand il est mesuré à 7 826 au Maroc. La majorité de la population recherche quotidiennement les moyens de sa subsistance tandis que les entreprises, grandes ou petites, ne sont pas toutes logées à la même enseigne, subissant trop souvent de nombreuses pressions fiscales, entament à leur développement et leurs investissements.

Face à la Covid-19, les économies africaines ont toutes marqué le pas et voient un pan de leur économie, pour la grande part informelle, s’amenuiser, avec la faillite de nombreuses entreprises. C’est dans ce contexte, où se trouve émiettée, voire désarticulée la confiance, que les assureurs doivent se réinventer pour faire croitre le taux de pénétration, déjà si faible, voire insignifiant.

Plusieurs axes se profilent pour faciliter la consommation de produits d’assurances par les populations et les entreprises. Avant toute chose, il est fondamental que se construise un tissu économique solide, capable de générer des emplois mieux rémunérés. Les États doivent développer leurs économies afin d’accroitre le niveau de vie des populations. Un meilleur niveau de vie peut aussi induire une meilleure connaissance des produits d’assurance proposés et donc un meilleur accueil. Cette connaissance passe également par une sensibilisation continue et une éducation générale notamment en rehaussant les taux de scolarisation ; l’assurance étant pour l’instant vu comme un produit de luxe ou une obligation (cas de l’assurance automobile en zone CIMA).

Pour faciliter l’émergence de compagnies d’assurance, les États ont choisi d’appliquer une règlementation régionale harmonisée (la zone CIMA). Il importe toutefois que l’autorité de régulation accompagne les assureurs dans l’application de ladite réglementation (clause de marché en santé, article 13, etc.). De plus, il appartient aux assureurs de proposer des solutions adaptées aux besoins et attentes réelles des populations, innovantes et accessibles, tout en facilitant le parcours des assurés par l’intensification de la digitalisation. Ce dernier chapitre exige là aussi que les gouvernements investissent efficacement en infrastructures pour éviter que les difficultés de connexions récurrentes ne viennent davantage éroder le champ de confiance à consolider avec les assurés.

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