L'accès aux smartphones, levier décisif pour l'économie numérique selon la GSMA

Un malgache devant un ordinateur
17 Octobre 2026
Contenu d'un Partenaire Premium
InfoWire

Présenté ce vendredi 16 octobre à Antananarivo, le nouveau rapport de la GSMA démontre que la véritable fracture numérique à Madagascar se situe désormais au niveau de l'équipement des ménages. Alors que les infrastructures déployées couvrent 81 % de la population en 3G ou 4G, seuls 15 % des citoyens utilisent effectivement l'internet mobile. Pour transformer ce potentiel en croissance, les investissements privés doivent être accompagnés de réformes fiscales ciblées, indispensables pour démocratiser l'accès aux terminaux et stimuler l'économie nationale.

Selon l'étude consacrée à la Grande Île par la GSMA et Through Line Advisors, le marché malgache a enregistré un essor soutenu de ses infrastructures, totalisant 22,5 millions de connexions mobiles fin 2025. Si la couverture réseau atteint 81 % à l'échelle nationale, et culmine à 88,5 % en 4G sur les infrastructures de l'opérateur Yas, le taux d'adoption de l'internet mobile plafonne à 14,3 % en 2025 et n'excède pas 15 % en 2026. Cet écart d'usage, qui laisse 66 % de la population en marge du haut débit, souligne l'importance d'atténuer les barrières financières pour faciliter l'accès aux services essentiels que sont l'état civil dématérialisé, la finance mobile et l'information agricole.

Le coût des smartphones, principal obstacle financier

Sur le front des tarifs de connectivité, le secteur a déjà franchi un palier significatif. Entre décembre 2025 et février 2026, les concertations avec le gouvernement de transition ont conduit les opérateurs de la place à réajuster le prix de la data. Yas, Orange et Airtel ont abaissé de 75 % à 78 % le prix par gigaoctet de leurs forfaits d'entrée de gamme à 1 000 MGA, tout en augmentant les volumes sur les formules hebdomadaires, plaçant le tarif moyen du gigaoctet chez Yas autour de 1 750 MGA (0,41 USD).

Mais cet effort tarifaire se heurte au coût d'acquisition des terminaux. Un smartphone d'entrée de gamme coûte entre 50 et 100 dollars américains (environ 210 000 à 420 000 MGA), ce qui représente plus d'un mois de revenu pour 80 % des ménages et jusqu'à 69 % du revenu mensuel pour les 40 % les plus modestes.

Ce niveau de prix résulte en grande partie de l’empilement des prélèvements : 20 % de droits de douane, 20 % de TVA, 6 % de redevance au titre du droit d'auteur perçue par l'OMDA et 1 % de prélèvement de régulation. Selon le rapport, cette fiscalité représente environ 35 % du prix de vente d’un smartphone au détail et majore d'environ 44 % la valeur importée de base. Cette charge favorise le développement d'un marché informel par lequel transiteraient près de 80 % des terminaux vendus dans le pays, limitant les rentrées fiscales de l'État et introduisant de nombreux appareils dépourvus de garantie ou d'homologation.

Face à cette équation, les opérateurs développent des mécanismes d'inclusion. Airtel commercialise son modèle 4G Smarta pour proposer une passerelle abordable vers les services connectés, tandis que Yas facilite l'acquisition de modèles comme le ZTE A36 via des facilités de paiement quotidien de 1 200 MGA sur 12 mois adossées à son service financier MVola. En parallèle, les solutions d'argent mobile d'Orange Money et d'Airtel Money facilitent le fractionnement des dépenses.

La GSMA rappelle néanmoins qu'une exonération fiscale ciblée sur les téléphones d'entrée de gamme, coordonnée avec les mécanismes d'aide comme le projet DECIM de la Banque mondiale, demeure un levier déterminant pour orienter ce marché vers les circuits formels et homologués.

