Pour de nombreuses personnes en situation de handicap au Rwanda, l'accès aux technologies d'assistance peut faire toute la différence entre la dépendance et l'autonomie, entre l'isolement et les opportunités. Derrière ces interventions qui changent des vies, une génération montante de professionnels de santé qualifiés se consacre à aider les personnes à retrouver leur mobilité, leur dignité et leur confiance en elles.
Jackline Mupenzi Gatsinzi, dont la carrière a été façonnée par son engagement à améliorer la vie des personnes en situation de handicap, est l'une d'entre elles.
En 2014, elle s'est inscrite à l'université du Rwanda pour obtenir un diplôme supérieur de prothésiste et d'orthésiste, animée par la volonté d'aider les personnes à surmonter leurs limites physiques grâce aux technologies d'assistance. Cette opportunité lui a été offerte par le Centre régional d'excellence en génie biomédical et en cybersanté (CEBE), soutenu par la Banque africaine de développement, ce qui lui a permis de passer d'une licence à un master. Cette expérience a renforcé les compétences techniques de Mme Gatsinzi, élargi son expertise et amélioré sa capacité à venir en aide à ceux qui dépendent des technologies d'assistance.
Après avoir obtenu son diplôme en 2017, elle a rejoint l'université du Rwanda en tant que formatrice clinique au sein du département de prothèses et d'orthèses, où elle a contribué à la fois à la prestation de services de rééducation et à la formation des futurs spécialistes.
« Cette opportunité a fait bien plus que d'enrichir ma formation ; elle a également élargi mon expertise, affiné mes compétences et renforcé mon engagement en faveur de l'autonomisation des personnes en situation de handicap, explique-t-elle. Je dispose désormais des outils nécessaires pour produire un impact plus grand, améliorer la vie des gens et contribuer à la santé et au bien-être de nos communautés. »
En travaillant avec les patients, Mme Gatsinzi a constaté de visu comment l'accès à des prothèses et orthèses bien conçues pouvait transformer des vies. Des personnes qui avaient perdu leur mobilité ont retrouvé leur autonomie. Des enfants ont pu aller à l'école plus facilement. Des adultes ont repris le travail et réintégré la vie communautaire. Elle a néanmoins reconnu la nécessité de disposer d'un plus grand nombre d'experts pour répondre à la demande croissante de services de rééducation de qualité.
Aujourd'hui, elle exerce en tant que prothésiste-orthésiste certifiée, assistante professeure et chef de département à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'université du Rwanda. Elle propose des solutions qui améliorent la mobilité et la fonctionnalité des personnes en situation de handicap, tout en encadrant et en formant la prochaine génération de spécialistes. Grâce à son travail, l'impact s'étend bien au-delà des patients individuels, touchant les familles, les communautés et les futurs professionnels de santé.
Son histoire reflète une transformation plus vaste qui est en cours dans le secteur de la santé au Rwanda. Grâce à des formations de pointe et au développement des compétences, le projet CEBE a contribué à former près de 200 diplômés hautement qualifiés en génie biomédical, en cybersanté et dans des domaines connexes ; plus de 400 professionnels de santé ont en outre bénéficié d'une formation pratique en gestion des équipements médicaux et en systèmes de santé numériques. Ces professionnels aident les hôpitaux et les établissements de santé à assurer la maintenance des équipements médicaux essentiels, à améliorer la prestation de services et à garantir que les patients reçoivent des soins de qualité en temps opportun.
Selon Peter Malinga, économiste social principal au bureau-pays du Groupe de la Banque au Rwanda et chef de projet CEBE, l'impact du projet va au-delà de la simple formation des individus :
« Le CEBE contribue à former une nouvelle génération d'ingénieurs biomédicaux et de professionnels de la santé numérique hautement qualifiés, qui améliorent la prestation des soins de santé au Rwanda et dans la région. Plus important encore, il crée des solutions à long terme qui amélioreront la qualité des services de santé pour les communautés. »
Pour Jackline Gatsinzi, ce projet représente bien plus qu'une simple évolution professionnelle. Il constitue un investissement dans les personnes, tant celles qui reçoivent des soins que celles qui s'engagent à les prodiguer.
« Grâce à des projets tels que le Centre d'excellence, la Banque africaine de développement forme une génération de professionnels prêts à relever les défis de notre continent avec innovation, compassion et résilience », affirme-t-elle.