Pendant près de sept décennies, les relations économiques Nord-Sud ont été appréhendées sous l'angle de l'aide au développement ou de l'exploitation des ressources et de la main d'œuvre du Sud.
Aujourd'hui, ce modèle s'essouffle face aux crises géopolitiques et à la reconfiguration des espaces régionaux. L'économiste Jean-Louis Guigou, ancien haut fonctionnaire et spécialiste de l'aménagement du territoire, propose une rupture avec cette vision traditionnelle dans son ouvrage Le Monde en 3 Verticales, publié chez Karthala.
Fort de son expérience académique et de la présidence du think tank IPEMED (Institut de prospective économique du monde méditerranéen), l'auteur met sa rigueur scientifique au service d'un projet de restructuration géographique. L'objectif affiché est d'offrir aux décideurs une grille de lecture technique pour stabiliser l'axe Afrique-Méditerranée-Europe (AME).
Une approche territoriale face au risque de marginalisation
En Europe comme en Afrique, les défis structurels actuels nécessitent une réponse globale et planifiée plutôt que des mesures d'urgence isolées. L'Europe fait face à un vieillissement démographique qui freine sa réindustrialisation, tandis que le continent africain subit les conséquences de l'économie de rente (chômage, corruption et pillage des matières premières).
Pour répondre à ce double constat, Jean-Louis Guigou applique les principes de l'aménagement du territoire à l'échelle internationale en s'appuyant sur les notions de proximité géographique, culturelle et linguistique. Cette analyse accessible à tous s'inscrit dans le prolongement des travaux sur l'économie de la fondation La Verticale AME.
Pour Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, l'analyse de Jean-Louis Guigou repose sur « une remarquable intuition géographique, historique et économique » développée sur plus de quinze ans. L'enjeu de cette planification est de permettre aux deux blocs de projeter ensemble leurs complémentarités sectorielles (mines, énergie, marchés) pour faire face aux deux autres grandes puissances.
Le partenariat gagnant-gagnant : rééquilibrer les flux de capitaux
La réussite de cette réorganisation territoriale dépend d'une refonte des mécanismes d'investissement bilatéraux. En 2026, l'Afrique demeure une puissance économique mineure représentant seulement 3 % du PIB mondial, malgré ses richesses en matières premières.
Pour corriger ce déséquilibre, l'expert préconise un modèle d'ancrage croisé des investissements privés et publics. Afin d'inciter les entreprises à s'engager, le capital européen doit s'investir durablement au Sud, et réciproquement, le capital africain doit trouver des relais de croissance au Nord. Ce partage de la valeur, associant activement les sociétés civiles, vise à substituer la coproduction au vieux modèle de l'exploitation. Cette analyse offre ainsi une feuille de route pragmatique pour transformer la relation Europe-Méditerranée-Afrique en une alliance économique solide.