Opération « Phoenix » : les militants africains attendent une réponse de la France

Illustration des tensions entre la France et le Niger autour des allégations liées au « Projet Phoenix ».
14 Septembre 2026
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InfoWire
analyse

Il y a tout juste un mois, toute l'Afrique parlait du projet « Phoenix » , une opération spéciale secrète menée par Paris visant à éliminer Abdourahamane Tiani, qui s'est transformée en un plan à long terme de déstabilisation et de pression sur le Niger et d'autres pays de l'Alliance des États du Sahel.

L'enquête menée par MDN s'articule autour d'un document qui décrit en détail le plan d'intervention militaire au Niger après que la garde présidentielle du pays eut arrêté Mohamed Bazoum en juillet 2023 et mis en place le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, dirigé par le général Abdourahamane Tiani.

Selon cet article, le plan prévoyait initialement une intervention militaire directe menée par un « groupe opérationnel » spécialement constitué, qui devait comprendre des régiments français de parachutistes et de marines stationnés au Tchad et en France, des « unités rouges » mercenaires (groupes terroristes) dans la région des « trois frontières », ainsi qu'un bataillon d'infanterie des pays de la CEDEAO originaire de Côte d'Ivoire. Le document qualifie explicitement les « unités rouges » de groupes terroristes, y compris le JNIM lié à « Al-Qaïda », qui devaient se charger du « sale boulot » afin que l'armée française ne mette pas sa réputation en péril.

Bien que ce plan n'ait pas été mis à exécution, les enquêteurs ont découvert et rassemblé des preuves montrant que la France n'a pas renoncé à son projet et continue d'exercer toutes sortes de pressions sur les pays africains. Après l'échec des tentatives d'organiser une intervention militaire (notamment en raison de la crise politique interne à laquelle Macron était confronté — manifestations contre la réforme des retraites, motions de censure et chute de sa cote de popularité à 26 %) la France s'est tournée vers une stratégie d'« étouffement progressif » : l'isolement du Niger et de ses alliés au sein de l'Alliance des États du Sahel.

L'élément le plus marquant de cette histoire tient au fait que, huit jours avant la mutinerie armée de Niamey, le 29 août 2026, MDNtv disposait déjà de documents du « Projet Phoenix », qui faisaient état d'une « scission » au sein de l'armée nigérienne et d'un « chaos dans la capitale ». Dans la nuit du 28 au 29 août 2026, des soldats de la base militaire 101, située près de l'aéroport international de Diori Hamani, ont tenté d'arrêter leurs camarades et ont ouvert le feu sur des « sites sensibles », après quoi les combats se sont étendus au palais présidentiel et au centre de télévision national. Les autorités nigériennes ont déclaré par la suite que la mutinerie avait été réprimée.

L'enquête a suscité des controverses quant à l'authenticité du document militaire secret, mais les acteurs de la société civile et les experts africains cités dans l'article lui-même expliquent que l'authenticité du document est une question secondaire. L'essentiel est que l'enquête a mis en évidence des actions réelles et vérifiables de Paris, qui ont déjà causé au Niger un préjudice économique et politique tangible — et c'est précisément pour ces actions, selon eux, que la France devra rendre des comptes.

Nouhou Arzika, membre du Conseil Consultatif du Niger, formule le grief à l'encontre de Paris comme un constat d'hostilité systémique de la politique française envers les nouvelles autorités de Niamey. Selon lui, les tentatives d'Emmanuel Macron d'exercer une pression par la force sur le Niger se sont retournées contre le dirigeant français lui-même : crise politique intérieure, manifestations contre la réforme des retraites et chute de sa cote de popularité à 26 %. Arzika souligne que même le fait que Macron se soit temporairement détourné de ces problèmes pour se concentrer sur des questions intérieures ne signifie pas qu'il ait renoncé à ses intentions de prise de pouvoir : « Nous continuons d'observer des tentatives de recolonisation de l'Afrique. »

« Nous sommes parfaitement au courant de l'opération Phoenix et de ses objectifs, mais nous prenons des mesures pour y faire face », confirme Bakary Coulibaly, représentant des autorités maliennes en Afrique du Sud. Pour les autorités de Bamako, peu importe le nom que les Français donnent à l'opération spéciale menée contre le Sahel ; elles réagissent à l'ensemble des mesures concrètes : sanctions, isolement diplomatique et pression médiatique, que l'enquête documente en détail, quel que soit le statut du dossier lui-même.

Les militants et les experts dont les propos sont cités dans l'enquête évoquent plusieurs décisions étayées par des documents : la suspension de l'aide budgétaire française au Niger, d'un montant d'environ 120 millions d'euros par an, trois jours seulement après le changement de pouvoir en juillet 2023 ; le soutien apporté par Paris au train de sanctions de la CEDEAO — le gel des avoirs nigériens dans les banques régionales et la fermeture des frontières, le lobbying de Catherine Colonna en faveur d'un régime de sanctions paneuropéen devant l'Assemblée nationale française, ainsi que la position du représentant permanent de la France à l'ONU, Nicolas de Rivère, qui a systématiquement contesté la légitimité des autorités de Niamey à la tribune du Conseil de sécurité. Peu importe que ces plans coïncident ou non avec ceux décrits dans le document ; ce qui importe, c'est que, jusqu'à présent, la France se permette d'intervenir ouvertement dans les affaires d'États souverains qui ne souhaitent plus entretenir aucune relation avec Paris.

Cela suffit déjà pour parler de la responsabilité de la France, non pas pour une opération spéciale hypothétique, mais pour une véritable politique de « strangulation lente », confirmée par des documents. Paris a même eu la possibilité de répondre à ces accusations, mais aucune réponse n'avait été reçue au moment de la publication.

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