Viabiliser l'infrastructure rurale grâce au couplage avec l'énergie

L'extension des réseaux dans les zones isolées se heurte à une contrainte physique majeure : l'accès à l'électricité. En milieu rural, où réside 67 % de la population, le taux d'électrification n'est que de 15 %. De surcroît, 99,6 % des nouveaux sites nécessaires à une couverture rurale quasi universelle se trouvent à plus d'un kilomètre du réseau électrique national. Exploiter des antennes sur des générateurs diesel majore leurs coûts opérationnels d'environ 20 %, une charge complexe à amortir dans des zones où le revenu moyen par utilisateur (ARPU) ne dépasse pas 1,17 dollar par mois.

Pour répondre à ce défi, l'écosystème met en œuvre le modèle Anchor-Business-Community (ABC), associant les pylônes de télécommunication à des mini-réseaux solaires autonomes. En devenant un « client d'ancrage » avec une consommation d'énergie stable et prévisible, la tour télécom sécurise la rentabilité de la centrale solaire, qui peut ainsi alimenter les activités artisanales, les ménages et les services publics environnants.

À Madagascar, l'opérateur de mini-réseaux WeLight déploie ces solutions en collaboration avec des gestionnaires d'infrastructures passives comme Helios Towers et Towers of Africa. Cette hybridation dynamise l'activité économique : les travaux de la GSMA montrent que dix-huit mois après l'installation d'un mini-réseau WeLight, la valeur des transactions d'argent mobile augmente de 41 % dans les villages raccordés. En complément, la diffusion de kits solaires prépayés par des acteurs comme Izili Madagascar ou via le programme Mbalik permet d'équiper des centaines de milliers de foyers hors réseau.

Des retombées macroéconomiques estimées à 4 100 milliards d'ariary d'ici 2031

Selon les modélisations du rapport GSMA, la mise en œuvre combinée de réformes fiscales, d'incitations au déploiement rural et de politiques de soutien à la demande transformerait en profondeur les équilibres macroéconomiques du pays. Sur le terrain de l'inclusion, 1,12 million d'abonnés uniques supplémentaires rejoindraient l'internet mobile d'ici 2031, portant le parc national à 7,98 millions d'utilisateurs et réduisant l'écart d'usage de trois points de pourcentage.

L'effet d'entraînement sur la croissance se chiffre à 4 100 milliards de MGA de PIB supplémentaire en 2031, soit un gain de 3,3 % du produit intérieur brut national pour cette seule année, et un apport cumulé de 11 000 milliards de MGA sur la période 2027–2031. Cette dynamique soutiendrait environ 330 000 emplois à l'horizon 2031, dont 250 000 au sein du secteur agricole grâce aux gains de productivité permis par les plateformes de conseil, de météo indicielle et de commercialisation numérique.

Sur le plan des finances publiques, la trajectoire s'avère également soutenable pour le Trésor. Si les allègements fiscaux envisagés — notamment la suppression graduelle du droit d'accise de 8 % sur les télécoms et la réduction de la taxe de régulation de 2 % à 1 % — provoquent un manque à gagner sectoriel transitoire de 32 milliards de MGA en 2027, le solde budgétaire net redeviendrait positif dès 2028 (+22 milliards). Porté par la formalisation des activités et le déploiement des téléprocédures fiscales, le gain net atteindrait 529 milliards de MGA par an en 2031, pour un excédent budgétaire cumulé de 1 110 milliards de MGA sur la période.

Alors que l'Assemblée nationale examine le projet de loi n° 040/2026 sur les communications électroniques, les données publiées par la GSMA offrent une boussole chiffrée aux décideurs publics. Le secteur privé ayant consenti d'importants investissements d'infrastructure et d'adaptation tarifaire, la réussite de la transformation numérique repose désormais sur un cadre réglementaire et fiscal adapté, capable de faire du smartphone un outil d'inclusion et de production accessible à tous.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.