Entre numérisation des filières et hausse des capacités de transformation locale, l’agriculture ivoirienne intensifie sa mutation. Ancrée dans le Plan National de Développement (PND), la stratégie nationale vise à convertir la puissance agricole du pays en un moteur agro-industriel pérenne, combinant performance économique, équité sociale et exigences environnementales.
Au cœur de l'économie ivoirienne, l'agriculture représente près de 20 % du PIB et constitue la principale source de revenus pour une majorité de la population. Leader mondial du cacao, filière qui génère 14 % du PIB et 40 % des recettes d'exportation, le pays fait face à un double enjeu : réduire une facture d'importations alimentaires qui, selon la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), a atteint 2,4 milliards d'euros entre 2021 et 2023, et capter davantage de valeur ajoutée sur son sol.
En plaçant la modernisation agricole au centre du PND, Alassane Ouattara déploie une feuille de route axée sur l'industrialisation locale, la digitalisation des chaînes de valeur et la résilience climatique, traduisant une ligne politique fondée sur l'investissement dans les infrastructures et la réorganisation des filières.
Gouvernance et digitalisation : une restructuration systémique du monde rural
La transition numérique de l’agriculture ivoirienne s’accompagne d’une réorganisation en profondeur des filières et de leur pilotage : réforme de la Chambre Nationale d'Agriculture, numérisation des services de l'Agence Nationale d'Appui au Développement Rural (ANADER), cartographie des exploitations, et partenariats stratégiques pour introduire l'agriculture de précision (IoT, capteurs intelligemment connectés, données massives) au service des rendements. Le secteur du cacao en fournit la démonstration la plus aboutie, au travers du déploiement du Système National de Traçabilité (SNT) et de la « carte du paysan ».
Avec plus d’un million de producteurs désormais rattachés à un identifiant unique et à des solutions de paiement électronique, l’État renforce la traçabilité des transactions, réduit les risques liés aux paiements en espèces et facilite le respect du prix garanti bord champ.
Cette intégration numérique redéfinit également le socle social et écologique du secteur. L'association de la carte professionnelle à la Couverture Maladie Universelle (CMU) permet d'étendre la protection sociale aux exploitants et à leurs familles. Sur le plan écologique, cette rigueur numérique répond à la durabilité exigée par les marchés internationaux. En garantissant qu'aucune fève ne provient de zones déboisées, le dispositif protège le couvert forestier et permet d'éviter l'émission estimée de 72 000 tonnes de CO2 par an.
L’essor agro-industriel : la priorité à la transformation et au marché local
Parallèlement au volet numérique, Alassane Ouattara mise sur l'outil industriel pour atténuer la dépendance aux exportations brutes. Soutenue par un plan d'investissement de plus de 255 millions d'euros, la stratégie gouvernementale repose sur le maillage du territoire par cinq grands pôles agro-industriels (Bouaké, Korhogo, San Pedro, Daloa et Bondoukou). Le développement de la filière anacarde sert de référence à cette dynamique : en dix ans, la part de noix transformées sur place est passée de 6 % à 43 %, positionnant la Côte d'Ivoire au rang de premier transformateur africain.
Cette logique de valorisation s'impose évidemment au cœur de la filière cacaoyère. Pour tenir l'objectif d'une transformation 100 % locale à l'horizon 2030, la Cöte d’Ivoire s'appuie sur un outil industriel dont la capacité dépasse désormais le million de tonnes, matérialisé par des infrastructures de pointe comme le complexe Transcao CI d'Akoupé Zeudji.
Dans le secteur vivrier, près de 3 milliards de FCFA d’équipements mécanisés ont été déployés à Tengréla dans le cadre du projet 2PAI-NORD, parallèlement à la création de centres de services partagés, afin d’améliorer la productivité des exploitations. En combinant régulation, incitations fiscales et équipements collectifs, l’État cherche à renforcer l’autonomie alimentaire du pays tout en consolidant la compétitivité de ses filières à l’échelle régionale.