À moins de 60 kilomètres de la côte orientale de Madagascar, Noéline et sa famille vivent à Ankarimbary, un petit village situé au sommet d'une colline verdoyante. Elles n'ont pas été épargnées par le cyclone Freddy en 2023 : « Nous avons eu très peur, nos cases ont été détruites, toutes nos affaires étaient sens dessus dessous et les rizières sont devenus inexploitables. Nous avons perdu tous nos outils de travail », se remémore avec douleur la jeune mère.
Sans outil de travail, sans toit et sans ressources, Noéline et sa famille ont vu leur avenir assombri par les nuages de la tempête tropicale.
Freddy, qui a succédé à un autre cyclone, Batsirai, un an plus tôt, a plongé près de 150 000 personnes dans la précarité. À cela s'ajoute une sécheresse chronique qui frappe le sud de la Grande Île depuis 2009. Du fait du changement climatique, ces phénomènes météorologiques ont tendance à s'intensifier et à se multiplier.
Une telle récurrence d'une telle gravité interpelle depuis de nombreuses années. La Banque africaine de développement, qui a célébré, en 2024, son 60e anniversaire, a su mettre sur pied des dispositifs de réponse d'urgence, sans toutefois perdre de vue que, face aux aléas climatiques, l'amélioration globale des conditions de vie des Malgaches demeurait le pilier de leur résilience.
En 2019, la Banque a lancé le Programme de financement des risques de catastrophes en Afrique (ADRiFi, pour « African Disaster Risk Financing » en anglais). Avec un financement de 20,75 millions de dollars américains, l'institution a donné au programme les moyens d'atteindre ses objectifs : renforcer la résilience et la réponse aux chocs climatiques en améliorant la gestion des risques de catastrophes climatiques.
« Le programme s'appuie sur cinq composantes qui touchent directement les populations locales. Il s'agit de la construction d'abris communautaires pour mieux se préparer au passage des futurs cyclones, l'acquisition de stations météorologiques pour améliorer les données climatiques, la reconstruction d'une centaine de salles de classe, la construction de magasins de stockage au sud du pays pour les sécheresses ainsi que, et c'est la plus importante, le paiement des primes d'assurance par l'African Risk Capacity », énumère Elisaha Rakotoseheno, directeur de la promotion de la résilience auprès de la cellule de prévention et d'appui à la gestion des urgences et responsable au sein d'ADRiFi.
L'African Risk Capacity (ARC) est une mutuelle panafricaine de gestion des risques encadrée par l'Union africaine. Créée en 2012, elle vise à aider les gouvernements africains à améliorer leurs capacités à mieux planifier, préparer et répondre aux événements météorologiques extrêmes. Elle intègre un mécanisme de financement qui s'apparente à celui d'une assurance et permet aux pays d'obtenir rapidement, sous la forme d'indemnités d'assurance, les ressources nécessaires pour, à la fois, apporter les premières aides d'urgence et permettre une reconstruction durable face aux aléas climatiques.
Les acquis de l'ADRiFi
Depuis 2019, une partie du financement de la Banque africaine de développement en faveur de l'ADRiFi est consacrée à la souscription de l'État malgache à l'ARC. Compte tenu de la fréquence et de la violence des aléas climatiques qui touchent l'île, l'assurance a été presqu'immédiatement mise à contribution : en cinq ans, déjà 15 millions de dollars ont été versés à Madagascar.
Ces indemnisations ont permis aux opérateurs, de mener des actions concrètes et durables comme la reconstruction de cases traditionnelles. « Elles sont construites sur la base d'un guide de construction de cases plus résistantes. Notre objectif, c'est d'apporter des innovations techniques pour nous assurer que les futures cases résistent mieux au passage des aléas climatiques », explique Elisha Rakotoseheno. Parmi ces innovations figurent la pose de toits plus résistants fermement harnachés, la construction sur des pilotis traités contre les insectes xylophages et l'humidité ou l'utilisation de matériaux plus solides. Au total, plus de 400 cases ont permis aux réfugiés climatiques de retrouver une habitation digne.
Dans les districts de Bekily et Amboasary au sud du pays, deux magasins de stockage ont été construits pour servir de grenier communautaire pour la population locale afin de faciliter la mise à disposition des semences lors des sécheresses.
Grâce à l'ADRiFi, une centaine de salles de classe dans 50 établissements ont être reconstruites. Le cyclone Freddy avait laissé sans école près de 28 000 élèves, faute d'avoir des bâtiments en état de les accueillir.
À Ankarimbary, Hortensia, 13 ans, la fille de Noéline, a retrouvé le chemin de l'école : « Aujourd'hui, nos vies sont devenues meilleures. Je peux désormais emmener ma petite fille à l'école. Elle peut y construire son avenir. C'est ça qui me rend fière », se réjouit-elle. Pour Noéline, comme pour beaucoup d'autres, les actions issues d'ADRiFi ont fait renaître l'espoir.
Ainsi, à travers le mécanisme d'assurance ARC, Madagascar a désormais, entre ses mains, les outils financiers et opérationnels pour faire face aux sécheresses et aux cyclones tropicaux.
L'expertise décisive du PAM
Cependant, le soutien de la Banque africaine de développement aux populations malgaches sujettes aux aléas climatiques ne s'arrête pas là. Dans un contexte d'urgence nécessitant une réponse précise et adaptée, la Banque a soutenu financièrement le Programme alimentaire mondial (PAM) pour apporter l'aide d'urgence aux populations. Au total, 3,1 millions de dollars ont été débloqués pour faciliter l'achat et la distribution de trois millions de tonnes de riz, de légumineuses et d'huiles destinées à près de 450 000 personnes. « Dans les semaines qui ont suivi Batsirai et Freddy, la vie de la population était vraiment très dure, surtout en termes d'accès à la nourriture et à l'eau potable. Il a fallu une intervention extérieure et si la Banque africaine de développement n'avait pas débloqué des fonds, la situation aurait été catastrophique. Cet argent a permis de sauver des vies », témoigne Rajaonarivelo Andriamiadana, responsable de programme au PAM.
La Banque a permis au PAM non seulement d'agir dans l'urgence mais aussi de poursuivre son travail de construction de la résilience alimentaire dans un pays où près d'un tiers de la population est sous-alimentée.
« Nous sommes fiers de pouvoir apporter notre aide à la population. Mais nous sommes tous conscients aussi qu'il reste beaucoup à faire. Nous devons nous donner la main pour le renforcement de la résilience de la communauté et du pays », conclut Elisaha Rakotoseheno.