Les Assemblées annuelles 2025 du Groupe de la Banque africaine de développement ont été l'occasion d'évaluer son partenariat avec l'Italie dans le cadre du Plan Mattei, qui vise à stimuler le commerce et le développement économique à travers le continent.
Lors d'une table ronde qui s'est tenue mardi 27 mai à Abidjan, des représentants du secteur privé, du gouvernement italien et de la Banque ont discuté de la manière dont le Plan Mattei pour l'Afrique - une initiative audacieuse de l'Italie visant à renforcer les partenariats économiques et stratégiques avec les pays et les institutions africains - fonctionne jusqu'à présent. L'Italie a déclaré que le Groupe de la Banque serait son principal partenaire financier stratégique pour la mise en oeuvre du Plan.
À l'ouverture de la session, Gauthier Boulard, directeur et conseiller spécial du président Adesina, a souligné que ce partenariat marquait une évolution stratégique, passant d'une approche d'aide à une approche de partenariat.
Le Mécanisme de financement du processus de Rome/Plan Mattei (RPFF), un fonds spécial multi-donateurs, est destiné à cofinancer des projets souverains et avec garantie d'État de la Banque africaine de développement dans les domaines de l'agro-industrie, de l'énergie, de l'environnement et de l'industrialisation, entre autres, afin de transformer les économies et de contribuer à s'attaquer aux causes profondes des migrations.
« Il s'agit là d'une véritable évolution, passant de l'aide traditionnelle à des investissements communs dans des secteurs stratégiques générateurs d'emplois (...) et qui permettront de lutter contre les migrations », a déclaré M. Boulard.
Daniel Schroth, directeur du Département des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique de la Banque, était accompagné, lors de la table ronde, par Ludovic Ngatse, ministre de l'Économie et de la Planification de la République du Congo, Victor Hugo Guilherme, ministre de l'Économie et de la Planification de l'Angola, Giulio Dal Magro, responsable du financement du développement à CDP, Lorenzo Ortona, coordinateur adjoint de la structure de mission du Plan Mattei, Domenico Fanizza, administrateur de la Banque pour l'Italie, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, et Francesca Utili, gouverneure suppléante pour l'Italie.
MM. Ngatse et Guilherme ont présenté des exemples de projets déjà mis en oeuvre dans leurs pays respectifs qui offrent des opportunités de croissance et de diversification de leurs économies, comme le corridor de Lobito en Angola.
« L'Angola considère l'initiative du Plan Mattei comme une opportunité concrète d'accélérer notre développement social et économique dans le cadre d'un partenariat mutuel », a affirmé M. Guilherme, ajoutant que le projet contribuerait à réduire la dépendance vis-à-vis du pétrole comme principale source de revenus et à créer des emplois pour les jeunes. L'Angola cherche également à accroître sa production agricole afin de promouvoir la création d'emplois et la sécurité alimentaire, a précisé M. Guilherme.
Une fois achevé, le corridor de Lobito élargira un espace économique reliant les pays hôtes aux marchés mondiaux afin de stimuler le commerce et la croissance sur le plan régional et de faire progresser la vision commune d'un réseau ferroviaire connecté et ouvert de l'océan Atlantique à l'océan Indien.
M. Ngatse a indiqué que le Congo, l'un des premiers pays africains à bénéficier du Plan, a fait de l'agriculture le principal axe de sa stratégie de développement pour 2022-2026. Le Congo considère ce plan comme un moyen de réduire sa dépendance vis-à-vis des importations alimentaires et de garantir la sécurité alimentaire, selon lui, en plus de renforcer les transports et l'accès à l'énergie.
« Nous avons besoin d'investissements massifs pour que cette stratégie soit mise en oeuvre », a ajouté M. Ngatse.
M. Ortona a révélé que le Plan Mattei, qui s'est élargi pour inclure d'autres partenaires tels que les Émirats arabes unis et le Global Gateway de l'Union européenne, figure en tête de l'agenda de la présidente du Conseil des ministres d'Italie, Giorgia Meloni.
Pour M. Ortona, l'eau, l'agriculture, l'électrification et l'énergie représentent une opportunité clé pour apporter les meilleures technologies du secteur privé afin de mettre en adéquation les besoins de développement de l'Angola et du Congo avec l'approche italienne.
La vision du Plan Mattei se veut transversale : « Il ne s'agit pas seulement de coopérer, mais aussi d'adopter une approche complètement différente de l'aide traditionnelle. L'idée part du principe que l'Europe et l'Italie n'ont pas d'avenir sans un partenariat avec l'Afrique, et vice versa. Il s'agit d'une relation mutuellement bénéfique. Nous sommes ici pour faire des affaires. Nous voulons grandir ensemble », a déclaré M. Fanizza.
La Banque africaine de développement examine également le Plan Mattei comme modèle permettant de tirer parti des partenariats bilatéraux et multilatéraux, en accordant la priorité au secteur privé.
« Nous souhaitons notamment explorer le dérisquage des investissements », a déclaré M. Fanizza.
L'Italie examinera de nouveaux partenariats et cofinancera des projets avec la Banque dans les domaines des infrastructures, du financement climatique, ainsi que dans d'autres secteurs, notamment la préparation de projets et le secteur privé.
« Je pense que la collaboration entre les deux institutions a un bel avenir », a conclu M. Dal Magro.